À l’issue de discussions bilatérales tenues à Pretoria ce mercredi, les deux pays ont annoncé un accord global visant à rétablir progressivement la coopération diplomatique, économique et politique entre le Rwanda et l'Afrique du Sud.

Reprise des visas et réchauffement diplomatique

Le point central de cet accord concerne l’engagement de l’Afrique du Sud à reprendre, dans un délai de 12 mois, la délivrance de visas aux détenteurs de passeports ordinaires rwandais.

Selon le ministre sud-africain des Relations internationales, Ronald Lamola, cette mesure constitue un important geste de confiance et une preuve tangible de la volonté de rétablir des relations normales entre les deux pays. Il a indiqué que cette décision devrait stimuler le commerce, l’investissement, le tourisme, ainsi que la coopération scientifique et technologique, tout en renforçant les échanges entre les populations.

Pour Kigali, cette avancée représente l’un des résultats les plus significatifs des efforts récents de rapprochement diplomatique. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Amb. Olivier Nduhungirehe, a salué cet accord, soulignant qu’il contribuera à renforcer les liens humains, économiques et touristiques entre les deux pays.

Il a précisé que cette mesure facilitera la délivrance de visas aux détenteurs de passeports ordinaires dans un délai de 12 mois et participera au renforcement de l’amitié entre les peuples.

L’Afrique du Sud avait suspendu la délivrance de visas aux citoyens rwandais titulaires de passeports ordinaires le 10 mars 2014, à la suite d’une grave détérioration des relations diplomatiques ayant conduit à des expulsions réciproques de diplomates.

Depuis lors, les restrictions de voyage sont restées importantes, les exemptions de visa étant essentiellement limitées aux passeports diplomatiques et de service.

La crise diplomatique trouve son origine à la suite d'individus impliqués dans des activités de déstabilisation du Rwanda, notamment la planification d'attaques depuis le territoire sud-africain, qui avaient été hébergés par Pretoria.

L’Afrique du Sud avait en retour accusé des diplomates rwandais d’être impliqués dans une attaque qui avait visé la résidence de l’ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise, Kayumba Nyamwasa, même si aucune preuve n’avait été fournie pour étayer ces faits.

Une volonté affichée de « tourner la page »

Les deux ministres ont qualifié leur rencontre de moment décisif pour « tourner la page » des années de relations tendues entre les deux pays.

Affirmant que les Présidents Cyril Ramaphosa et Paul Kagame partagent un engagement profond visant à réinitialiser et revitaliser les relations bilatérales, Ronald Lamola a noté le fait que la normalisation des relations revêt une importance majeure, précisant que cette visite permettra de consolider les progrès déjà réalisés, de traiter les questions en suspens par un dialogue constructif et de définir un partenariat plus stable et mutuellement bénéfique.

De son côté, Olivier Nduhungirehe a fait savoir que le Rwanda aborde ces discussions « dans un esprit d’ouverture, de bonne volonté et de partenariat ».

Il a souligné que cette rencontre reflète la volonté des chefs d’État d’ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre les deux pays, fondé sur le dialogue, le respect mutuel et une coopération constructive.

Il a également affirmé que « le lien entre le Rwanda et l’Afrique du Sud est indestructible », malgré les défis rencontrés au cours de la dernière décennie.

Les deux ministres ont qualifié leur rencontre de moment décisif pour « tourner la page » des années de relations tendues entre les deux pays

Coopération élargie dans plusieurs secteurs

Au-delà de la question des visas, les deux pays ont convenu d’élargir leur coopération à un large éventail de secteurs.

Une déclaration conjointe prévoit le renforcement de la coopération dans la conservation de la nature et de la faune, le tourisme, l’hôtellerie, la santé, les sciences et technologies, ainsi que dans l’enseignement supérieur, la recherche et le développement.

Les deux gouvernements ont également convenu d’intensifier leur collaboration dans le commerce, les infrastructures, l’innovation, l’agriculture, les technologies numériques et les investissements, tout en encourageant une participation accrue aux expositions, forums économiques et conférences internationales organisées dans les deux pays.

Par ailleurs, il a été décidé de relancer la Commission mixte de coopération (JCC), qui ne s’est pas réunie depuis 2007, afin de superviser la mise en œuvre des accords bilatéraux et identifier de nouveaux domaines de coopération. Les équipes techniques des deux pays devront immédiatement travailler sur des plans d’action et de nouveaux cadres de coopération.

La déclaration prévoit également la facilitation des échanges commerciaux, touristiques et académiques, la mise en place de mécanismes d’échange de personnel pour appuyer la délivrance des visas, ainsi que le recours aux canaux diplomatiques pour résoudre les questions d’intérêt commun.

Sécurité régionale et enjeux continentaux

Les discussions ont aussi porté sur les questions de paix et de sécurité en Afrique, notamment dans l’est de la République démocratique du Congo, dans la région de Cabo Delgado au Mozambique, ainsi qu’au Soudan, au Soudan du Sud, en Somalie et dans la région du Sahel.

Les deux parties ont insisté sur la nécessité de résoudre les conflits par le dialogue et de renforcer l’architecture africaine de paix et de sécurité, notamment par l’accélération de la Force africaine en attente.

Elles ont également réaffirmé leur soutien au rôle de l’Afrique du Sud au sein du Comité de haut niveau de l’Union africaine sur le Soudan du Sud, tout en exprimant leur préoccupation face à la détérioration de la situation politique et sécuritaire dans ce pays.

Sur le plan international, Kigali et Pretoria ont appelé à une réforme des institutions de gouvernance mondiale, notamment du Conseil de sécurité des Nations unies, estimant que l’Afrique et le Sud global doivent être davantage représentés dans les processus décisionnels.

Vers un sommet présidentiel

Les deux pays ont convenu de maintenir des consultations régulières et de tenir la prochaine session de la Commission mixte de coopération au premier trimestre 2027.

Une rencontre entre les Présidents Paul Kagame et Cyril Ramaphosa est également prévue à une date qui sera fixée par voie diplomatique.

Pour Ronald Lamola, ce futur sommet constituera une « affirmation forte » du renforcement des liens de coopération et de solidarité entre les deux pays.

Le ministre Nduhungirehe, pour sa part, a affirmé que le Rwanda quitte Pretoria encouragé par les progrès réalisés, réaffirmant l’engagement de Kigali à maintenir la dynamique positive engagée et sa confiance dans l’avenir des relations bilatérales.

L’Afrique du Sud et le Rwanda ont franchi une étape majeure dans la normalisation de leurs relations diplomatiques, marquant une volonté commune de rétablir progressivement la coopération diplomatique, économique et politique