Le texte a recueilli 123 voix pour, trois contre et 52 abstentions, le Rwanda figurant parmi les pays favorables.

Portée par le Ghana avec le soutien de l’Union africaine, cette initiative relance les débats sur les réparations, les excuses et la justice pour les descendants des victimes. À Accra, en juin 2026, responsables, historiens, défenseurs des droits humains et représentants de la diaspora africaine ont notamment appelé à l’élaboration d’un programme de réparation des préjudices liés à l’esclavage.

L’esclavage existait dans différentes sociétés africaines avant l’essor de la traite transatlantique, certaines personnes pouvant être réduites en esclavage à la suite de guerres, pour dettes ou en raison de décisions familiales ou communautaires.

Mais après la découverte des Amériques, le phénomène change d’échelle, les Européens recherchant une main-d’œuvre massive pour les mines et les plantations américaines. Entre le XVIᵉ et le XIXᵉ siècle, environ 10 à 12 millions d’Africains seront déportés vers les Amériques par l’Atlantique.

L’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Est sont profondément touchées, le Sénégal, la Gambie, la Guinée, la Sierra Leone, le Liberia, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria figurant parmi les principales régions concernées.

En Afrique centrale, la RDC, l’Angola et le Gabon sont également impliqués ou fortement affectés. À l’Est, la Tanzanie, le Mozambique, le Kenya et la Somalie deviennent des axes importants de la traite dans l’océan Indien, vers le Moyen-Orient, l’Inde et d’autres régions.

Ce système repose sur un vaste commerce : produits manufacturés et textiles quittent l’Europe pour l’Afrique, des captifs sont déportés vers les Amériques, puis le sucre, le café et d’autres produits repartent vers l’Europe. Les traversées sont toutefois marquées par la faim, les maladies et des conditions extrêmement difficiles à bord des navires, parfois qualifiés de « tombes flottantes ».

Pourquoi le Rwanda échappe-t-il à cette dynamique ?

Le Rwanda connaît une trajectoire différente, car avant la colonisation, le royaume est relativement fermé, tandis que son relief ainsi que son enclavement rendent l’accès au territoire difficile.

Contrairement aux régions côtières de l’actuelle Tanzanie, où des réseaux de commerçants arabes s’implantent au XIXᵉ siècle, le Rwanda ne devient pas un grand centre de la traite internationale.

Sous le règne de Kigeli IV Rwabugili, dans les années 1870, le royaume aurait pris des mesures contre les marchands d’esclaves opérant dans la région, en mobilisant notamment des forces pour empêcher les captures et les déportations.

Selon des récits historiques, lorsque des marchands auraient demandé au roi Rwabugili de leur fournir des Rwandais à vendre, celui-ci leur aurait répondu que ses sujets ne lui appartenaient pas au point qu’il puisse les vendre, et que lui-même leur appartenait également.

L’historien Innocent Nizeyimana a expliqué à IGIHE que les Rwandais avaient une conception accordant une grande valeur à la personne humaine, ce qui aurait contribué à l’opposition des autorités à la traite.

L’histoire de l’esclavage au Rwanda reste discutée par les historiens. Si le pays n’a pas connu une traite de l’ampleur de celle observée en Tanzanie, au Congo ou en Afrique de l’Ouest, certaines recherches attestent néanmoins de formes d’esclavage et de travail forcé dans certaines régions.

Des enfants, des femmes et d’autres personnes auraient notamment été capturés, vendus ou soumis au travail forcé, certains marchés associés à ce commerce à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle étant notamment Rukira et Kivumu cya Mpushi, ainsi que d’autres sites.

Ainsi, la particularité du Rwanda réside surtout dans le fait qu’il ne s’est pas transformé en plaque tournante de la traite négrière internationale, en raison de son enclavement, de sa configuration géographique et, selon plusieurs récits historiques, de la volonté du pouvoir royal de limiter l’activité des trafiquants.

De la révolte d’Haïti aux abolitions

La contestation de l’esclavage s’intensifie aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, portée par les révoltes d’esclaves, les mouvements abolitionnistes et les changements politiques.

Le soulèvement de Saint-Domingue en 1791, qui conduit à l’indépendance d’Haïti en 1804, constitue l’un des événements majeurs de cette lutte.

La Grande-Bretagne interdit la traite en 1807 et abolit l’esclavage dans la majeure partie de son empire en 1834. Aux États-Unis, l’esclavage est aboli en 1865, à l’issue de la guerre civile.

Par ailleurs, l’UNESCO commémore, chaque 23 août, la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, en référence au soulèvement de Saint-Domingue dans la nuit du 22 au 23 août 1791.

Cette journée vise à préserver la mémoire de cette histoire, à comprendre les mécanismes qui ont permis l’esclavage et à mesurer ses conséquences durables en Afrique, en Europe, dans les Amériques et dans les Caraïbes.

Le Rwanda ancien a échappé à la grande déportation liée aux traites transatlantique et orientale grâce à son enclavement géographique et à la solidité de son organisation politique centralisée qui dissuadaient les caravaniers esclavagistes de pénétrer sur son territoire