Pour la première fois, les candidats au poste de Secrétaire général présentent officiellement leur vision devant les ministres des Affaires étrangères des États et gouvernements membres, avant l'élection qui se tiendra lors du XIXe Sommet de la Francophonie prévu en novembre prochain à Phnom Penh, au Cambodge.

Cette audition publique inaugure un nouveau mode de désignation du dirigeant de l'organisation. Jusqu'à présent, le choix du Secrétaire général reposait essentiellement sur un consensus entre les États membres. Désormais, chaque pays disposant du droit de vote participe à un scrutin où toutes les voix ont le même poids, qu'il s'agisse de la France, du Canada ou d'un autre État membre.

Cette évolution résulte des réformes institutionnelles engagées sous la direction de l'actuelle Secrétaire générale, Louise Mushikiwabo, visant notamment à répondre aux critiques récurrentes portant sur les modalités de désignation du chef de l'organisation.

Lors de l'élection de la Canadienne Michaëlle Jean, le système reposait encore sur la recherche d'un candidat de consensus. Les États africains n'avaient alors pas réussi à s'entendre pour soutenir le Mauricien Jean-Claude de l'Estrac, ouvrant ainsi la voie à l'élection de Michaëlle Jean, soutenue par la France et le Canada.

À l'inverse, certains observateurs avaient estimé que l'élection de Louise Mushikiwabo en 2018 avait été favorisée par le rapprochement diplomatique entre Kigali et Paris.

Les nouvelles règles mettent fin à cette logique de consensus préalable. Le Secrétaire général est désormais élu selon le principe d'un vote classique, à raison d'une voix par État électeur.

Bien que prévu pour s'appliquer à l'occasion de la précédente élection, ce mécanisme est demeuré sans effet, Louise Mushikiwabo étant la seule candidate en lice.

En outre, quatre personnalités briguent aujourd'hui la direction de l'OIF : l'actuelle Secrétaire générale, Louise Mushikiwabo (Rwanda), Juliana Amato Lumumba (République démocratique du Congo), Coumba Ba (Mauritanie) et Dacian Cioloș, ancien Premier ministre de la Roumanie.

Chaque candidat bénéficie de 45 minutes devant les ministres des Affaires étrangères. Les cinq premières minutes sont consacrées à une présentation personnelle, suivies de vingt minutes d'exposé du programme, puis de vingt minutes de questions-réponses avec les représentants des États membres.

À l'issue de ces auditions, les ministres se réuniront à huis clos afin d'évaluer les différentes candidatures. Ils élaboreront ensuite un rapport destiné aux chefs d'État et de gouvernement, qui procéderont au vote final lors du Sommet de Phnom Penh. Ce document présentera les priorités, les projets et les orientations défendus par chacun des candidats.

Louise Mushikiwabo favorite pour un troisième mandat

Si quatre candidats sont officiellement en lice, l'attention se concentre principalement sur Louise Mushikiwabo, qui dirige l'organisation depuis 2018. Sa candidature suscite un intérêt particulier, non seulement en raison de son bilan, mais aussi parce que la République démocratique du Congo a décidé d'opposer à sa reconduction Juliana Amato Lumumba.

Forte de deux mandats à la tête de l'OIF, Louise Mushikiwabo est considérée comme la favorite grâce à son expérience, à son bilan et au soutien dont elle bénéficie du Rwanda ainsi que de plusieurs partenaires internationaux.

Sa candidature a été officiellement présentée par Kigali à la suite de la Conférence ministérielle de la Francophonie organisée dans la capitale rwandaise en novembre 2025, plusieurs États membres ayant exprimé à cette occasion le souhait qu'elle se présente pour un troisième mandat.

Louise Mushikiwabo avait alors indiqué avoir pris acte de cette demande, tout en précisant que la décision finale appartenait aux autorités rwandaises. Initialement soutenue par deux États, la proposition avait recueilli, à l'issue des discussions, l'appui de plus de quinze pays en faveur d'un nouveau mandat.

Ses soutiens saluent une gouvernance rigoureuse, le respect des textes de l'organisation, une gestion financière prudente ainsi que sa capacité à préserver la stabilité institutionnelle de l'OIF.

Si quatre candidats sont officiellement en lice, l'attention se concentre principalement sur Louise Mushikiwabo, qui dirige l'organisation depuis 2018

Face à elle, Juliana Amato Lumumba fonde sa candidature sur l'héritage politique de son père, Patrice Lumumba, ainsi que sur le poids démographique de la République démocratique du Congo, premier pays francophone au monde en nombre de locuteurs.

Kinshasa s'est fortement mobilisée pour soutenir cette candidature. Toutefois, de nombreux observateurs y voient également une initiative à forte portée politique, dans un contexte de tensions persistantes entre la RDC et le Rwanda.

La France, qui demeure un acteur influent au sein de la Francophonie, observerait une certaine réserve et éviterait de rendre publique sa position avant le scrutin.

Le Canada, dont les relations avec Louise Mushikiwabo avaient parfois été tendues sous le gouvernement de Justin Trudeau, semble également avoir fait évoluer sa position depuis l'arrivée de Mark Carney au pouvoir.

La Mauritanienne Coumba Ba figure également parmi les candidats, même si peu d'observateurs lui attribuent de réelles chances de l'emporter.

Ancien Premier ministre roumain, Dacian Cioloș met en avant son expérience européenne. Sa candidature se heurte toutefois à une perception largement répandue dans plusieurs pays africains, selon laquelle la direction de l'OIF devrait continuer à refléter le poids de l'Afrique, continent qui rassemble la majorité des francophones et des États membres.

Une nouvelle ère pour la Francophonie

Cette élection pourrait constituer un tournant majeur dans l'histoire de l'Organisation internationale de la Francophonie. Longtemps habituée aux désignations fondées sur le consensus, l'institution s'engage désormais dans une véritable compétition électorale, organisée au scrutin secret entre les 53 États et gouvernements disposant du droit de vote, chacun bénéficiant d'une voix égale.

Pour Louise Mushikiwabo, l'enjeu est d'obtenir un troisième mandat, comme ce fut le cas pour son prédécesseur Abdou Diouf. Pour Juliana Amato Lumumba, il s'agit de défendre les ambitions de la RDC, qui considère que son poids démographique au sein de l'espace francophone justifie sa candidature.

Depuis plusieurs semaines, les autorités rwandaises multiplient les démarches diplomatiques auprès des États membres afin de mobiliser les soutiens à la candidature de Louise Mushikiwabo.

Kigali encourage également les chefs d'État et de gouvernement à participer personnellement au Sommet de Phnom Penh, estimant qu'une présence au plus haut niveau pourrait peser sur l'issue du scrutin.

L'Organisation internationale de la Francophonie compte aujourd'hui 93 États et gouvernements. Parmi eux, 56 disposent du droit de vote, la majorité étant des pays africains.

Juliana Amato Lumumba fonde sa candidature sur l'héritage politique de son père, Patrice Lumumba
Coumba Ba, âgée de 56 ans, a occupé plusieurs fonctions ministérielles en Mauritanie
Ancien Premier ministre roumain, Dacian Cioloș met en avant son expérience européenne