S’exprimant lors d’une conférence de presse, le chef de l’État répondait à une question portant sur le sort des usines fermées et de leurs travailleurs, appelant à fonder le débat sur les faits et les conséquences sanitaires des produits concernés, plutôt que sur les perceptions.

« Nous ne devrions pas tirer nos conclusions uniquement des déclarations des uns et des autres. […] Nous devons également examiner les faits et les éléments de preuve dont nous disposons », a-t-il déclaré.

Le Président a notamment insisté sur les décès attribués à la consommation de boissons non conformes.

« Il existe des boissons non conformes qui ont causé des décès. C’est là que notre discussion devrait commencer », a-t-il déploré, estimant que l’ampleur du phénomène ne devait pas être minimisée.

« Des gens meurent, et en nombre important. Il ne s’agit pas de quelques décès isolés : certains jours, 20, 30, 50, voire 100 personnes peuvent mourir. Lorsque ces décès s’accumulent sur une année, l’ampleur du problème devient évidente. »

Il a ainsi rejeté l’argument consistant à privilégier la sauvegarde des usines et des emplois.

« Avant de parler des usines et des travailleurs qu’elles emploient, nous devons d’abord nous occuper de la santé et de la vie de ces personnes. »

Selon lui, l’objectif doit être de permettre aux entreprises de fonctionner dans le respect des normes et de garantir la sécurité des consommateurs comme des travailleurs.

Le Président a également noté le fait que ces boissons dangereuses ne provenaient pas toutes du marché intérieur.

« Les boissons dangereuses qui causent des décès ne sont pas nécessairement toutes fabriquées ou produites au Rwanda. Certaines proviennent de l’étranger et sont introduites sur le marché national, exposant ainsi les consommateurs à de graves risques, voire à la mort. »

« Certaines tuent les gens le jour même ou au cours de la semaine suivante. D’autres peuvent causer des dommages qui deviennent visibles après un an », a-t-il ajouté.

La campagne nationale contre les boissons alcoolisées illicites ou non conformes s’est intensifiée ces dernières semaines. En effet, plus de 150 usines ont été fermées, tandis que les autorités ont saisi plus de 470 000 litres d’éthanol et près de quatre millions de bouteilles de boissons non conformes. À Kigali, plus de 30 usines et établissements ont notamment été fermés.

La campagne a également révélé de possibles défaillances dans le système de contrôle. Le Rwanda Investigation Bureau (RIB) avait annoncé, le 13 août, la présentation de 18 agents publics, dont le directeur général de la Rwanda Food and Drugs Authority (Rwanda FDA), Prof. Emile Bienvenu, et dix employés de cette institution, ainsi que des responsables du Rwanda Standards Board et des autorités locales.

Le RIB avait indiqué que 104 personnes avaient été arrêtées depuis le 20 juillet, avec 97 dossiers transmis au parquet. Les enquêtes portent notamment sur de possibles irrégularités dans l’octroi de licences et la certification des produits. Cinq responsables locaux sont également soupçonnés d’avoir aidé certains exploitants à échapper aux inspections.

Selon les autorités sanitaires, plus de 500 personnes ont été prises en charge, plus de 50 sont décédées, tandis que plus de 100 auraient perdu la vue.

Le Président Paul Kagame a défendu la campagne menée par le Rwanda contre les boissons alcoolisées non conformes

Paul Kagame a estimé que les personnes mises en cause devront répondre aux accusations portées contre elles.

« Les personnes concernées auront l’occasion de s’expliquer lorsqu’elles feront l’objet d’une enquête et devront répondre de leurs actes. Elles devront apporter des réponses », a-t-il déclaré.

« S’il existe des préoccupations concernant la manière dont ces procédures sont menées, la façon dont les personnes sont arrêtées ou font l’objet d’enquêtes, ces préoccupations peuvent également être examinées », a-t-il ajouté.

Toutefois, il a insisté sur la nécessité de ne pas laisser ces questions détourner l’attention du problème sanitaire.

« Si certaines institutions ne s’acquittent pas de leurs responsabilités comme elles le devraient, elles doivent rendre des comptes et, le cas échéant, faire l’objet de mesures correctives. Toutefois, cela ne doit pas nous détourner du problème essentiel, à savoir une situation qui porte gravement atteinte à la population et entraîne des décès. »

Le Président a par ailleurs élargi la question aux autres substances présentant des risques pour la santé publique.

« Un pays ne peut pas simplement regarder sa population mourir et dire que personne ne devrait poser de questions. Quelqu’un doit demander pourquoi les gens meurent », a-t-il indiqué, insistant sur le fait que les entreprises et les particuliers sont tenus de respecter la loi et les normes de qualité.

« En tant que dirigeant de ce pays, je dois regarder ce qui est le mieux pour le pays et sa population », a-t-il affirmé.

Le Président Kagame a en outre mis en garde ceux qui privilégieraient leurs intérêts personnels au détriment des règles et de la sécurité publique, indiquant que ceux-ci devront répondre devant les autorités compétentes.

Paul Kagame a estimé que les personnes mises en cause devront répondre aux accusations portées contre elles