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Congo : les rebelles hutus gagnent (un peu) de temps

Redigé par Collette Braeckman
Le 11 janvier 2015 à 03:06

Depuis le 2 janvier dernier, l’ultimatum lancé aux rebelles hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) est terminé. En principe, il n’y a plus rien à discuter : les forces des Nations unies et l’armée congolaise devraient passer à l’action afin de réduire militairement ce groupe armé, dont l’évaluation du nombre de combattants oscille entre 1500 et 3000 hommes. Sur le terrain cependant, rien ne se passe, comme si, encore et toujours, il était urgent d’attendre !
Rappelons que les (...)

Depuis le 2 janvier dernier, l’ultimatum lancé aux rebelles hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) est terminé. En principe, il n’y a plus rien à discuter : les forces des Nations unies et l’armée congolaise devraient passer à l’action afin de réduire militairement ce groupe armé, dont l’évaluation du nombre de combattants oscille entre 1500 et 3000 hommes. Sur le terrain cependant, rien ne se passe, comme si, encore et toujours, il était urgent d’attendre !

Rappelons que les FDLR, une organisation politique et militaire est le dernier avatar des « génocidaires » hutus, arrivés dans l’Est du Congo à l’issue du génocide des Tutsis et après la victoire du Front patriotique rwandais. Depuis deux décennies, Kigali reproche à la communauté internationale d’avoir traité des combattants auteurs de crimes contre l’humanité comme des réfugiés et dénonce les complicités et relations commerciales dont ces groupes hutus ont pu bénéficier au Congo.

Soucieux de protéger sa frontière contre d’éventuelles incursions et de contrôler le Kivu par rebelles interposés, le Rwanda, à son tour, a soutenu plusieurs groupes armés, dont le dernier en date, le M23, a été mis hors d’état de nuire en novembre 2014.

En contrepartie de cette reddition, des accords régionaux conclus à Addis Abeba, avaient amené les autorités congolaises, la Monusco et une Brigade africaine d’intervention forte de 3000 hommes à s’engager à neutraliser en priorité les FDLR et, dans la foulée, les autres groupes armés sévissant dans l’Est du Congo.

Or, sur le terrain, cette priorité a été inversée : les rebelles ougandais des ADF Nalu ont été attaqués, neutralisés puis ont refait surface du côté de Beni et aujourd’hui ce sont des rebelles burundais des FNL (Forces nationales de libération) qui se trouvent sous le feu.

Quant aux FDLR, au lieu d’être désarmés en premier lieu, il sont bénéficié de nombreuses mesures de temporisation : rassemblement dans des camps de regroupement, transfert à Kisangani et dans l’Equateur. Pour gagner du temps, les dirigeants du mouvement ont promis d’abandonner la lutte armée et ils ont continué à réclamer, toujours en vain, l’ouverture d’un dialogue politique avec Kigali.

En réalité, moins de 350 rebelles hutus se sont rendus dans des centres de démobilisation, des vieux, des malades, des « dépendants » (femmes et enfants) Et ils ne se sont désaissis que d’un matériel dérisoire, quelques vieux fusils, des munitions hors d’usage.

Le dernier ultimatum ayant expiré, la Monusco et l’armée congolaise se trouvent désormais au pied du mur, sommés, sous peine d’apparaître comme parjures, d’entamer des opérations militaires.

Non seulement Kigali s’impatiente mais les envoyés spéciaux pour les Grands Lacs (Etats Unis, Union africaine, Union européenne, Belgique) ont publié un communiqué comminatoire, insistant sur l’urgence des opérations de désarmement.

Or un nouveau délai vient d’être proposé : c’est le 15 janvier à Luanda que les pays d’Afrique australe (SADC) envisagent de se réunir afin d’examiner la situation. Pour décider, peut-être, qu’il est urgent d’attendre encore ?

Plusieurs raisons expliquent ces tergiversations. La première considération est humanitaire : extirper ces rebelles hutus enkystés au sein des populations congolaises qu’ils terrorisent et terrés dans des forêts inexpugnables peut s’avérer militairement difficile et humainement coûteux, de nombreux civils pouvant être tués ou obligés à fuir.

La deuxième raison pourrait être militaire : combattants aguerris et organisés, ces rebelles hutus vont s’avérer difficiles à neutraliser. Mais d’autres raisons sont plus déterminantes encore : au fil des années, ces groupes ont noué dans la région de nombreuses alliances commerciales et se sont spécialisés dans l’exploitation et le transport du charbon de bois et des minerais (y compris vers la frontière rwandaise…).

Ils comptent également des alliés en Afrique du Sud et en Tanzanie, deux pays qui entretiennent des relations tendues avec le Rwanda car ils continuent à promouvoir un « dialogue interwandais ».

Deux organisations sous régionales, la CIRGL (Conférence pour la sécurité dans les Grands Lacs) et la SADCC (Afrique australe) étalent aujourd’hui leurs divergences. Quant aux populations de l’Est du Congo, elles attendent toujours la fin du cauchemar…


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