Urgent

Deux civils rwandais devant la Cour martiale ugandaise pour pretendu port illegal d’arme

Redigé par IGIHE
Le 31 mars 2019 à 03:16

Deux citoyens rwandais arrêtés à Mbarara, Ouest d’ Uganda, le 25 mai 2018, et détenus secrètement depuis lors, ont été présentés devant la Cour martiale générale de la Prison militaire Makindye a Kampala, ce mardi 26 mars 2019.

Les deux hommes, Rwamucyo Emmanuel et Rutayisire Augustin, civils et hommes d’affaires, ont été inculpés par le Tribunal militaire de possession illégale d’armes à feu et de munitions.

Selon les analystes juridiques, sans parler du fait qu’il n’y a aucune preuve que ces hommes avaient une arme, en tant que civils, ils ne peuvent légalement être jugés par un Tribunal militaire.

La Cour constitutionnelle ugandaise a décidé en 2005 de déterminer si la Cour martiale générale était compétente ou non pour juger des civils, en possession d’armes à feu ou non. Elle a indiqué que le Tribunal militaire de l’UPDF n’était pas compétent pour juger des civils.

Dans une affaire intentée par le barreau ugandais contre le Procureur général, le Tribunal a confirmé que le fait de juger des civils devant la Cour martiale « contreviendrait aux articles 210 et 126 de la Constitution ugandaise ».

La Cour Constitutionnelle a en outre souligné que la Cour martiale générale n’était pas compétente pour juger des civils, car elle avait été créée pour réglementer l’UPDF. « Un Tribunal incompétent et incapable de lui offrir un procès équitable au sens de l’article 28 (1) de la Constitution », a déclaré le Tribunal.

Ainsi, le fait d’être traduit illégalement en Cour martiale n’est que le dernier acte en date des violations des droits de Rwamucyo et de Rutayisire qui, selon les témoins, n’ont en fait pas été arrêtés correctement - c’est-à-dire avec des mandats ou dans le respect de la légalité - mais ont été enlevés par les services de renseignements militaires ugandais.

Quand ils ont été emmenés, les agences de sécurité ugandaises ont déclaré que ces hommes étaient soupçonnés de faire partie d’un "groupe d’espionnage des Rwandais en Uganda".

C’est ce que ChimpReports, l’un des nombreux organes de presse du régime Museveni, a rapporté le 14 septembre 2018, près de quatre mois complets après l’enlèvement de ces hommes.

Selon les observateurs qui ont suivi l’affaire, cette affaire avait toutes les caractéristiques de la victimisation persistante de civils rwandais se rendant en Uganda ou de ceux qui s’y trouvaient déjà, par les services de sécurité du régime de Museveni.

Lorsqu’ils ont été amenés devant la Cour martiale, ils n’ont pas été accusés du prétendu espionnage. L’histoire avait changé.

Un certain Mukama Moses Kandiho, un agent de la sécurité intérieure du gouvernement (GISO) de Ruborogota dans le District d’Isingiro a affirmé que Rwamucyo était impliqué dans un complot de braquage.

Ici, on peut d’abord noter que Mukama Moses Kandiho est le frère du Brig. Gen. Abel Kandiho, Chef de la Chieftaincy of Military Intelligence (CMI) de l’Uganda.
D’innombrables Rwandais ont décrit dans les médias comment ils avaient été enfermés dans des lieux de détention non répertoriés dans la Gazette, appelés « maisons de sûrete » du CMI.

Beaucoup ont parlé de la torture dans les soi-disant lieux sûrs et des cachots de la caserne militaire de Mbuya, où se trouve le siège du CMI.
Ceux qui ont eu la chance d’en sortir, comme Roger Donne Kayibanda, ont été enlevés par des agents du CMI et emmenés dans les cachots de Mbuya.

“Ils m’ont encerclé à cinq environ et avant même que je ne sache quoi que ce soit , ils m’ont poussé dans leur véhicule et m’ont coiffe d’une cagoule, comme un grand châpeau, sur ma tête ! », a-t-il raconté. Ils ont insisté sur le fait qu’ils ont été enlevés, « juste à cause de leur nationalité ».

Déjà, selon ceux qui ont suivi les affaires Rwamucyo et Rutayisire, le fait que le frère d’Abel Kandiho soit le principal témoin à charge, laisse déjà entendre que le duo n’a été que la victime de la chasse au sorcier du CMI.

Le « témoignage » du frère de Kandiho (soumis par écrit, ce qui signifie que l’homme ne pouvait pas être interrogé par les avocats des deux Rwandais) était que, le 25 mai 2018, Rwamucyo l’avait invité à le retrouver à son hôtel à Kikagati et qu’à son arrivée, il le trouva avec Rutayisire.

Le frère de Kandiho affirme ensuite que Rwamucyo lui aurait parlé d’une mission consistant à "voler un milion de dollars à un homme d’affaires", et qu’il aurait exigé au moins deux armes à feu, mais qu’il aurait réussi à obtenir un AK 47. Le Rwandais aurait alors demandé à Mukama Kandiho s’il pouvait lui procurer une seconde arme à feu.

Le récit se poursuit : au lieu de participer à « la mission », Mukama Kandiho a informé le Commandant de la 2ème Division du contre-espionnage, le Major Mushambo, de venir arrêter les deux Rwandais.

Les allégations du frère de Kandiho se poursuivent, selon lesquelles les agents de Mushambo auraient fouillé le véhicule de Rwamucyo et auraient trouvé le fusil. Les hommes ont été remis à CMI pour interrogatoire, ce qui signifie torture.
C’est ainsi que l’histoire est passée de l’espionnage au vol.

Selon des proches de Rwamucyo, le jour de son enlèvement, il s’était rendu dans une banque de Mbarara pour y déposer quarante milions de shillings. Il avait appelé son ami Rutayisire pour l’accompagner puisqu’il portait une grosse somme d’argent.
Les deux ne sont pas les premiers Rwandais à être frappés de fausses accusations de « possession d’armes ».

Les agents de sécurité ugandais, -c’est connu de notoriété publique maintenant - travaillent étroitement avec les agents de RNC - le groupe anti-Rwanda dirigé par le fugitif Kayumba Nyamwasa qui a ouvertement déclaré la guerre contre le Rwanda. Le CMI, ISO et d’autres facilitent activement RNC dans ses efforts pour recruter des combattants dans les zones où vivent des populations Banyarwanda.

Les efforts de recrutement ne se limitent pas aux combattants. Le CMI collabore également avec RNC pour identifier les Rwandais disposant de moyens - hommes d’affaires, gros agriculteurs et autres - auxquels ils demandent de devenir des contributeurs de fonds ou de matériel à RNC.

Selon les informations dont nous disposons, les Rwandais qui sont abordés de la sorte, mais refusent de faire partie des programmes de RNC, sont « marqués » et « réperés » ultérieurement.

Beaucoup ont été harcelés, passés à tabac, emprisonnés ou torturés, avant d’être abandonnés à la frontière. D’autres ont eu des armes à feu placées sur eux, après quoi des accusations de possession d’armes sont portées contre eux.

Source : New Times, 27 mars


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