Les sanctions américaines, annoncées le 2 mars 2026, font suite à des accusations de Washington selon lesquelles le mouvement rebelle M23, engagé dans des combats contre les forces gouvernementales congolaises, bénéficierait d’un soutien du Rwanda, une allégation que Kigali a toujours rejetée.
Les mesures visent plusieurs hauts responsables militaires rwandais, notamment le chef d’état-major des RDF, le général Mubarakh Muganga, le chef d’état-major de l’armée de terre, le général-major Vincent Nyakarundi, le commandant des Forces spéciales, le général de brigade Stanislas Gashugi, ainsi que le commandant de la 5ᵉ division des RDF, le général-major Ruki Karusisi. Les RDF, en tant qu’institution, figurent également sur la liste des entités sanctionnées.
Ces sanctions, de nature économique, prévoient le gel de tous les avoirs détenus aux États-Unis ou relevant de la juridiction américaine, les biens concernés étant placés sous le contrôle du Bureau de contrôle des actifs étrangers (OFAC).
Dans une interview accordée au journaliste Ally Soudy, Mathilde Mukantabana a estimé que les racines de la crise dans l’est de la RDC remontent à la présence de groupes armés fondés par des personnes responsables du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 au Rwanda, qui ont fui vers le Congo après les massacres et continuent d’y propager une idéologie génocidaire.
« Trente-deux ans après le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda, auquel des Rwandais eux-mêmes ont mis fin, le pays jouit aujourd’hui de la paix. Toutefois, comme je l’ai déjà souligné, l’idéologie génocidaire n’a pas disparu ; elle s’est propagée au sein de certaines communautés dans les pays voisins », a-t-elle déclaré, pointant le fait que les auteurs des massacres ont poursuivi leurs exactions sur le territoire congolais.
« Ceux qui ont fui après avoir orchestré les massacres ont continué à s’en prendre à d’autres communautés de l’autre côté de la frontière, en RDC. C’est une réalité à laquelle nous sommes toujours confrontés aujourd’hui. Nous n’avons jamais cessé de nous attaquer à cette problématique et, comme vous le savez, nous sommes actuellement engagés dans un processus de paix avec la RDC, notamment avec l’appui des États-Unis », a-t-elle ajouté.
L’ambassadrice a également noté le fait que les injustices dont sont victimes les Congolais d’expression kinyarwanda, en particulier les communautés tutsi, sont les principaux facteurs ayant contribué à l’émergence du M23, un mouvement pourtant congolais qui affirme lutter pour la défense de leurs droits et de leur sécurité, – en dépit des allégations.
Interrogée sur les démarches entreprises en vue d’obtenir la levée des sanctions, Mathilde Mukantabana a souligné que celles-ci n’avaient pas entraîné une rupture des relations diplomatiques entre le Rwanda et les États-Unis.
« Les canaux de communication demeurent ouverts. Nous continuons à mener des consultations et à faire valoir notre position. Une décision a certes été prise, mais cela ne signifie pas que les échanges sont interrompus. Nous poursuivons nos efforts avec détermination », a-t-elle déclaré, insistant sur le fait que certains responsables et observateurs américains comprennent la position du Rwanda et estiment que les sanctions imposées n’étaient pas justifiées.
« L’élément encourageant est que certains Américains ne partagent pas l’appréciation qui a conduit à l’adoption de ces mesures. Il est donc important de poursuivre le dialogue et la coopération avec ces partenaires afin de favoriser leur levée. Toutefois, l’essentiel demeure le rétablissement de la paix dans cette région, car même si ces sanctions étaient levées aujourd’hui, d’autres accusations continueraient d’émerger tant que le conflit persistera », a-t-elle expliqué.
Pour la diplomate rwandaise, une résolution durable du conflit dans l’est de la RDC constitue la condition essentielle pour mettre un terme aux tensions récurrentes entre le Rwanda et ses détracteurs.
« La RDC est confrontée à de nombreux défis internes, mais chaque fois qu’une difficulté survient, le Rwanda est souvent désigné comme responsable, ce qui a pour effet de détourner l’attention des causes profondes du problème. Ces difficultés ne sont pas de notre fait, mais nous continuerons à privilégier le dialogue et à défendre notre position avec détermination. Nous sommes convaincus que la vérité finira par prévaloir », a-t-elle déclaré.
Mathilde Mukantabana est également revenue sur les accords de paix conclus entre le Rwanda et la RDC aux États-Unis en juin et en décembre 2025, pointant le non-respect par Kinshasa des engagements souscrits dans le cadre de ces accords.
Le Rwanda, pour sa part, réaffirme sa volonté de mettre intégralement en œuvre les dispositions convenues et assure être disposé à lever progressivement les mesures défensives maintenues le long de sa frontière dès lors que la RDC aura procédé à la neutralisation effective du groupe génocidaire FDLR.


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