Il avait réussi un concours pour intégrer la Bourse du Rwanda, où il travaillait dans le conseil en investissement. Pourtant, quelques mois plus tard, il a choisi une autre voie : rejoindre les Forces de défense du Rwanda (RDF).

Dans une interview accordée à l’émission « Ingingo Nkuru » de IGIHE, le capitaine Nsengiyumva revient sur son parcours, sa décision d’intégrer l’armée, sa vie quotidienne de militaire et sa vision du rôle de la jeunesse dans la construction du Rwanda.

De la finance à l’armée : un rêve devenu une ambition

Après l’université, le capitaine Nsengiyumva explique avoir cherché un emploi comme beaucoup de jeunes diplômés. Il a finalement été recruté par la Bourse du Rwanda, où il travaillait principalement dans le domaine du conseil en investissement.

« Mon rôle consistait à accompagner et à conseiller les personnes disposant de capitaux ainsi que les investisseurs, en tenant compte de leurs projets, de leurs besoins et de leurs objectifs. J’exerçais cette fonction avec un réel intérêt et j’envisageais même de poursuivre cette carrière sur le long terme », explique-t-il.

Mais en février 2017, une annonce appelant les jeunes à rejoindre les Forces de défense du Rwanda a changé le cours de sa vie.

« Les critères requis, notamment l’âge, le niveau d’études et la nationalité, correspondaient à mon profil. J’ai alors compris que ne pas saisir cette opportunité reviendrait, d’une certaine manière, à renoncer moi-même à une occasion de servir mon pays », raconte-t-il.

Après avoir réussi la sélection, il a suivi une formation militaire d’un an avant d’intégrer officiellement l’armée rwandaise.

Une vocation née depuis l’enfance

Le capitaine Nsengiyumva affirme que son choix de rejoindre l’armée ne s’est pas fait par hasard. Il évoque une admiration née pendant son enfance lorsqu’il voyait des soldats sur le chemin de l’école.

« Nous rencontrions souvent des soldats alignés sur la route. En les regardant, je trouvais cela impressionnant. C’étaient de jeunes hommes disciplinés, et cela représentait quelque chose de fier et de valorisant », se souvient-il.

Avec le temps, cette admiration s’est transformée en une véritable ambition. Il dit avoir été particulièrement inspiré par le rôle joué par l’Armée patriotique rwandaise (APR), branche armée du Front patriotique rwandais (FPR), dans la libération du pays, ainsi que par l’engagement des RDF dans différentes missions en Afrique.

« J’étais conscient de la bonne réputation des forces rwandaises, notamment grâce à leurs contributions aux missions de maintien de la paix en République centrafricaine et au Soudan du Sud. Je souhaitais, moi aussi, apporter ma contribution au développement de mon pays, et je ne voyais pas de meilleure manière de le faire qu’en servant au sein des forces armées », souligne-t-il.

Selon lui, la formation militaire apprend avant tout à dépasser ses limites personnelles et à placer la mission collective au-dessus du confort individuel.

« La vie militaire vous apprend à ne pas seulement suivre vos envies personnelles, mais à respecter les instructions, à travailler avec les autres et à accomplir les tâches qui vous sont confiées », explique-t-il.

Il reconnaît que la formation des officiers cadets exige beaucoup d’efforts, mais qu’elle permet de développer la résistance et la confiance en soi.

« Auparavant, je voyais des soldats effectuer de longues marches et je pensais que cela était impossible. Cependant, au cours de la formation, j’ai progressivement réussi à relever ces défis, jusqu’à ce que ces efforts deviennent des aptitudes naturelles et une partie intégrante de mes capacités », ajoute-t-il.

Alors que certains associent souvent le métier de militaire aux conflits armés, le capitaine Nsengiyumva rappelle que la mission des RDF dépasse largement le contexte de guerre.

« Protéger la souveraineté d’un pays ne signifie pas uniquement combattre. Nous avons une valeur fondamentale : placer le citoyen au premier plan », affirme-t-il.

Il explique que les Forces de défense du Rwanda regroupent plusieurs domaines, notamment les services médicaux et techniques, avec un objectif commun : permettre aux citoyens de vivre et de travailler en sécurité.

« Que ce soit dans l’agriculture, le commerce ou d’autres secteurs, notre rôle est de contribuer à créer un environnement où le citoyen se sent protégé », précise-t-il.

Actuellement, le capitaine Nsengiyumva travaille dans l’administration au quartier général des RDF.

Diplômé en 2016, le capitaine Michael Nsengiyumva a quitté le secteur financier pour rejoindre les Forces de Défense du Rwanda (RDF)

La libération du Rwanda, une source d’inspiration

À l’occasion des 32 ans de la Libération du Rwanda, le capitaine Nsengiyumva affirme que l’histoire du pays reste une grande source de motivation.

Il cite notamment le parcours du Président Paul Kagame, également commandant en chef des RDF.

« Ce qui m’inspire profondément, c’est le fait qu’il ait renoncé à la vie qu’il menait aux États-Unis pour revenir prendre part à une lutte difficile, dans un contexte particulièrement complexe, jusqu’à la libération du Rwanda », déclare-t-il.

Pour lui, cette histoire rappelle l’importance du sacrifice et de l’engagement envers la nation.

Le capitaine Nsengiyumva estime que chaque jeune devrait avoir une vision claire de son avenir et participer à la construction du Rwanda.

« Chaque jeune devrait se dire qu’il se trouve aujourd’hui à un certain niveau, mais qu’il doit constamment chercher à progresser et à aller plus loin demain. Le pays dans lequel nous sommes nés ne devrait pas être identique à celui que nous transmettrons aux générations futures. Nous avons tous la responsabilité d’apporter notre contribution à sa construction et à son développement », affirme-t-il.

Il appelle également les jeunes à éviter les comportements qui peuvent freiner leur développement, notamment l’alcoolisme et la consommation de drogues.

« Ces pratiques nuisent non seulement aux individus, mais également à la nation, car elles privent le pays de talents, d’énergie et de ressources humaines qui auraient pu contribuer à son développement et à son progrès », dit-il.

Interrogé sur les menaces éventuelles contre la sécurité du Rwanda, alors que les générations ayant participé à la libération du pays transmettent progressivement leurs responsabilités aux jeunes militaires, le capitaine Nsengiyumva se veut rassurant.

« Aujourd’hui, certains d’entre nous sont nés pendant la période de la lutte pour la libération, tandis que d’autres sont nés après cette période. Pourtant, nous servons tous au sein des forces nationales, ce qui témoigne de la continuité des valeurs de patriotisme, d’engagement et de dévouement envers notre pays », explique-t-il.

Selon lui, la connaissance de l’histoire du Rwanda renforce cette détermination.

« Nous connaissons l’histoire de notre pays et les épreuves qu’il a traversées. Personne ne souhaite voir le Rwanda revenir aux périodes sombres de son passé », insiste-t-il.

Actuellement, le capitaine Nsengiyumva travaille dans l’administration au quartier général des RDF
Le capitaine Nsengiyumva estime que chaque jeune devrait avoir une vision claire de son avenir et participer à la construction du Rwanda