Élue en 2018 et entrée en fonction en janvier 2019, Mushikiwabo a été réélue pour un deuxième mandat en 2022, à Djerba, en Tunisie, avec le soutien de tous les États membres. Première Africaine à diriger l’organisation, elle est aujourd’hui à la tête d’une OIF qui compte 90 États et gouvernements et représente plus de 396 millions de francophones.
Ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères de 2009 à 2018, elle entend décrocher un nouveau mandat, face à une concurrence plus conséquente cette fois-ci.
336 millions d’euros mobilisés
La gestion financière figure parmi les principaux indicateurs mis en avant par Mushikiwabo. Depuis 2019, l’OIF affirme avoir mobilisé 336 millions d’euros, avec un taux d’exécution de 97 % de ses activités.
À son arrivée, elle avait fait de la transparence dans la gestion des ressources et du fonctionnement de l’organisation une priorité, notamment à travers la mise en place d’un audit financier annuel réalisé par un organisme externe et indépendant.
Ses soutiens mettent notamment en avant une gestion stable, le respect des règles, une meilleure gestion financière et la réduction des tensions au sein de l’organisation.
L’autonomisation des femmes constitue un autre axe important. Lancé en 2020 pendant la pandémie de Covid-19, le fonds « La Francophonie avec Elles » a permis de soutenir près de 100 000 femmes à travers 354 projets dans 36 pays. Selon l’OIF, leurs revenus ont en moyenne triplé.
Par ailleurs, la jeunesse figure également parmi ses priorités. À travers « La Francophonie de l’avenir », l’OIF a consulté plus de 10 000 jeunes dans 134 pays afin de recueillir leurs attentes pour l’avenir de l’organisation.
Pendant la pandémie, une plateforme destinée à connecter les jeunes et à soutenir leurs initiatives innovantes a permis d’identifier, en deux semaines, quelque 60 projets technologiques portant notamment sur le transport, la livraison de produits alimentaires et l’accès aux médicaments.
Pour Mushikiwabo, cette expérience a démontré que « les jeunes ne sont pas seulement demandeurs, ils sont prêts à agir ; ce dont ils ont besoin, c’est d’être soutenus ».
Dans le domaine du numérique, le programme D-CLIC ambitionne de faire passer de 20 000 à 100 000 le nombre de jeunes formés aux métiers du numérique. L’OIF a également lancé CAP Innovation pour accompagner les jeunes entrepreneurs francophones dans leurs projets innovants. Mushikiwabo considère par ailleurs l’intelligence artificielle comme un enjeu déterminant pour l’avenir de l’espace francophone.
La politique linguistique constitue un autre volet de son bilan. À travers le programme ELAN, l’OIF indique toucher 12 millions d’élèves, utiliser 46 langues africaines et travailler avec quelque 230 000 enseignants.
Le programme privilégie l’apprentissage de la lecture et de la compréhension dans la langue maternelle avant le passage au français.
Pour Mushikiwabo, « une bonne maîtrise de sa langue maternelle facilite l’apprentissage de tout ce qui vient ensuite ».
Elle souligne qu’à l’horizon 2050, la majorité des francophones dans le monde se trouveront en Afrique, faisant du continent un acteur central de l’avenir de la Francophonie.
Une réforme du mode d’élection du secrétaire général
Son bilan comprend également une réforme du processus électoral de l’OIF. Alors que les précédentes élections reposaient largement sur des compromis entre États autour d’un candidat consensuel, les nouvelles règles consacrent le principe « un État, une voix » et permettent une compétition ouverte entre les candidats.
Ces règles seront appliquées à l’élection de 2026.
Le 30 juin 2026, l’OIF a organisé, pour la première fois en 56 ans d’histoire, une présentation publique des candidats devant les ministres des Affaires étrangères des États membres. Chacun disposait de 45 minutes : cinq pour se présenter, 20 pour exposer son programme et 20 pour répondre aux questions.
Mushikiwabo fait face à trois concurrents : Juliana Amato Lumumba de la République démocratique du Congo, Coumba Ba de Mauritanie et Dacian Cioloș, ancien Premier ministre de Roumanie.
Elle dispose toutefois d’un premier réseau de soutiens. Lors de la Conférence ministérielle de la Francophonie tenue à Kigali en novembre 2025, la demande en faveur de sa candidature à un troisième mandat était initialement portée par deux pays. À la fin de la réunion, plus de 15 États avaient exprimé leur soutien.
Le Rwanda mène également une campagne diplomatique en sa faveur. Plusieurs responsables ont été envoyés dans des pays membres de la Francophonie, certains étant porteurs de messages du Président Paul Kagame à l’intention de chefs d’État.
Pour Mushikiwabo, l’enjeu de cette élection reste ainsi lié moins au nombre d’années passées à la tête de l’OIF qu’aux résultats obtenus au cours de ses sept années de mandat.



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