Selon plusieurs récits historiques, le souverain est décédé après avoir reçu une injection qualifiée de suspecte, administrée par le médecin belge Dr Vyncke. Depuis lors, de nombreux historiens, considèrent sa mort comme un assassinat politique qui a précédé les violences dirigées contre les Tutsi à partir de novembre 1959, lesquelles ont ouvert la voie aux persécutions ayant culminé avec le Génocide contre les Tutsi de 1994.

Plus de six décennies après sa disparition, l'anniversaire de la mort de Mutara III Rudahigwa demeure un moment de mémoire et de réflexion sur l'héritage d'un roi considéré comme l'un des principaux artisans de la modernisation du Rwanda et de la défense de son indépendance.

Un souverain réformateur

Monté sur le trône durant la période coloniale, Mutara III Rudahigwa s'est distingué par sa volonté de transformer les institutions du pays et d'améliorer les conditions de vie de la population.

Parmi ses réformes les plus importantes figure l'abolition du système de clientèle Ubuhake, ainsi que des systèmes de travail forcé Uburetwa et Shiku, des mesures considérées comme des avancées majeures vers davantage d'égalité entre les Rwandais et le renforcement de l'unité nationale.

Le roi a également marqué son époque par sa vision de la modernité. Contrairement à la tradition qui voulait que le souverain se déplace dans un hamac royal, il fit l'acquisition d'une automobile et choisit de l'utiliser pour ses déplacements, illustrant ainsi sa volonté d'inscrire le Rwanda dans une dynamique de modernisation.

Dans le domaine institutionnel, il créa le Conseil du Mwami, un organe consultatif destiné à accompagner le souverain dans la gouvernance du pays. Cette institution évolua ensuite en Conseil du Pays en 1942, puis en Conseil supérieur du Pays en 1953, considéré comme le précurseur de l'actuel Sénat.

D'importants progrès économiques

Sous son règne, le Rwanda connut également des avancées importantes dans les infrastructures.

Le réseau routier fut considérablement développé afin de relier les principales villes du pays, notamment Kigali, Butare, Gisenyi, Ruhengeri, Cyangugu et Bujumbura. Des axes internationaux furent également aménagés vers l'Ouganda, la Tanzanie et le port de Mombasa, facilitant le commerce, les échanges et l'intégration régionale.

Le secteur minier connut lui aussi une forte expansion. Des sociétés telles que MINETAIN, SOMUKI, GEORWANDA et COREM développèrent les activités d'exploration et d'exploitation de minerais comme l'étain, l'or, le colombo-tantalite, le béryl et l'amblygonite.

À la fin des années 1950, cette industrie employait entre 15 000 et 16 000 travailleurs, constituant alors l'un des principaux moteurs de l'économie rwandaise.

Un fervent défenseur de l'indépendance

Au-delà des réformes économiques et sociales, Mutara III Rudahigwa s'est progressivement imposé comme l'un des principaux défenseurs de l'indépendance du Rwanda face à l'administration coloniale belge.

Les archives historiques indiquent qu'il plaidait pour l'accession du Rwanda à la souveraineté, demandait la suppression des mentions ethniques sur les cartes d'identité, encourageait l'accès universel à l'éducation et souhaitait la création d'une université rwandaise comparable à celles qui existaient déjà dans d'autres pays de la région.

Ces prises de position ont progressivement tendu ses relations avec les autorités coloniales belges. De nombreux historiens, ainsi que les autorités rwandaises, estiment que son engagement en faveur de l'indépendance du pays a fait de lui une cible politique.

Sa disparition, le 25 juillet 1959, fut suivie quelques mois plus tard par une escalade des tensions politiques et des violences contre les Tutsi lors de la « Révolution sociale » de novembre 1959. Ces événements ont marqué le début de décennies de discriminations, d'exils forcés et de massacres qui ont culminé avec le Génocide contre les Tutsi perpétré en 1994.

Un héritage toujours vivant

Aujourd'hui, Mutara III Rudahigwa est commémoré comme le dernier roi ayant exercé pleinement le pouvoir avant les profondes transformations politiques qu'a connues le Rwanda au début des années 1960.

Son héritage reste associé à la promotion de l'unité nationale, à la modernisation des institutions, à la justice sociale, au développement économique et à la lutte pour l'indépendance du Rwanda.

Chaque 25 juillet, l'anniversaire de sa disparition constitue ainsi un moment de recueillement et de réflexion sur le parcours historique du pays, ainsi que sur les valeurs d'unité, d'autonomie, de dignité et de développement qu'il a défendues tout au long de son règne.

Monté sur le trône durant la période coloniale, le roi Mutara III Rudahigwa s'est distingué comme un dirigeant progressiste, déterminé à moderniser les institutions du Rwanda et à améliorer les conditions de vie de son peuple
Le roi Mutara III Rudahigwa aux côtés de responsables de l'Église catholique