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Arrestations et tortures de Rwandais en Uganda : Kigali conseillé de ne pas se prêter à la provocation

Redigé par IGIHE
Le 5 août 2019 à 02:59

Dans le cadre du difficile contentieux rwando ugandais, les autorités ugandaises donnent des coups désordonnés ici et là à l’encontre des citoyens rwandais résidant encore en Uganda pour diverses raisons. C’est comme si elles cherchent à provoquer le Rwanda afin qu’il adopte à la va-vite des mesures et démarches dangereuses.

Sunday Vision ugandais de ce 4 aout 2019 revient sur les quarante citoyens rwandais arrêtés collectivement par le service de renseignement militaire dit CMI il y a deux semaines, le 24 juillet dernier. Ils ont été arrêtés dans une église protestante ADEPR en pleine messe dans le quartier Kibuye de la Ville de Kampala.

Paroissiens arrêtés en groupe et taxés d’espions
Le journal ugandais du dimanche rapporte que des sources dignes de foi auprès de ces services avancent que les quarante rwandais arrêtés entretenaient des contacts avec des Rwandais résidant en Uganda et avec ceux de la diaspora. Ils sont eux aussi accusés d’espionnage au profit du Rwanda.

"Ils assistaient aux cultes de cette église pentecotiste tout en espionnant un officier dissident rwandais", rapporte the Sunday Vision.

Des analystes, tant à Kigali qu’à Kampala, se sont demandé quel genre d’espions se réuniraient dans un groupe aussi vaste - 40 d’entre eux - dans un même espace, plus particulièrement dans un pays étranger.

« On doute de la crédibilité d’imaginer une telle chose ; quel genre d ’"espions" stupides seraient-ils ? C’est tout simplement impossible ! », a déclaré un observateur politique de la région rejoignant une large opinion émise par de nombreuses personnes sur Twitter et sur d’autres médias sociaux.

Brutalités et oubli délibéré de procédures légales d’arrestation
L’attaque contre l’église s’est déroulée selon les méthodes brutales habituelles des agences de sécurité du gouvernement Museveni.

Les agents de la CMI se sont contentés de brutaliser le groupe religieux. Et sans mandat d’arrêt ni autre procédure légale, ils les ont fait monter de force à bord de véhicules et les ont emmenés.

Les agents de CMI/Chieftancy of Military Intelligence et d’ISO/ Internal Security Office ont régulièrement fait subir aux Rwandais ce genre d’enlèvement illégal notamment au cours de ces deux dernières années et demie.

Presque invariablement, les membres de la famille ne seront pas informés du lieu où les leurs auront été emmenés.

Alors en détention, ces victimes n’auront jamais droit aux services d’un avocat. Ils ne se défendront même pas devant un tribunal et tout simplement ils se retrouveront inculpées par un le tribunal de la place, après quoi de l’opinion publique sera mise devant un fait accompli par les autorités ougandaises et les médias.

Il est de notoriété publique que les charges accusatrices du régime de Kampala à l’encontre des citoyens rwandais sont toujours de simples excuses pour justifier leur victimisation, avance une certaine opinion avisée.

Aujourd’hui, les agences de sécurité vont étiqueter quelqu’un comme un "espion au service du Rwanda" ; la semaine prochaine, l’accusation deviendra une « entrée illégale sur le territoire ugandais » ; et une autre fois, ce sera « la possession illégale d’armes ».

Selon Sunday Vision, un autre qualificatif est entré dans le lexique des autorités de Kampala : "membres d’un escadron sapeur" !


Versatilité et indécision dans la qualification des crimes prêtés aux Rwandais

« Combien de fois ces porte-parole de Museveni ont-ils déclaré que telles ou telles personnes sont des" espions, et pourtant, il n’existe jamais de procès pour le prouver", a confié cet analyste politique basé à Kigali.

"Maintenant, regardez cette nouvelle vision et comment elle ternit publiquement une église entière, les appelant des escadrons de frappe quand aucune procédure légale ne les a accusés de quoi que ce soit !", a ajouté l’analyste.

Selon la porte-parole du gouvernement ougandais, Ofwono Opondo, "le gouvernement ugandais ne vise pas les Rwandais. Il ne fait qu’éliminer des éléments criminels entrés en Uganda".

Opondo reprenait ainsi les déclarations du ministre des Affaires étrangères Sam Kutesa le 17 mai dernier lorsqu’il s’est adressé au corps diplomatique de Kampala.

« L’Uganda attend des Rwandais qui se rendent en Uganda qu’ils respectent la loi. Quiconque enfreint la loi sera traité conformément à la loi ", avait alors dit Kuteesa.

Tout faire pour protéger les menées du RNC contre le Rwanda
L’administration ugandaise n’a toutefois montré aucun Rwandais ayant enfreint la loi. Le CMI a enlevé l’homme d’affaires réné Rene Rutagungira, en août 2017, dans le quartier de Bakuli à Kampala, et l’a accusé de "d’espionnage".

Sur son dossier judiciaire, les agences de sécurité de Kampala ont bafouillé en changeant le chef d’accusation en « enlèvement ». Ils ont arrêté pour emprisonner Rutagungira dans la caserne militaire de Makindye, où il aurait été gravement torturé.

Après plusieurs mois de détention et un bref habeas corpus au tribunal contre le CMI, ils l’ont fait comparaître devant la cour martiale militaire, en violation de ses droits en tant que civil, conformément à la Constitution ugandaise.

Mais le tribunal n’a réussi à le reconnaître coupable de rien. Ils ont décidé de le garder enfermé, en violation totale de la loi qui stipule que toute personne contre laquelle ils n’ont aucune preuve du crime doit être libérée.

