En s'emparant de la capitale, les forces de l'Armée patriotique rwandaise (APR), branche armée du Front patriotique rwandais (FPR), ont mis un terme effectif au génocide perpétré contre les Tutsi. Cet acte final couronne quatre années d'une guerre de libération acharnée, entamée dans les collines du Nord en 1990.

Retour sur une odyssée militaire et politique qui a transformé à jamais le destin du Rwanda.

Le 1er octobre 1990 : Le grand retour et le choc initial

Depuis 1959, des centaines de milliers de Tutsi, vivent en exil, fuyant les persécutions et les massacres cycliques. Face au refus catégorique du régime du président Juvénal Habyarimana de permettre leur retour dans la dignité, la diaspora se structure. Le Front patriotique rwandais (FPR) naît avec une ambition claire : instaurer la démocratie, l'unité nationale et le droit au retour pour tous.

Le 1er octobre 1990, l'Armée patriotique rwandaise (APR) traverse la frontière ougando-rwandaise à Kagitumba. C’est le début de la guerre de libération.

Cependant, les premiers jours sont tragiques. Dès le 2 octobre, le charismatique commandant en chef de l'APR, le général de brigade Fred Gisa Rwigema, est tué au front. Privée de son leader et confrontée à une contre-offensive massive des Forces armées rwandaises (FAR), puissamment soutenues par la France et le Zaïre, l'APR subit de lourdes pertes. L'offensive conventionnelle piétine dans les plaines de l'Est.

L'ère Paul Kagame : La réorganisation et la guerre de guérilla

Face au spectre de la défaite, un homme reprend les rênes : le major Paul Kagame, alors en formation militaire aux États-Unis, rentre en urgence pour assumer le commandement.

Après les revers militaires enregistrés au début de la guerre, Paul Kagame engage une profonde réorganisation de la stratégie du Front patriotique rwandais (FPR). Il abandonne les offensives frontales au profit d'une stratégie de guérilla mobile, fondée sur la rapidité, la mobilité et la connaissance du terrain.

Les forces de l'Armée patriotique rwandaise (APR) effectuent un repli stratégique vers les montagnes escarpées des Virunga, dans le nord-ouest du Rwanda, où elles consolident leurs positions.

Cette période est également marquée par une reconstruction en profondeur des capacités du mouvement : la discipline est renforcée, les nouvelles recrues suivent une formation rigoureuse et les réseaux de la diaspora rwandaise sont remobilisés afin de soutenir l'effort politique, diplomatique et logistique du FPR.

Cette réorganisation contribue à renforcer les capacités opérationnelles du mouvement pour la suite de la guerre.

Depuis les hauteurs du Nord, l’APR harcèle les forces gouvernementales, s'adaptant parfaitement au terrain accidenté et gagnant le respect des populations locales grâce à sa discipline stricte.

Après les revers militaires enregistrés au début de la guerre, Paul Kagame engage une profonde réorganisation de la stratégie du Front patriotique rwandais (FPR)

1991–1993 : De la prise de Ruhengeri aux Accords d'Arusha

L'APR prouve rapidement sa montée en puissance à travers des actions d'éclat qui ébranlent le régime de Kigali.

Le 23 janvier 1991, lors d'une opération commando audacieuse, l'APR prend d'assaut la ville de Ruhengeri. Les forces du FPR libèrent des prisonniers politiques de la prison locale, saisissent d'importants stocks d'armes et se replient dans les montagnes avant que les FAR ne puissent réagir. Le message est clair : l'APR peut frapper où elle veut.

Face aux massacres répétés de civils tutsi perpétrés par le régime, notamment dans le Bugesera et le Nord-Ouest, l'APR lance une offensive majeure en février 1993. En quelques jours, elle triple sa zone de contrôle et arrive aux portes de Kigali. Cette démonstration de force contraint le régime d'Habyarimana, acculé, à s'asseoir sérieusement à la table des négociations.

