Le porte-parole du Bureau rwandais d’enquête (RIB), Dr Murangira B. Thierry, a confirmé à IGIHE que les 81 dossiers avaient été transmis au parquet, les suspects étant répartis entre Kirehe (21), Ngoma (7), Kayonza (3), Nyamasheke (15) et Rubavu (35).

Lors de la présentation de certains suspects ce jeudi, Dr Murangira a expliqué que les personnes impliquées qualifiaient leurs pratiques d’« aide aux enfants », alors qu’il s’agissait, selon le RIB, de leur fournir des réponses pendant les examens.

Les premières investigations ont révélé que certains élèves d’un même établissement donnaient des réponses identiques, avec les mêmes formulations et dans le même ordre. Dans certains cas, un élève effaçait même une réponse incorrecte qu’il avait initialement écrite pour la remplacer par celle qui lui avait été communiquée.

À Nyamasheke, un enseignant chargé de surveiller les examens aurait photographié les sujets avec son téléphone avant leur distribution. Il les aurait ensuite envoyés à un employé de la bibliothèque, qui utilisait un ordinateur et l’intelligence artificielle (IA) pour obtenir les réponses avant de les imprimer en quantité suffisante pour les salles d’examen.

Les enquêteurs se sont également appuyés sur les témoignages d’élèves soupçonnés d’avoir bénéficié de cette aide, ceux-ci ayant expliqué qu’ils recevaient les réponses directement pendant les examens.

Selon le RIB, dans certains cas, le système était organisé dès le niveau des districts, tandis que les responsables d’établissements sélectionnaient des enseignants de confiance pour préserver la confidentialité.

Des enseignants auraient falsifié leurs informations

Les règles de la NESA interdisent à un enseignant de sixième année du primaire de surveiller les examens. Pourtant, certains enseignants concernés auraient déclaré enseigner en quatrième ou en cinquième année afin de pouvoir figurer sur les listes de surveillants transmises à la NESA.

Les suspects sont notamment poursuivis pour abus de fonctions à des fins personnelles, une infraction liée à la corruption et punie, selon l’article 15 de la loi anticorruption, de sept à dix ans de prison et d’une amende de 5 à 10 millions de francs rwandais.

Ils sont également poursuivis pour usage de faux documents, prévu à l’article 276 de la loi portant régime général des infractions et des peines, passible de cinq à sept ans de prison et de 3 à 5 millions de francs rwandais d’amende, ou de l’une de ces peines.

Le secret professionnel, prévu à l’article 150, est également retenu et est passible d’un à deux ans de prison. Enfin, certains sont poursuivis pour création ou adhésion à une organisation criminelle, punie de sept à dix ans d’emprisonnement.

Selon le RIB, ces pratiques visaient notamment à permettre à certains districts d’améliorer artificiellement leurs performances afin de figurer parmi les meilleurs dans les évaluations de performance. L’institution juge toutefois préoccupant qu’un district puisse afficher de bons résultats alors que les élèves concernés ne possèdent pas réellement les connaissances correspondant à leurs notes.

Le ministère de l’Éducation avait annoncé que les cas de tricherie aux examens de fin du primaire avaient concerné 7 188 élèves, qui ont par la suite été autorisés, à titre exceptionnel, à repasser les examens nationaux.