Urgent

Bertrand Bisimwa doute de l’application des Accords RDC-M23 par la Présidence Tshisekedi- Interview exclusive

Redigé par Propos recueillis par Jovin Ndayishimiye (Kigali) et Olivier Mukwaya (Rubavu)
Le 3 mars 2019 à 10:47

L’attente est-elle longue ? Le M23 par la voix de son président Bertrand Bisimwa ne comprend pas comment le nouveau président congolais Félix Tshisekedi semble atteint de cécité sur la question de l’Est de l’Est de la RDC où pullulent "128 groupes armés" avec une impuissance frappante des FARDC et des Casques Bleus de la MONUSCO. Il est confiant que les combattants des M23 ont l’expertise de la question de sécurité de cet Est rdcongolais.

Ci après l’Interview exclusive réalisée par nos soins.

1. Pensez-vous que l’actuel gouvernement Tshisekedi est plus favorable que celui de Kabila au rapatriement et intégration des M23

Bertrand Bisimwa : Le régime de Monsieur Kabila avait délibérément choisi de violer tous les accords de paix conclus sur la crise dans notre pays, préférant réduire leur contenu à des simples questions de forme telle que le rapatriement, la transformation en parti politique, l’amnistie. Le problème de fond est resté entier et aucune perspective de solution n’était en vue. Les promesses de campagne de Monsieur Tshisekedi Félix actuellement au pouvoir tardent à connaître leur début de réalisation. Au contraire, en ce qui concerne les déclarations de Nairobi, la logique qui était celle de l’ancien régime semble être toujours en place : le même discours, les mêmes pratiques, c’est pratiquement la continuité des méthodes Kabila. Après, on peut se convaincre que Félix Tshisekedi n’a encore réellement pas pris les choses en mains. C’est possible, raison pour laquelle nous communiquons suffisamment sur la question du processus de paix au nom du bénéfice du doute que nous lui accordons.

Q2 : 2. Pourquoi ce rapatriement des 70 d’Uganda au moment où d’autres bataillons du M23 sont stationnés en RDC et ne sont pas invités à réintégrer ls FARDC

Bertrand Bisimwa : Seul le gouvernement congolais peut répondre précisément à cette question. Quant à nous, nous ne sommes étonnés par cette contradiction. La logique du régime de Kinshasa a toujours été celle de se fabriquer un bouc-émissaire chez ses voisins pour couvrir ses propres turpitudes, c’est pourquoi il choisit toujours de braquer les phares sur ses voisins au lieu de faire face à ses propres problèmes internes. Au Congo, il y’a actuellement plus de 129 groupes armés qui écument l’Est du pays avec autant d’atrocités à leur actif mais cela préoccupe moins le gouvernement que les quelques combattants M23 désarmés et cantonnés dans les pays voisins.

IGIHE : L’aile politique du M23 est elle active à favoriser cette tendance réintegrative ou elle se fait l’option essentielle de se muer en parti politique autant que le disent les accords de Nairobi ?

Bertrand Bisimwa : Le Mouvement du 23 mars est un et indivisible, il n’existe pas d’aile politique et d’aile militaire, nous sommes une organisation politico-militaire avec un seul commandement. En signant les déclarations de Nairobi, autant il était question que le M23 garde la possibilité de se transformer en une organisation de droit congolais, autant le gouvernement avait pris l’engagement de résoudre les causes profondes des conflits, notamment la question sécuritaire. A cette époque là nous avions choisi la démobilisation pour nos combattants. Mais 6 années après, le problème sécuritaire dans l’Est s’est aggravé à telle enseigne que les Fardc et la Monusco sont complètement dépassées. Dans ces conditions, nous ne pouvons pas opter pour la démobilisation, nous avons choisi d’intégrer l’armée nationale pour apporter notre expertise afin de mettre fin une fois pour toutes à cette problématique de sécurité. Si nous nous accordons correctement avec le gouvernement Félix, telle sera notre recommandation à tous nos combattants.

IGIHE : Quel est l’etat d’esprit et aspirations des troupes des M23 en rapport avec la nouvelle présidence de Tshisekedi ?
Bertrand Bisimwa :
Nous aspirons à une paix totale et définitive. Nous voulons voir l’Est du pays sécurisé, réconcilié, reconstruit afin qu’il offre des nouvelles opportunités d’épanouissement à tous ses habitants pour que plus jamais il n’existe de réfugiés congolais dans les pays voisins et ailleurs dans le monde.

IGIHE : Les hauts militaires du M23 pensent-ils si une fois réintégrés pourront acter sur le rapatriement de leurs parents réfugiés au Rwanda, Burundi Uganda, Tanzanie ?

Bertrand Bisimwa : L’objectif de l’intégration, comme nous l’avons dit plus haut, est la sécurisation, la pacification de l’Est du pays pour créer également des conditions favorables au retour de nos parents et de tous les réfugiés congolais vivant dans les pays voisins. Nous y tenons parce que nous voulons mettre un terme au phénomène réfugié congolais dans le monde. Un congolais doit se sentir mieux chez lui qu’ailleurs.

IGIHE : Ont-ils une image de la dynamique d’échanges commerciaux équitables qui pourront être établis dans un Est de la RDC sécurisé avec les pays voisins ?

Bertrand Bisimwa : Il n’y a pas de vie pour l’Est du pays sans échange commercial avec les pays voisins. Il suffit de se placer le matin aux deux barrières de goma et Gisenyi, à celles de Bukavu et Cyangugu, à celle de Bunagana et Kisoro, celle Kasindi et Kasese etc pour se rendre compte du flux commercial des biens et services. Nous vivons en interdépendance totale. Nous rêvons faire de nos barrières des passerelles et non des murs. Les habitants de l’Est du pays ont applaudi à l’annonce faite par le Président Félix Tshisekedi d’intégrer la RDC au sein de la Communauté de l’Afrique de l’Est. Cela n’est que justice qui sera finalement faite à nos populations. Nous avons milité depuis longtemps pour cette idée et avons hâte de la voir se concrétiser.


Publicité

AJOUTER UN COMMENTAIRE

REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM
Publicité