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CLADHO dit non à la destruction sans compensations d’habitations anarchiques à hauts risques : pleurs et rancoeurs

Redigé par Jovin Ndayishimiye
Le 19 décembre 2019 à 12:50

Depuis ce lundi 16 décembre 2019, les habitations anarchiques qui approchaient dangereusement les marais de la ville de Kigali sont méthodiquement détruites dans une tristesse non contenue par leurs propriétaires sur ordre ferme des autorités locales. Les propriétaires ayant été longtemps avertis, plus de quatre mille habitations sont ainsi détruites dégageant les marais qui vont bientôt respirer.

Face à ce mouvement qui semble avoir surpris ceux qui n’étaient pas concernés, une certaine opinion publique se demande pourquoi ces habitations sont soudainement détruites provoquant des pleurs et autres ressentiments au moment où une autre tendance plutôt positive, consistant à construire des habitations modernes pour les déshérités et autres personnes habitant sur des sites à risques.

CLADHO/ Collectif d’Association de Défense des Droits Humains lance un cri d’alarme appelant les autorités de base de la ville d’arrêter cette opération faite à la va-vite sans avoir préparé des sites sécurisés où elles doivent reloger ces personnes vulnérables comme elles l’ont fait avec le long et moderne immeuble de Karama sur les hauteurs du Mont Kigali.

"Nous demandons aux authorités de base et aux instances de maintien de l’ordre d’arrêter momentanément cet exercice pour le préparer soigneusement sans bousculer les habitants", déclare CLADHO encourageant ces autorités à trouver des espaces suffisamment assainis de relocalisation de ces habitations à détruire.

"Les conditions de vie des citoyens doivent être respectées avant toute chose. Ces habitants des zones à hauts risques doivent percevoir des compensations avant d’être relocalisés de façon à ne bousculer personne, à ne pas blesser son moral", dit le Coordonateur de CLADHO, Evariste Murwanashyaka, appelant le gouvernement à arrêter cet exercice pour des sites non encore touchés et à penser des stratégies idoines de relocation de ces habitants des quartiers spontanés depuis 1994, date où, après le génocide, des personnes errantes commençaient à prendre d’assaut les bords des marais de Kigali.

Pour le Ministre de l’Intérieur et Bonne Gouvernance, Anastase Shyaka, a évoqué le fait que le Gouvernement rwandais a fait tout son possible pour construire décent pour plusieurs milliers de personnes vulnérables. Pour lui, le Gouvernement tient à minimiser les risques mortels des intempéries de la nature.

D’autres observateurs interrogés ne comprennent pas pourquoi les nouvelles autorités de la ville de Kigali se sont précipitées pour engager une telle opération mal planifiée au moment où l’Armée de Réserve Rwandaise est prête pour résoudre honorablement ce problème d’habitations spontanées comme elle continue de le faire.

"Ces citoyens des habitations spontanées à haut risque doivent être traités avec respect. Les autorités de la ville auraient dû avoir assaini des sites pour eux avant de se faire notifier qu’ils détruiront leurs habitations anarchiques telle date. Ceci doit se faire de cette façon sans compensation, mais des parcelles doivent leur être distribuées gratuitement, surtout qu’ils se sont octroyés eux-mêmes sans autorisation ces sites marécageux. Les autorités locales ont laissé faire surtout que les temps où ils les ont occupés, du moins la plupart d’entre eux, étaient durs. Ils s’entend que ces sites qui violent toutes les lois de l’environnement ont été occupés pendants les premiers moments de l’après génocide où les esprits n’étaient pas rasserénés", a dit cet ingénieur qui a requis l’anonymat.
Lui aussi perçoit qu’il y a violation des droits humains. Il ne propose pas des compensations quelconques mais plutôt un geste normal de la part d’un Etat-parent consistant à lui fournir une parcelle dans un site parfaitement loti et une période suffisante pour construire.

"Ceci répond parfaitement aux bonnes conditions de préparation d’une ville propre sans habitations spontanées. Rien ne sert de bousculer les habitants en les rendant colériques et soumis à la tentation des forces négatives. Si cette situation de bousculade des habitants des quartiers anarchiques persiste, les autorités de la ville pourront être perçues comme faibles dans la réalisation des souhaits du plan directeur de Kigali. Et puis, ces droits violés ? Le Président de la République Paul Kagame risque de déceler une sorte de tentative de la part de certains fonctionnaires de démobiliser ses citoyens", a-t-il ajouté.

Les sites situés dans les marécages qui sont détruits incluent ceux de l’ancien district Gasabo dit Bannyahe, Mukubite Umwice dans la Cellule de Nyagatovu, Camp Ninja aux pieds du Quartier Kacyiru, Kiruhura à la porte Sud d’entrée de la ville et ailleurs.


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