D’un rêve d’enfance de créer un jour un orphelinat à un projet d’accompagnement des jeunes et des familles, son engagement a progressivement pris une nouvelle forme. Une inauguration officielle est prévue en 2027.

L’histoire de 'Maranatha Teenager’s Organization' ne commence pas en janvier 2021. Pour sa présidente, les racines de l’association remontent beaucoup plus loin, à son enfance au Rwanda, puis à son arrivée en Belgique, à son parcours scolaire et professionnel et aux différentes expériences qui ont façonné sa volonté d’aider les autres.

Un rêve né dans l’enfance

Depuis son enfance, Kasine dit avoir été particulièrement sensible à la souffrance des autres, notamment celle des enfants.

Elle se souvient avoir observé, lorsqu’elle était jeune au Rwanda, les difficultés rencontrées par certains enfants élevés dans des familles recomposées. Certaines situations de maltraitance la touchaient profondément.

À cette époque, elle nourrissait un rêve simple : lorsqu’elle serait adulte, elle créerait un orphelinat pour accueillir et protéger les enfants confrontés à la souffrance.

Avec les années, ce rêve n’a pas disparu. Il a simplement changé de forme.

Aujourd’hui, plutôt que de créer l’orphelinat qu’elle imaginait enfant, Kasine a choisi de construire un espace d’écoute, d’orientation et d’accompagnement destiné principalement aux jeunes et aux familles qui s’installent en Belgique.

Son propre parcours a également joué un rôle déterminant dans la naissance de Maranatha.

La responsable est arrivée en Belgique alors qu’elle était en quatrième secondaire. Elle a ainsi vécu personnellement les défis liés à l’installation dans un nouveau pays : changement de culture, langue, système scolaire, nouveaux codes sociaux, nouvelles relations et nécessité de trouver progressivement sa place.

Cette expérience lui a permis de comprendre que l’adolescence constitue déjà une période de transition importante et que celle-ci peut être encore plus complexe lorsqu’elle est accompagnée d’une migration.

« Un jeune qui arrive dans un nouveau pays peut avoir des capacités, des rêves et une réelle volonté de réussir, tout en ayant besoin d’une personne qui l’écoute, l’oriente, l’encourage et lui montre qu’il est possible d’avancer », explique-t-elle.

C’est notamment cette expérience qui se retrouve dans le nom « Teenager’s », directement lié à la jeunesse et à cette période particulière de la vie.

Pourquoi « Maranatha » ?

Le nom Maranatha trouve également son origine dans une expérience vécue par Kasine durant sa jeunesse au Rwanda.

Elle se souvient d’une chorale de jeunes étudiants de l’école secondaire de Kabusunzu, à Kigali, surnommée « Chorale Maranatha ». Malgré leurs moyens limités et les contraintes liées à leurs études, ces jeunes avaient réussi à réaliser un album vidéo de chants.

Ce qui l’avait particulièrement marquée n’était pas seulement le résultat obtenu, mais surtout leur motivation, leur détermination et leur capacité à s’encourager mutuellement pour mener leur projet jusqu’au bout.

Cette expérience lui a laissé une conviction : les jeunes ne sont pas uniquement des personnes qui ont besoin d’aide. Ils sont aussi porteurs d’idées, de talents, d’énergie et de capacités qu’il faut encourager et accompagner.

Pour elle, le mot Maranatha évoque ainsi la motivation, la solidarité, l’encouragement mutuel et la capacité à transformer une idée en projet concret.

Son parcours académique a également contribué à structurer sa vision.

Après son arrivée en Belgique, celle-ci a poursuivi ses études et obtenu une formation d’assistante sociale, avant de décrocher, en décembre 2020, un master en ingénierie et gestion de projet.

Deux domaines qui, selon elle, se complètent.

La formation d’assistante sociale lui a appris à considérer une personne dans sa globalité : ses difficultés, ses besoins, ses ressources, son environnement et les possibilités qui existent autour d’elle.

La gestion de projet lui a, quant à elle, donné les outils nécessaires pour transformer une idée en action, définir des objectifs, mobiliser des ressources et construire des solutions concrètes.

C’est de cette complémentarité qu’est née une partie de la philosophie de Maranatha.

D’un rêve d’enfance de créer un jour un orphelinat à un projet d’accompagnement des jeunes et des familles, son engagement a progressivement pris une nouvelle forme

Écouter avant de chercher des solutions

Pour Kasine, accompagner une personne ne consiste pas simplement à répondre immédiatement à son problème.

Elle utilise notamment l’image de « l’arbre du problème » : le problème visible ne représente que ce qui apparaît à la surface. Derrière celui-ci peuvent se trouver des causes plus profondes.

Un jeune qui ne trouve pas d’emploi peut, par exemple, être confronté à une barrière linguistique, à un manque de formation, à l’absence de réseau, à des difficultés administratives, familiales ou financières.

L’association cherche donc à comprendre la situation dans son ensemble.

