Ces massacres ont été déclenchés sous le prétexte de l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana, un événement que les autorités militaires de l’époque ont utilisé comme justification, bien qu’il ait été perpétré par des soldats de son propre camp militaire de Kanombe la nuit précédente selon les rapports établis.

À cette période, les forces de l’APR étaient engagées dans un conflit armé contre les Ex-FAR depuis près de quatre ans. Depuis le bâtiment du CND à Kigali, où se trouvait un bataillon d’environ 600 soldats, un ordre urgent du commandant de l’APR, Paul Kagame, fut donné afin de progresser rapidement et de porter secours aux civils en danger.

S’exprimant ce 5 juillet 2026 sur la « Rwanda Broadcasting Agency » (RBA), le porte-parole des Forces de défense rwandaises (RDF), le général de brigade Patrick Karuretwa, est revenu sur son expérience personnelle en 1994, indiquant qu’il était alors un très jeune soldat, à peine âgé de 20 ans, confronté à la brutalité des événements en cours.

Lors de l’avancée vers Kigali, notamment dans la zone de Nyacyonga, les soldats ont été confrontés à des scènes de massacres d’une extrême violence. Des corps de victimes jonchaient les routes, tandis que certains militaires découvraient des membres de leurs propres familles parmi les victimes.

« Nous avons vu des corps et les terribles façons dont les gens avaient été tués. Les informations que nous avions entendues sur la BBC et d’autres stations de radio se déroulaient maintenant sous nos yeux », a-t-il déclaré.

Le général de brigade Karuretwa a reconnu que la réaction immédiate des soldats était marquée par la colère et le désir de représailles. « Les soldats étaient dominée par la colère et le désir de représailles. Les combattants de l’APR, formés et lourdement armés, estimaient à ce moment que les auteurs des massacres devaient être à leur tour tués. »

Cependant, il note que la discipline et la confiance envers leur hiérarchie militaire ont joué un rôle déterminant dans la suite des événements. L’expression « Afande yavuze » (« le commandant a parlé ») est devenue, selon lui, un principe d’obéissance strict qui a empêché des actes de vengeance. Il a expliqué : « L’expression ‘Afande yavuze’ – ‘le commandant a parlé’ – était un ordre. Nous faisions entièrement confiance à nos dirigeants. »

Il souligne le fait que l’un des principaux accomplissements du commandement de l’APR durant la guerre visant à mettre fin au génocide a été d’avoir empêché ses soldats de se livrer à des actes de vengeance, malgré les atrocités auxquelles ils étaient confrontés et les pertes personnelles subies par nombre d’entre eux.

Selon le général de brigade, cette discipline a été l’un des éléments clés ayant permis d’éviter des représailles immédiates malgré l’intensité des émotions sur le terrain.

Il estime que cette retenue a contribué à orienter l’action militaire vers l’objectif principal de la fin du génocide contre les Tutsi. « Cette discipline a été l’un des éléments clés permettant d’éviter des représailles immédiates », a-t-il affirmé.

Après la victoire militaire du 4 juillet 1994, le Rwanda a dû faire face au défi de la reconstruction nationale, notamment par la création d’une armée unifiée. Cette étape a inclus l’intégration d’anciens membres des Ex-FAR dans les rangs de l’APR, devenue plus tard les Forces de Défense du Rwanda (RDF).

Le général de brigade Karuretwa reconnaît que cette décision a d’abord été difficile à comprendre pour de nombreux jeunes soldats de l’époque, qui avaient combattu ces mêmes forces sur le terrain. « Si vous aviez demandé au soldat Patrick Karuretwa, à l’époque simple soldat ou caporal, s’il comprenait la décision d’intégrer les Ex-FAR dans les RDF, j’aurais été déconcerté », a-t-il fait savoir.

Toutefois, il souligne qu’avec le recul, cette politique a joué un rôle central dans la stabilité et la réconciliation nationale. « Cependant, lorsque j’observe le Rwanda aujourd’hui, je constate que l’unité et la réconciliation sont devenues l’un des fondements essentiels de la reconstruction du pays », a-t-il reconnu.

Il ajoute que, même durant la guerre, certains combattants capturés des Ex-FAR avaient été intégrés dans les rangs de l’APR, affirmant que le message de Paul Kagame, selon lequel l’ennemi n’était pas le soldat individuel mais plutôt l’idéologie et les dirigeants à l’origine de la violence, a permis aux troupes de l’APR de mieux appréhender le sens véritable de leur combat.

« Cela a envoyé un message fort aux Ex-FAR et à l’ensemble de la société rwandaise : l’ennemi n’est pas une personne. Il ne s’agit pas du soldat en face de vous ; l’ennemi réside dans la mauvaise gouvernance », a-t-il expliqué.

« Aujourd’hui encore, il existe des commandants occupant des postes de responsabilité que l’on n’imaginerait jamais avoir fait partie d’un système qui considérait les Tutsi comme des ennemis. »

Aujourd’hui, les Forces de défense rwandaises sont régulièrement citées pour leur professionnalisme, notamment dans les missions de maintien de la paix. Selon le général de brigade Karuretwa, cette évolution est directement liée aux choix stratégiques opérés durant et après la période de libération, qui ont privilégié la discipline, l’unité et la réconciliation plutôt que la vengeance.

Le général de brigade Patrick Karuretwa a souligné que l’un des principaux accomplissements du commandement de l’APR durant la guerre visant à mettre fin au génocide a été d’avoir empêché ses soldats de se livrer à des actes de vengeance
Le général de brigade Karuretwa estime que cette retenue a contribué à orienter l’action militaire vers l’objectif principal : mettre fin au génocide contre les Tutsi
Les forces de l’APR étaient sous le commandement de Paul Kagame, aujourd’hui président de la République du Rwanda