Ceux-ci sont notamment accusés d’avoir créé ou rejoint un groupe criminel, provoqué des troubles ou du désordre, porté atteinte au pouvoir en place et diffusé de fausses informations ou de la propagande destinée à monter des États étrangers contre le Rwanda.
La formation de jugement était composée de trois juges et d’un greffier, tandis que le parquet était représenté par deux procureurs. La défense était assurée par Me Bruce Bikotwa, Me Gatera Gashabana et Me Gashema Félicien.
À 9h14, le juge a appelé Victoire Ingabire et ses avocats à la barre. La défense a demandé notamment à pouvoir présenter ses moyens de défense par étapes. Le juge lui a reproché de ne pas avoir préparé ses conclusions à temps et a estimé que, dans l’intérêt de la justice, la procédure devait se poursuivre afin de permettre aux autres prévenus de faire valoir leurs droits.
Le 8 septembre, Ingabire et ses avocats avaient demandé la récusation de la formation de jugement. La Haute Cour avait rejeté cette demande et leur avait infligé une amende civile de 500 000 francs rwandais, estimant que leur démarche retardait la procédure.
Le 16 septembre, leurs avocats avaient saisi la Cour d’appel pour contester la composition de la formation et l’amende. La Cour d’appel n’a accueilli aucun des deux recours et a maintenu l’amende. Interrogés avant l’ouverture du procès sur son paiement, les avocats ont indiqué l’avoir réglée le 17 septembre.
À 9h48, le ministère public a commencé à présenter les accusations, retraçant le parcours d’Ingabire, notamment son séjour aux Pays-Bas, son rôle à la tête des FDU-Inkingi, sa première arrestation et son engagement au sein de DALFA-Umurinzi.
Selon le parquet, bien qu’Ingabire ait affirmé vouloir « changer le pouvoir par des moyens non violents », l’enquête aurait révélé le recours envisagé à la force ou aux armes. Après sa libération le 15 septembre 2018, à la suite d’une grâce présidentielle, elle aurait repris sa collaboration avec les FDU-Inkingi et d’autres groupes basés à l’étranger dans le but de renverser le pouvoir.
Le parquet a notamment cité la plateforme P5, regroupant le RNC de Kayumba Nyamwasa, FDU-Inkingi, Amahoro People’s Congress, PDP-Imanzi et une aile du PS-Imberakuri dirigée par Bernard Ntaganda. Selon l’accusation, le P5 aurait participé à des attaques au Rwanda, dont celle menée à Musanze en octobre 2019, qui avait fait des morts et des blessés parmi les civils.
Me Bikotwa a demandé au parquet de préciser le rôle d’Ingabire dans les FDU-Inkingi lorsque le mouvement appartenait au P5. Le procureur a affirmé que les FDU-Inkingi avaient été fondées et étaient toujours dirigées par Ingabire, estimant qu’« on ne peut pas dissocier Ingabire de FDU-Inkingi », et a annoncé que les preuves seraient présentées à la Cour.
Le parquet a ensuite évoqué une enquête secrète ayant permis de mettre progressivement au jour le projet présumé. Il a notamment cité Cassien Ntamuhanga et Kizito Mihigo, arrêtés et poursuivis par la justice, et affirmé qu’Ingabire et Ntamuhanga avaient été enregistrés alors qu’ils discutaient d’un projet de renversement du pouvoir. Ces enregistrements devraient être présentés au procès.
Selon le procureur, après avoir constaté que le recours aux armes leur serait difficile, Ingabire aurait changé de stratégie en organisant des formations présentées comme des cours d’anglais pour des membres de DALFA-Umurinzi, mais qui, en réalité, avaient pour objectif de préparer des actions contre le pouvoir. L’accusation s’appuie notamment sur des enregistrements audio et vidéo réalisés par Nzabandora Boniface, ancien secrétaire d’Ingabire qui résidait également chez elle.
Les participants auraient reçu des pseudonymes et utilisé Signal et Telegram plutôt que WhatsApp pour préserver leurs échanges. Ingabire aurait servi d’intermédiaire entre les participants au Rwanda et ceux basés à l’étranger.
Des personnes se présentant sous les noms d’Anna et Sandro auraient participé aux formations et cité comme exemple la mobilisation ayant conduit à la chute de Hosni Moubarak en Égypte en 2011. Les participants auraient appris les méthodes de « protest and persuasion », de « non-cooperation », de « boycott » et de « mobilisation ».
La stratégie de « non-cooperation » aurait notamment consisté à ne pas participer à certains programmes de l’État, à ne pas payer les cotisations de mutuelle de santé et à ne pas déposer d’argent dans les banques, les médias ayant également été envisagés comme moyen de mobilisation. Le parquet a cité à ce titre le journaliste Théoneste Nsengimana, d’Umubavu TV.
Selon le procureur, les participants avaient prévu de commencer par de petites actions avant de passer à des opérations plus importantes et de solliciter Nsengimana ainsi que Niyonsenga Dieudonné, alias Cyuma Hassan, afin que celui-ci médiatise les activités de DALFA-Umurinzi.
Le parquet a également évoqué une campagne appelée « Shira Ubwoba Udahungeta, Ugahungetwa », destinée à encourager les citoyens à changer de stratégie et à intimider les agents de sécurité, ainsi qu’une opération baptisée « Serwakira », visant à défendre des personnes présentées comme victimes d’injustices.
Des messages tels que « Turambiwe kwicwa, turambiwe gushimutwa » (« Nous en avons assez d’être tués, nous en avons assez d’être kidnappés ») auraient été diffusés, le procureur les rapprochant de propos attribués à Ingabire lors de l’« Ingabire Day ».
Le parquet a enfin affirmé qu’Ingabire avait continué à suivre les activités des formations et participé à la préparation de manifestations lors de l’« Ingabire Day », alors que les participants auraient été invités à porter du vert et à promouvoir le thème « Abanyarwanda nibubahwe » (« Que les Rwandais soient respectés »).
La Haute Cour a accordé quatre jours au parquet pour présenter ses éléments à charge, avant la phase de défense. L’audience a été suspendue à 13h09 et reprendra le 21 septembre 2026 à 9h00, avec la poursuite de la présentation des éléments du ministère public.




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