Tenue sous le thème « La montée des systèmes autonomes : implications pour la défense et la sécurité en Afrique », la rencontre a réuni plus de 300 participants issus de 50 pays pour examiner l’impact de l’intelligence artificielle (IA) et des systèmes autonomes sur la guerre, la surveillance des frontières et la défense nationale.
Le directeur exécutif de l’ISCA, le lieutenant-général (à la retraite) Frank Mushyo Kamanzi, a souligné le fait que les systèmes autonomes aériens, maritimes et terrestres transforment déjà profondément les modes de conduite de la guerre, la surveillance des frontières, les opérations de soutien à la paix et la défense nationale. Ils peuvent renforcer le renseignement, la surveillance des frontières et la protection des infrastructures essentielles, mais soulèvent aussi des questions de contrôle humain, de responsabilité et de détournement par des acteurs non étatiques.
Il a appelé les gouvernements africains, organisations régionales, institutions de recherche, entreprises et partenaires internationaux à développer des politiques et des capacités adaptées aux priorités sécuritaires du continent.
Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a pour sa part averti que ces technologies deviennent de plus en plus accessibles, y compris aux acteurs non étatiques.
« L’Afrique ne peut pas se permettre de prendre du retard alors que ces technologies continuent d’évoluer », a-t-il déclaré.
Il a appelé à davantage d’investissements dans les compétences, les institutions et les capacités technologiques africaines, notamment pour préserver la souveraineté et l’autonomie stratégique.
De son côté, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a présenté l’expérience de son pays, confronté au terrorisme, au séparatisme et aux conflits intercommunautaires sur un territoire d’environ 1,2 million de km² bordé par sept pays.
Il a indiqué que le Mali, qui disposait de presque aucun drone il y a cinq ans, en possède désormais des dizaines et pourrait bientôt en compter des centaines, opérés par ses forces de défense et de sécurité.
Pour Diop, la formation et le transfert de technologies sont indispensables pour éviter de remplacer une dépendance par une autre. Le Mali les a ainsi intégrés à certains accords de défense et a créé un centre national d’intelligence artificielle qui forme des jeunes à des applications dans la défense, la médecine et l’énergie.
Il a toutefois averti que les groupes terroristes ont eux aussi accès aux technologies autonomes, ce qui renforce les menaces asymétriques.
Miser sur les talents africains
Le colonel Patrick Nyirishema, chef de la recherche et du développement au sein des Forces de Défense rwandaise, a estimé que les systèmes autonomes changent la conception traditionnelle de la puissance militaire.
Selon lui, les machines peuvent désormais voir, analyser, prendre des décisions et agir avec une intervention humaine réduite. L’Afrique doit donc choisir entre rester consommatrice de technologies étrangères ou développer ses propres capacités.
« Je pense que le point de départ, ce sont les talents. Développer les talents. Développer les talents », a-t-il insisté.
Il a appelé à créer des écosystèmes technologiques permettant aux jeunes d’innover et de développer des applications à double usage, notamment pour la surveillance des frontières, la lutte contre la criminalité transfrontalière et l’agriculture.
L’ancien chef d’état-major de l’armée nigériane, le lieutenant-général (à la retraite) Tukur Yusuf Buratai, a salué le leadership du Rwanda dans la promotion de solutions africaines en matière de défense et de sécurité.
Il a estimé que les systèmes autonomes doivent être abordés au niveau stratégique et a insisté sur l’importance des technologies locales et du soutien aux jeunes innovateurs.
Buratai a également proposé la création d’un fonds africain dédié à la défense, afin de permettre au continent de mieux répondre aux menaces actuelles et émergentes. Il a souligné que les financements extérieurs peuvent parfois influencer les priorités sécuritaires africaines.
Il a par ailleurs rappelé que la lutte contre l’insécurité doit être accompagnée d’actions sur le chômage, l’éducation et le développement socio-économique.

Adapter les technologies aux réalités africaines
Moise Busogi, professeur assistant à CMU-Africa, a appelé à ne pas considérer les technologies développées à l’étranger comme automatiquement adaptées aux réalités africaines.
« Beaucoup de ces technologies sont mondiales, mais l’environnement est généralement très local », a-t-il expliqué.
Selon lui, les performances des modèles d’IA peuvent varier d’un environnement à l’autre, d’où la nécessité de développer l’expertise locale et de soutenir davantage les technologies africaines.
Dr Paul-Simon Handy, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et représentant auprès de l’Union africaine à l’Institute for Security Studies, a appelé les États africains à repenser leurs doctrines militaires plutôt que de simplement intégrer les systèmes autonomes aux structures existantes.
Il estime que les pays doivent déterminer quels problèmes de sécurité ils veulent résoudre, quelles décisions peuvent être confiées aux machines et où le contrôle humain doit rester indispensable.
Il a également averti que les États doivent investir dans des capacités permettant de se défendre contre les systèmes autonomes, et pas uniquement dans leur acquisition.
Pour Handy, l’autonomie stratégique ne signifie pas tout fabriquer localement, mais disposer des connaissances, des capacités et de la liberté nécessaires pour comprendre et maintenir les technologies essentielles.
Le colonel (à la retraite) David Kanamugire, directeur général de la National Cyber Security Authority du Rwanda, a quant à lui, insisté sur le fait que l’autonomie technologique ne peut être réduite à l’achat d’équipements.
« On ne peut pas acheter l’autonomie », a-t-il affirmé.
Il a identifié les données, la puissance de calcul, les talents et des institutions capables de s’adapter comme les bases d’une véritable autonomie technologique. Les États doivent également maîtriser les capteurs, les communications et les moyens de protection contre les cybermenaces et les menaces électroniques.
Les participants ont ainsi conclu que les systèmes autonomes représentent à la fois une opportunité et un défi sécuritaire pour l’Afrique. La question centrale est désormais de savoir si les États africains sauront développer les talents, les institutions, les infrastructures et la coopération nécessaires pour maîtriser ces technologies et en faire un avantage stratégique.



















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