Devant les ministres des Affaires étrangères des États et gouvernements membres, la secrétaire générale sortante a rappelé que son action depuis 2019 s'était inscrite dans la continuité du mandat qui lui avait été confié.

« Depuis ma prise de fonction, j'ai poursuivi les objectifs que vos chefs d'État et de gouvernement m'avaient assignés lors du sommet d'Erevan, à savoir moderniser notre organisation à l'aube de son cinquantenaire et la positionner solidement pour l'avenir », a-t-elle déclaré.

Un bilan axé sur les réformes

Louise Mushikiwabo a mis en avant les profondes réformes engagées depuis son arrivée à la tête de l'OIF. Elle a notamment souligné la rationalisation des programmes de coopération, passés de 49 à 20 projets afin d'en améliorer l'impact, la décentralisation d'une partie des activités vers les représentations régionales, ainsi qu'une gestion financière qu'elle qualifie de rigoureuse, rappelant que les comptes de l'organisation sont certifiés chaque année depuis 2019.

Elle a également évoqué l'ouverture de nouvelles représentations régionales, notamment à Québec, à Beyrouth et à Tunis, afin de rapprocher davantage l'organisation de ses États membres.

Dans un contexte international marqué par les conflits, les changements géopolitiques, les crises climatiques, sanitaires et la montée de la désinformation, Louise Mushikiwabo estime que l'OIF doit adapter son fonctionnement.

« Rarement le monde a dû faire face à une telle accumulation de perturbations sur des fronts multiples et en aussi peu de temps », a-t-elle affirmé, proposant ainsi de renforcer les consultations politiques entre les ministres des Affaires étrangères tout au long de l'année afin de permettre à l'organisation de réagir plus rapidement aux évolutions internationales.

Une nouvelle approche des crises politiques

La secrétaire générale sortante a également défendu l'évolution de la doctrine de l'OIF concernant les États confrontés à des ruptures de l'ordre constitutionnel.

Selon elle, l'organisation doit privilégier le dialogue plutôt qu'une logique exclusivement fondée sur les sanctions.

« Nous avons fait évoluer nos méthodes d'accompagnement des États confrontés à des ruptures de l'ordre constitutionnel, avec comme objectif de ne plus sanctionner pour sanctionner, mais de préserver le dialogue tout en restant fidèles aux principes de la Déclaration de Bamako », a-t-elle expliqué.

Elle a par ailleurs regretté le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de l'OIF en 2025, tout en assurant que « la porte de l'OIF reste grande ouverte à ces pays fondateurs ».

Pour un éventuel troisième mandat, Louise Mushikiwabo souhaite faire de l'intelligence artificielle l'un des grands axes d'action de l'organisation.

Elle entend préparer les sociétés francophones aux transformations liées au numérique, tout en accordant une attention particulière à l'accès des filles aux métiers de l'intelligence artificielle.

« Le numérique et l'intelligence artificielle sont à la fois un facteur de réussite économique, mais aussi un instrument important de souveraineté pour nos pays », a-t-elle déclaré.

Elle souhaite également amplifier plusieurs programmes déjà lancés par l'OIF, notamment ceux consacrés à la formation des jeunes aux métiers du numérique, au soutien aux start-up, à l'emploi des jeunes, à l'autonomisation économique des femmes, au tourisme durable, à la lutte contre la désinformation ainsi qu'à la mobilité des enseignants de français.

Insistant sur l'avenir de la langue française, elle a lancé : « Nous devons enseigner le français si nous ne voulons pas que notre langue continue de reculer. »

Développer partenariats et financements

Louise Mushikiwabo ambitionne également de diversifier les ressources financières de l'organisation en développant davantage les partenariats avec le secteur privé, les banques de développement et les États membres.

Elle souhaite poursuivre les missions économiques de la Francophonie, initiées en 2022, qui ont déjà permis à près de 2 000 entreprises issues de 30 pays de conclure plus d'une centaine d'accords commerciaux.

Dans son intervention, Louise Mushikiwabo a insisté sur ce qu'elle considère comme la principale force de l'OIF : sa capacité à rassembler des États aux réalités très différentes autour d'un socle commun.

« La particularité de notre organisation, son ADN profond, c'est précisément son universalité, cette capacité rare à réunir autour d'une même table des États aux réalités et aux intérêts divergents », a-t-elle déclaré.

Par ailleurs, la candidate a réaffirmé son attachement personnel à la Francophonie.

« Pour moi, qui suis une citoyenne du monde, profondément africaine, évidemment rwandaise, être francophone, c'est avoir une identité forte et parfois multiple. Je suis une francophone décomplexée », a-t-elle affirmé.

Estimant que l'OIF est aujourd'hui « plus forte, plus agile et plus efficace », Louise Mushikiwabo a demandé aux États membres de lui renouveler leur confiance afin de poursuivre la transformation de l'organisation jusqu'au prochain Sommet de la Francophonie, prévu à Phnom Penh.

Louise Mushikiwabo a officiellement pris ses fonctions de secrétaire générale de l'OIF le 1er janvier 2019 à Paris, devenant la quatrième personne et la deuxième femme à occuper ce poste.

Réélue à l'unanimité pour un second mandat lors du XVIIIᵉ Sommet de la Francophonie, en Tunisie, en novembre 2022, elle deviendrait, si reconduite, la deuxième secrétaire générale, après l'ancien président sénégalais Abdou Diouf, à effectuer trois mandats à la tête de l'institution.

Louise Mushikiwabo a appelé à une Francophonie « plus influente, plus solidaire et mieux gouvernée », capable de relever les défis géopolitiques, économiques et technologiques actuels, dans la perspective d’un nouveau mandat