Les discussions aboutissent, le 4 août 1993, à la signature des Accords d'Arusha (Tanzanie). Ils prévoient notamment un cessez-le-feu, le rapatriement des réfugiés, l'intégration des forces de l'APR dans l'armée nationale (à hauteur de 40 % des effectifs et de 50 % du commandement) et la mise en place d'un gouvernement de transition à base élargie. Pour surveiller l'accord, l'ONU déploie la MINUAR.

Dans le cadre de ces accords, en décembre 1993, le FPR envoie un bataillon de 600 soldats (le 3e bataillon) au Conseil national de développement (CND), à Kigali, pour assurer la sécurité de ses dirigeants politiques appelés à intégrer les institutions.

Le génocide contre les Tutsi et la Libération du Rwanda

La paix d'Arusha n'est qu'une illusion. Les extrémistes du pouvoir (le Hutu Power) refusent tout partage. Le 6 avril 1994, l'avion du président Habyarimana est abattu au-dessus de Kigali. En l'espace de quelques heures, les Forces armées rwandaises (FAR), la Garde présidentielle et les milices Interahamwe dressent des barrages et entament l'extermination systématique de la population tutsi et des opposants politiques hutu. C'est le début du génocide perpétré contre les Tutsi planifié depuis longtemps.

Face à la passivité et à la défaillance de la communauté internationale et de l'ONU, le général Paul Kagame ordonne la reprise immédiate des hostilités le 7 avril 1994. L'objectif change de nature : il ne s'agit plus seulement de gagner une guerre de libération, mais d'arrêter un génocide.

L'APR déploie une stratégie militaire en tenaille d'une efficacité redoutable pour encercler les forces gouvernementales tout en sauvant le maximum de civils possible.

Dès le début, les 600 soldats du FPR, encerclés au CND, brisent le blocus ennemi au cours de combats acharnés, maintenant une tête de pont vitale au cœur même de la capitale.

Par ailleurs, les brigades de l'APR basées dans le Nord foncent vers le Sud. Elles se séparent en deux axes : l'un contourne Kigali par l'Est pour couper les lignes de ravitaillement vers la frontière tanzanienne, l'autre progresse par l'Ouest.

Fin mai, l'APR s'empare de l'aéroport international de Kigali et du camp militaire adjacent. Début juin, la ville stratégique de Gitarama (où s'était réfugié le gouvernement intérimaire génocidaire) tombe aux mains du FPR. Il ne reste plus que le cœur de la capitale.

Après d'intenses combats urbains, colline par colline, les Forces armées rwandaises, en déroute totale, fuient vers l'ouest du pays (vers la zone contrôlée par l'Opération Turquoise française et le Zaïre).

Le 4 juillet 1994, l’APR prend le contrôle total de Kigali. Les armes se taisent dans la capitale. Le drapeau du FPR flotte sur les hauteurs de la ville. C’est la fin effective des 100 jours de massacres qui ont coûté la vie à plus d'un million de personnes.

Quelques jours plus tard, le 19 juillet 1994, un gouvernement d’union nationale est mis en place, marquant le premier jour de la reconstruction d'un pays en ruines, mais désormais unifié et libéré. Le 4 juillet est depuis célébré chaque année comme le Jour de la Libération (Kwibohora).

Le 1er octobre 1990, l'Armée patriotique rwandaise (APR) traverse la frontière ougando-rwandaise à Kagitumba. C’est le début de la guerre de libération
Le charismatique commandant en chef de l'APR, le général de brigade Fred Gisa Rwigema, est tué au front dès le 2 octobre 1990, affectant gravement le moral des troupes
Depuis les hauteurs du Nord, l’APR harcèle les forces gouvernementales, s'adaptant parfaitement au terrain accidenté et gagnant le respect des populations locales grâce à sa discipline stricte
Le 4 juillet 1994, la prise de Kigali par l’APR marque la fin effective du génocide contre les Tutsi au Rwanda