En effet, le prochain secrétaire général de l’OIF sera désigné lors du 20ᵉ Sommet de la Francophonie, prévu en novembre 2026 au Cambodge. Pour la première fois depuis la création du poste en 1997, la procédure prévoit un vote en l’absence de consensus entre les États et gouvernements membres, une évolution qui intervient dans le cadre d’une réforme institutionnelle de l’organisation portée par Mushikiwabo.
Louise Mushikiwabo, qui dirige l’OIF depuis 2019 après avoir été élue en 2018 puis reconduite en 2022, fait face à trois autres candidats : la Mauritanienne Coumba Bâ, le Roumain Dacian Cioloș et la Congolaise Juliana Amato Lumumba.
Dans un entretien sur France 24 publié ce vendredi, Louise Mushikiwabo a affirmé ne pas craindre le scrutin, rappelant avoir elle-même contribué aux nouveaux textes de l’OIF qui prévoient le recours au vote lorsqu’aucun consensus ne peut être dégagé.
« Je n’ai pas peur du vote », a-t-elle déclaré, estimant qu’il s’agissait d’une évolution normale pour une organisation qui compte aujourd’hui 56 ans d’existence.
La secrétaire générale sortante a toutefois refusé de se présenter comme la favorite de l’élection, jugeant une telle affirmation « prétentieuse ».
« Alors, ce serait prétentieux de dire que je suis la favorite parce qu’une élection, vous savez bien, ce n’est jamais la fin jusqu’à la fin », a-t-elle soutenu.
Elle a néanmoins mis en avant son bilan à la tête de l’organisation, affirmant qu’il avait été salué à plusieurs reprises par des chefs d’État, ainsi que son expérience et ses relations avec de nombreux responsables des pays membres.
« J’ai aussi toujours de l’ambition pour cette organisation », a-t-elle déclaré.
Les tensions Rwanda-RDC ne devraient pas peser sur l’élection
La candidature de Juliana Amato Lumumba intervient dans un contexte marqué par les tensions persistantes entre Kigali et Kinshasa. Interrogée sur l’éventualité que cette candidature puisse être perçue comme dirigée contre le Rwanda, Louise Mushikiwabo a reconnu l’existence du conflit entre les deux pays, tout en estimant qu’il ne devait pas avoir sa place dans la compétition pour diriger l’OIF.
« Cette confrontation n’a pas sa place à l’OIF », a-t-elle affirmé.
À la question de savoir si cette élection pouvait être considérée comme une forme de « guerre par proxy » entre le Rwanda et la RDC, elle a répondu par la négative.
Louise Mushikiwabo a également été interrogée sur les accusations portées contre le Rwanda concernant son rôle dans le conflit dans l’est de la RDC, ainsi que sur les sanctions prises par certains partenaires internationaux. Elle a estimé que ces éléments ne devraient pas, en principe, constituer un obstacle à sa candidature, rappelant que plusieurs États membres d’organisations internationales entretiennent eux aussi des différends avec d’autres pays.
Selon elle, la décision finale reviendra aux chefs d’État et de gouvernement, qui devront déterminer les critères à prendre en compte dans le choix du prochain secrétaire général.
Concernant le soutien éventuel de pays influents comme la France ou le Canada, la secrétaire générale a indiqué ne pas pouvoir parler au nom de ces États.
Elle a toutefois assuré bénéficier de nombreux soutiens au sein de l’OIF et s’est dite « sereine » à l’approche du scrutin.
Louise Mushikiwabo a notamment évoqué le soutien de la Côte d’Ivoire, dont elle s’est dite « très honorée ». Elle a cependant rappelé que le principe du vote est celui d’une voix par État ou gouvernement votant.
« Il y a des pays importants, il y a des pays influents, il y a des grands bailleurs, mais tous les 53 États et gouvernements votants ont une voix », a-t-elle souligné.
Le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger
L’entretien a également porté sur le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de l’OIF en 2025, après leur suspension et les mesures prises à leur encontre à la suite des changements de pouvoir intervenus dans ces pays.
Louise Mushikiwabo a dit avoir « beaucoup regretté » leur départ, tout en rejetant l’idée que ce retrait puisse être considéré comme un échec de son mandat.
Elle a expliqué que les mesures prises contre les États membres résultaient de décisions adoptées dans le cadre des textes et mécanismes auxquels les pays concernés avaient eux-mêmes souscrit.
Elle a également distingué leur situation de celle de la Guinée et du Gabon, qui, selon elle, avaient sollicité l’accompagnement de l’OIF dans leur processus de transition. Les États membres avaient alors décidé de leur accorder une nouvelle chance.
Interrogée sur ses priorités en cas de réélection, Louise Mushikiwabo a exprimé son souhait de voir le Mali, le Burkina Faso et le Niger réintégrer l’OIF.
« Moi, je ne demande que ça », a-t-elle déclaré, rappelant avoir tenté de rencontrer les dirigeants de ces trois pays après leur retrait.
Elle souhaite ainsi que les trois États sahéliens puissent, à terme, « revenir en famille », au nom de l’esprit de solidarité qui fonde l’organisation.



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