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Annie Tabura de MTN Uganda arrêtée arbitrairement, malmenée puis expulsée

Redigé par IGIHE
Le 4 février 2019 à 09:25

La Police ugandaise a annoncé le 22 janvier dernier l’arrestation puis la déportation d’une Rwandaise Annie Tabura Bilenge et d’un Français Prentout Olivier, tous deux hauts dirigeants de MTN Uganda. Raison ? « Ils se sont adonnés à des activités portant atteinte à la sécurité du pays », dit le communiqué de la police ugandaise à l’endroit de Annie Tabura Bilenge, Directrice commerciale et Communication officer de MTN Uganda et de Olivier Prentout, Directeur du Marketing. Il est aussi rapporté qu’un autre officiel de cette compagnie de téléphonie mobile internationale, Mme Elsa Muzzolini, Directrice des services financiers en ligne, a elle aussi été déclarée dans la foulée persona non grata.

“Ces officiels de MTN-Uganda, nous sommes fondés de dire qu’ils utilisaient leurs positions stratégiques au sein du MTN pour déstabiliser le pays », continue plus loin le communiqué.

Pourtant force est de constater que les méthodes d’arrestation utilisées pour signifier à ces personnalités ont été brutales et injustifiables. Mme Annie s’est confiée à IGIHE pour montrer qu’elle a subi un harcèlement d’un autre âge.

Elle confie que tout se déclenche dès son retour à Kampala après avoir participé, elle et Prentout, à une réunion de travail qui a eu lieu au Rwanda dans la ville de Rubavu le Vendredi 18 janvier 2019.

« Nous étions un groupe de quatre Agents MTN-Uganda, moi, Prentout et deux Ugandais à participer à cette réunion de Rubavu dans l’hôtel Serena », confie Tabura qui rapporte que tout le groupe a pris l’avion qui l’a ramené le lendemain samedi matin à Kampala.
Annie Tabura raconte comment Olivier Prentout a été retenu à l’aéroport d’Entebbe à la sortie de l’avion qui les ramenaient de Kigali pour, après des heures d’attente de voir en vain l’agent d’immigration de l’aéroport apposer le visa d’entrée, qu’au contraire, a été arrêté et gardé à vue dans la salle de police de l’aéroport ce samedi-là et dimanche qui a suivi pour, à la fin, être expulsé hors du territoire ugandais et forcé de prendre l’avion KLM pour le ramener dans son pays, la France.

« La police ugandaise a commencé à me harceler avec des coups de fil incessant. J’ai appelé le CEO de MTN-Uganda pour savoir ce qui se trame. Il m’a répondu que lui non plus n’en savait rien », a dit Annie qui commençait à voir venir des signes avant-coureurs de son arrestation qui n’a pas tardé à se matérialiser.

Elle continue son récit parlant de toute une armée de policiers qui ont encerclé sa résidence au moment où, le lundi matin 21 janvier sous une pluie battante, elle sortait de sa maison pour prendre ses enfants à l’école. Elle dit avoir tout de suite compris que c’est bien elle que ces policiers recherchaient mais qu’apparemment ils ne la connaissaient pas, qu’ils pensaient venir arrêter une blanche et non elle la noire et rwandaise.

« Ayant regagné le bureau, un homme est accouru vers moi dans les ascenceurs et m’a demandé si je m’appelle Annie. Il m’a notifié que j’étais en état d’arrestation, que je devais le suivre. J’ai demandé si il avait un ordre écrit mais il a ignoré ma question m’intimant uniquement l’ordre de le suivre et d’entrer dans le véhicule aux vitres fumées. J’étais assis entre deux hommes en armes avec obligation de courber l’échine, regarder dans les pieds et de ne pas voir la direction où ils m’amenaient », a dit Annie qui, après une trentaine de minutes de trajet, elle s’est retrouvée dans une maison d’apparence abandonnée avec un amoncellement de ferraille de véhicules.
Finalement elle a su qu’elle était séquestrée dans un cachot de Kireka appartenant à la CMI (Service de Renseignement Militaire ugandais).

Le lendemain, les mêmes agents m’ont remis dans un véhicule qui a pris la direction d’Entebbe pour me faire entre dans l’avion en partance pour Kigali.

« Les histoires selon lesquelles j’étais un élément portant atteinte à la sécurité de l’Uganda, je l’ai su dans les journaux. On ne peut pas dire que j’étais une espionne pour le compte du Rwanda avec mes dix sept ans au service commercial et communication de MTN Uganda. A mon avis opérer en Uganda pour le compte de cette compagnie internationale, c’est normal tout autant que je pouvais être affecté ailleurs. Tout dépend du profil qui est recherché pour tel ou tel poste », a confié Annie dans sa tentative de montrer que MTN a un caractère strictement commercial qui n’a rien à voir avec des informations stratégiques en matière de sécurité.

« Mon travail était strictement commercial. Je n’avais aucun rapport avec le système technique de télécommunication de MTN-Uganda », a-t-elle ajouté. Annie est révoltée de voir comment elle a été arrêtée sans manières, son mode de séquestration.

« Tout est contraire au respect des droits humains. Tenez ! Je n’ai même pas été interrogée à propos du quelconque mobile de mon arrestation », a-t-elle dit.

L’expulsion de ces étrangers occupant les hauts postes de responsabilité au sein de MTN survient au moment où le Gouvernement ugandais avait initié de nouvelles négociations pour lui accorder un nouveau contrat de 20 ans d’exploitation, le premier ayant expiré en Octobre dernier. Lesdites négociations portaient essentiellement sur les redevances que MTN doit verser au gouvernement ugandais. De 100 millions de $ exigés par le gouvernement, la facture arrêtée a été de 58 millions $ pour une période supplémentaire d’exploitation de Dix ans.

Des analystes de la région lient cette expulsion avec le souci du Président Museveni de voir le MTN-Uganda coté à la bourse de Kampala et impliquant beaucoup d’investisseurs ugandais.

Les postes qu’occupaient ces officiels de MTN-Uganda étaient-ils enviés par les Ugandais ? Il est néanmoins rapporté qu’en juillet dernier, l’Agence Ugandaise de sécurité intérieure a procédé à une perquisition-saisie des serveurs de MTN Uganda sans toute fois expliquer le pourquoi de cet exercice ni ce qui en est ressorti.

Dans tous les cas, il est compréhensible que les services de télécommunication dans un pays donné quand bien même ils ont un caractère commercial, doivent être supervisés par des nationaux. Mais, est-ce raison de chasser de son pays tel agent de manière si rabaissante ?


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