Les cas de Rwandais ainsi victimes se sont multipliés.

En mai dernier, Mukama Moses Kandiho, un officier redouté du GISO (responsable de la sécurité intérieure du gouvernement) dans la région de Mbarara, qui se trouve être le frère cadet du Gén. de brigade du CMI, Abel Kandiho, a arrêté deux hommes d’affaires rwandais, Emmanuel Rwamucyo et Augustin Rutayisire.

Mukama Kandiho a convoqué l’officier du contre-espionnage de la deuxième division de l’UPDF, le major Mushambo, et, avant de s’en rendre compte, les deux Rwandais se trouvaient dans la caserne de l’armée de Mbarara et y étaient torturés.

Selon les membres de sa famille, Rwamucyo disposait de 140 millions de shillings ougandais. Il était sur le point de déposer dans une banque à Mbarara. Les agents de sécurité ont pris l’argent.

Selon les normes internationales, lors de l’arrestation, tout suspect devrait être fouillé et toute preuve matérielle trouvée avec lui consignée dans un registre pour lui être remis plus tard. Cela n’est jamais arrivé aux deux hommes d’affaires, en ce qui concerne leur argent. Il en va de même pour tous les autres Rwandais enlevés par le CMI.

Aucun Rwandais reconnu coupable par un quelconque tribunal ugandais

Selon les analystes, c’est une autre raison pour laquelle les Rwandais ne sont jamais jugés par un tribunal. Les accusations portées contre eux seront fausses et il n’y aura aucune preuve pour les accuser devant le tribunal.

Ils vont juste les torturer dans les cachots du CMI. Rwamucyo et Rutayisire seront transférés au siège du CMI après quelques semaines à Mbarara. À partir de ce moment-là, l’accusation passera tour à tour de l’accusation de "participation à un complot de brigandage" à "possession illégale d’armes".

La même chose est arrivée à Moses Ishimwe Rutare, un homme d’affaires rwandais à Kampala, qui, en décembre 2018, est sorti d’un service religieux pour répondre à son téléphone pour immédiatement se faire arrêter par les hommes de CMI.

Sans le savoir, il a été conduit à côté de la résidence du Général Abel Kandiho où des hommes du CMI lui ont demandé de montrer son identité.

Lorsqu’il a été découvert qu’il était un Rwandais, ils l’ont emmené dans leur chambre de torture à Mbuya, brandissant une accusation « d’espionnage ».

Rutare a été soumis à des traitements inhumains à Mbuya pendant deux mois. Quand ils l’ont libéré, ce n’était que pour affirmer qu’il était accusé de « vagabondage ».

Claude Iyakaremye, un autre Rwandais résidant dans la capitale ugandaise, a fait de même.

Ils l’ont enlevé et l’ont accusé d ’« espionnage » pour, plus tard, changer la qualification de « possession illégale d’armes à feu ». L’homme est toujours dans les cachots d’horreur du CMI.

"C’est au-delà de l’entendenment de ce que les hommes de Museveni sont en train de faire", a déclaré à Kigali, un journaliste de longue carrière.

« Il n’est pas étonnant que le Rwanda ait pris la décision de conseiller à ses ressortissants de ne plus voyager en Uganda !

L’Uganda multiplie les manoeuvres de provocation contre le Rwanda

Le mépris total de la loi par les agences de sécurité ugandaises est illustré par le fait que le CMI a refusé de se conformer aux ordonnances de la Haute Cour ugandaise de libérer des Rwandais innocents sous sa garde.

Ce journal a en sa possession des copies des décisions de justice adressées au CMI de libérer douze rwandais, ce que l’Agence a ignoré.

Une telle ordonnance de libération - au nom de Vincent Habimana, un détenu - signée par le juge de la Haute Cour de Kampala, Ssekaana Musa, et adressée à Brig Abel Kandiho, entre autres, se lit comme suit :

« Moi, le juge Ssekaana Musa, ce 26e jour de juillet 2019, ordonne par la présente que ledit Habimana Vincent soit immédiatement libéré du Centre de détention des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) et de CMI en particulier. "

Nous sommes le 5 août et Habimana est toujours en détention au CMI. Il en va de même pour les onze autres Rwandais dont les ordres de libération ont été vus et publiés par le journal The New Times .

Neuf des quarante, éléments infiltrés du RNC relâchés
Pour le cas des 40 membres de l’Église ADEPR récemment arrêtés, il est rapporté qu’ hier, dimanche 4 Août, le CMI a - sans le rendre public - libéré neuf d’entre eux.

Selon certaines sources, il s’est avéré que le CMI avait arrêté à son insu des agents du RNC/Rwanda National Congress de Kayumba Nyamwasa, qui se trouvaient par hasard parmi les membres de l’église pentécotiste du quartier Kibuye de Kampala.

"Vous pouvez être certains que c’est parce qu’ils ne sont pas membres du RNC !",a déclaré notre source, ajoutant : "C’est ainsi que Kampala est devenu criminellement complice avec des groupes armés jurant de déstabiliser le Rwanda."

Kigali : ne pas se prêter à la provocation ugandaise ; conseillent des observateurs
Est-ce possible qu’il arrivera un moment où Museveni décidera d’abandonner ces complots contre son neveu rwandais Kagame qui, fort de sa science et pratique de l’intelligence militaire, déjoue tous les coups bas que le premier tend au second ? Les simples citoyens patissent de ce manque de volonté politique.

Une remarque que des observateurs politiques de la région placent est la retenue de la part de Kigali. Ils lui conseillent de ne pas se prêter à la provocation en publiant dans ses médias des écrits pleins de propos dénigrants et carrément désobligeants à l’endroit du Chef de l’Etat ugandais et sa famille.

Avec Newtimes


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