Son approche repose sur plusieurs étapes : écouter, comprendre, rechercher les causes, identifier les ressources, construire les solutions avec la personne et accompagner leur mise en œuvre, avec pour objectif de favoriser progressivement son autonomie.

Pour la présidente de Maranatha, aider ne signifie pas faire les choses à la place de quelqu’un, mais l’accompagner jusqu’à ce qu’il puisse progressivement avancer par lui-même.

L’association souhaite également aller au-delà de l’aide immédiate.

Une personne peut avoir besoin d’un accompagnement pour trouver une école, un logement, un emploi, résoudre une difficulté administrative ou accéder à certains services. Mais une fois une certaine stabilité retrouvée, il devient possible de réfléchir à son projet professionnel et à son autonomie.

Par ailleurs, Kasine envisage notamment la possibilité de développer des projets collectifs ou des coopératives dans lesquels plusieurs personnes pourraient mettre en commun leurs compétences, leurs expériences et leurs ressources.

L’objectif est de transformer progressivement l’accompagnement en capacité d’agir.

Une association construite avec peu de moyens

Lorsque Maranatha Teenager’s Organization voit officiellement le jour en janvier 2021, elle ne dispose pas de moyens financiers importants.

Le projet commence avec peu de ressources, mais avec beaucoup de volonté.

Il faut apprendre, chercher des solutions, convaincre, organiser et poursuivre les activités malgré les difficultés et les moments de doute.

Cinq ans après sa création, l’association poursuit son chemin.

Pour Kasine, cette continuité constitue en elle-même une étape importante : elle montre, selon elle, qu’un projet peut commencer modestement et évoluer grâce à la persévérance, à l’engagement et au soutien de plusieurs personnes.

La présidente insiste également sur le rôle joué par son entourage.

Elle rend notamment hommage à sa grande sœur, qu’elle présente comme une personne qui l’a soutenue depuis son enfance, ainsi qu’à son mari, ses enfants, des bénévoles, des amis et plusieurs personnes qui ont contribué aux activités de l’association.

Ce soutien a progressivement transformé une initiative individuelle en projet collectif.

« Ce qui était au départ mon projet personnel est devenu une histoire collective », résume en substance Kasine Marie Grace.

Une nouvelle étape se prépare désormais : l’inauguration officielle de Maranatha Teenager’s Organization, prévue en 2027.

Cette journée aura une particularité : son animation sera confiée à des jeunes de différentes nationalités.

Pour la propriétaire, ce choix correspond directement à la philosophie de l’association.

Les jeunes ne doivent pas être uniquement considérés comme des bénéficiaires. Ils doivent également être des acteurs du projet, capables de proposer des idées, de prendre des responsabilités, de développer leurs talents et de participer à la construction de leur avenir.

La diversité sera également au cœur de cette journée. L’association souhaite réunir des jeunes de différentes origines afin qu’ils puissent partager leurs expériences, leurs cultures, leurs talents et leurs aspirations.

Pour sa présidente, les différences d’origine ne doivent pas empêcher les jeunes de construire ensemble.

Pour la présidente de Maranatha, aider ne signifie pas faire les choses à la place de quelqu’un, mais l’accompagner jusqu’à ce qu’il puisse progressivement avancer par lui-même

Un appel à la mobilisation

À l’approche de cette inauguration, Kasine lance un appel à la diaspora et à toutes les personnes qui souhaitent contribuer à cette initiative.

Elle sollicite leur soutien, leurs idées, leur engagement et leur participation afin de préparer au mieux cette journée.

Pour elle, l’accompagnement de la jeunesse constitue une responsabilité collective.

Aider les jeunes à mieux s’intégrer, à construire leur avenir et à développer leurs capacités, c’est aussi contribuer au développement des communautés et maintenir un lien avec les pays d’origine.

L’inauguration de 2027 devrait ainsi être davantage qu’une cérémonie officielle. Elle veut marquer le passage d’une première période de construction à une nouvelle phase de développement de Maranatha.

En regardant le chemin parcouru, Kasine Marie Grace considère que le rêve de l’enfant qu’elle était n’a jamais réellement disparu.

Elle ne construit peut-être pas l’orphelinat qu’elle imaginait autrefois, mais elle a choisi de créer, avec d’autres, un espace où les jeunes peuvent être écoutés, orientés, accompagnés et encouragés à construire leur propre avenir.

'Maranatha Teenager’s Organization' porte ainsi une histoire personnelle devenue collective : celle d’un rêve d’enfance, nourri par une expérience migratoire, structuré par un parcours académique et transformé en une initiative tournée vers la jeunesse.

Et pour Kasine Marie Grace, l’histoire de Maranatha ne fait que commencer.

'Maranatha Teenager’s Organization' porte ainsi une histoire personnelle devenue collective : celle d’un rêve d’enfance, nourri par une expérience migratoire
À l’approche de cette inauguration, Kasine Marie Grace lance un appel à la diaspora et à toutes les personnes qui souhaitent contribuer à cette initiative

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