Dans un entretien accordé à B&B Kigali ce 10 juin 2026, le chef de la diplomatie rwandaise a affirmé que Kigali demeure disposé à rétablir des relations normales avec son voisin, tout en accusant les autorités burundaises d’avoir à plusieurs reprises compromis les efforts visant à stabiliser les rapports entre les deux pays.
Les relations entre le Rwanda et le Burundi se sont fortement dégradées en 2015 à la suite de la tentative de coup d’État contre l’ancien président burundais Pierre Nkurunziza. Plusieurs personnes impliquées dans cette tentative avaient trouvé refuge au Rwanda, après quoi le Burundi avait fermé sa frontière avec son voisin.
Après plusieurs années de tensions, les deux pays avaient engagé un processus de normalisation et rouvert leurs frontières en 2022. Toutefois, les relations se sont de nouveau détériorées à la fin de l’année 2023 après une attaque menée par le groupe armé RED Tabara dans la localité de Gatumba, située dans la province de Bujumbura. En réaction, le Burundi avait fermé une nouvelle fois sa frontière avec le Rwanda en janvier 2024.
À l’époque, les autorités burundaises avaient accusé Kigali de soutenir RED Tabara, une accusation rejetée par le gouvernement rwandais, qui affirme ne collaborer avec aucun groupe armé cherchant à déstabiliser des États voisins.
Un climat régional jugé hostile
Selon Olivier Nduhungirehe, les tensions bilatérales se sont davantage aggravées à la suite de déclarations de responsables régionaux et de développements sécuritaires dans la région des Grands Lacs.
Le ministre a notamment évoqué les propos tenus en janvier 2024 à Kinshasa par le président burundais Évariste Ndayishimiye lors d’une visite en République démocratique du Congo. En effet, le dirigeant burundais avait exprimé son soutien à des initiatives visant à mobiliser des jeunes Rwandais contre leur gouvernement.
Il a également rappelé les déclarations du président congolais Félix Tshisekedi à la fin de l’année 2023, lorsque celui-ci avait affirmé que les forces congolaises agiraient contre le Rwanda. Pour Kigali, ces prises de position s’inscrivent dans un climat régional de plus en plus hostile.
Nduhungirehe estime que ces déclarations ont contribué à détériorer davantage les relations entre Kigali et Bujumbura dans un contexte marqué par l’insécurité persistante dans l’est de la RDC.
Le ministre a par ailleurs affirmé que les troupes burundaises déployées dans l’est de la RDC coopèrent avec la milice FDLR aux côtés des forces armées congolaises.
Selon le ministre, bien que ce déploiement soit officiellement présenté comme une opération destinée à combattre différents groupes armés, dont RED Tabara, les activités observées sur le terrain témoigneraient plutôt d’une coopération avec les FDLR.
« Elles n’ont pas été déployées contre RED Tabara. Elles ont été déployées pour soutenir l’armée congolaise et les FDLR dans le cadre du plan évoqué par le président Tshisekedi durant sa campagne ainsi que par le président Ndayishimiye à Kinshasa en janvier 2024 », a déclaré le ministre.
Il a également souligné que les forces burundaises ont opéré dans des zones proches de la frontière rwandaise au Nord-Kivu, alors que RED Tabara est principalement actif au Sud-Kivu, ce qui suggérerait, selon lui, un objectif différent de celui officiellement annoncé.
Des initiatives de dialogue restées sans résultats durables
Le chef de la diplomatie rwandaise a indiqué qu’après la prise de Goma et de Bukavu par la coalition AFC/M23 au début de l’année 2025, le Burundi avait sollicité un dialogue avec le Rwanda afin d’apaiser les tensions.
Dans ce cadre, les responsables des services de renseignement et de sécurité des deux pays se sont rencontrés à trois reprises à la frontière et sont parvenus à plusieurs accords visant à favoriser la désescalade.
Cependant, selon Nduhungirehe, les progrès réalisés ont été compromis par de nouvelles accusations publiques formulées par les autorités burundaises.
« Que s’est-il passé ensuite ? Le président Ndayishimiye est allé sur BBC et France 24 pour accuser le Rwanda de préparer une attaque contre le Burundi. Nous avons alors demandé à nos homologues burundais ce qui avait changé alors que nous étions parvenus à des accords », a-t-il expliqué.
Le ministre a ajouté que de nouvelles discussions avaient été facilitées par les États-Unis après la prise d’Uvira par l’AFC/M23 au début du mois de décembre 2025. À cette occasion, les responsables sécuritaires des deux pays se sont de nouveau rencontrés à deux reprises à la frontière et ont conclu d’autres ententes destinées à réduire les tensions.
Malgré ces initiatives diplomatiques, M. Nduhungirehe affirme que les forces burundaises demeurent présentes dans l’est de la RDC et continuent à coopérer avec des éléments des FDLR.
Réaffirmant la position officielle du Rwanda, le ministre a déclaré que le pays privilégie le dialogue et la résolution pacifique des différends avec le Burundi, mais estime que Bujumbura ne manifeste pas une volonté suffisante pour faire progresser durablement les relations bilatérales.
« Le Rwanda souhaite entretenir de bonnes relations avec le Burundi, privilégier le dialogue et résoudre les questions en suspens, mais le Burundi ne montre pas cette volonté », a-t-il déclaré.
Le chef de la diplomatie rwandaise a enfin appelé les autorités burundaises à mettre fin à toute coopération avec les FDLR, un groupe armé créé par les individus ayant orchestré le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.




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