Les personnes présentées sont toutes des agents de l’État, dont 10 employés de la Rwanda FDA, notamment le Dr Eric Nyirimigabo, responsable du département des aliments, le Dr Nyamwasa, responsable des inspections, Christian Namahoro, spécialiste de la délivrance des licences aux entreprises alimentaires, ainsi que Muhimpundu Alice, Kangabe Benitha, Uwamahoro Elizabeth, Niyigena Claudine, Ndayishima et Nizeyimana Janvier, occupant différentes fonctions liées au contrôle, à la sécurité et à la réglementation des produits alimentaires.
Des employés du Bureau rwandais de normalisation (RSB) figurent également parmi les personnes arrêtées. Il s’agit notamment de Mporanzi Samuel, Kanyange Celine et Kabanda Eric, responsables de différents départements de certification. Trois autres employés du RSB sont soupçonnés d’avoir délivré le S-Mark, certification de conformité aux normes, à plus de 18 entreprises dont les produits ne remplissaient pas les exigences de la Rwanda FDA.
Le porte-parole du RIB, Dr Murangira B. Thierry, a indiqué que 104 personnes ont été arrêtées depuis le 20 juillet 2026 dans le cadre de ces enquêtes, dont 97 dossiers ont déjà été transmis au parquet.
Des licences délivrées malgré des avis défavorables
Selon le RIB, l’enquête préliminaire a révélé que certaines licences avaient été délivrées sans tenir compte des conclusions de l’Internal Technical Licensing Committee, dont les recommandations doivent servir de base à la délivrance des autorisations.
« L’enquête préliminaire a révélé que certains documents avaient été délivrés sans se baser sur les conclusions du comité technique interne chargé des licences. Nous avons clairement établi que les décisions de ce comité constituent normalement la base sur laquelle le Directeur général doit s’appuyer », a déclaré le Dr Murangira.
Le RIB cite notamment le cas d’une usine où les inspecteurs avaient découvert une machine servant à extraire du jus et présentant une importante accumulation de rouille. Malgré les conclusions défavorables des inspecteurs, le Directeur général de la Rwanda FDA aurait délivré, le 23 avril 2026, une licence FBO (Food Business Operations License).
Le 19 mai 2026, le comité technique aurait ensuite examiné le rapport des inspecteurs et conclu que l’usine ne devait pas obtenir cette licence, alors que celle-ci avait déjà été délivrée.
« C’est une situation inquiétante. Au final, cette usine a obtenu une licence alors que la décision de la délivrer ne reposait pas sur les conclusions du comité technique », a expliqué le porte-parole du RIB.
Le RIB accuse certains agents chargés du contrôle de faire usage de leurs fonctions à des fins personnelles et de manquer à leurs obligations, notamment en ne fermant pas des établissements qui ne remplissaient pas les conditions requises.
« Toutes ces usines qui ont été fermées fonctionnaient et réalisaient des bénéfices alors qu’elles ne disposaient pas des autorisations nécessaires. Cela signifie que les personnes chargées de délivrer les autorisations ont fermé les yeux, délibérément, permettant ainsi à des personnes qui n’auraient pas dû en bénéficier de réaliser des profits », a déclaré le Dr Murangira.
Des failles dans la délivrance du S-Mark
Le Dr Murangira a expliqué que le S-Mark ne devrait être délivré qu’après vérification de la conformité du produit aux exigences de la Rwanda FDA, alors que le RIB a découvert des boissons portant ce marquage sans disposer d’aucun document correspondant auprès de la Rwanda FDA.
« Nous avons constaté qu’une certaine boisson portait le S-Mark, mais en consultant les documents de la Rwanda FDA, nous avons constaté qu’elle n’en possédait aucun. Cela a créé une importante faille, qui a contribué à la prolifération de produits non conformes sur le marché », a-t-il indiqué.
Selon le bureau, cette situation a contribué à la présence sur le marché de produits ne répondant pas aux normes et aurait permis à des fabricants non conformes de poursuivre leurs activités et de réaliser des bénéfices.
Par ailleurs, cinq secrétaires exécutifs de secteurs et de cellules ont été arrêtés pour leur implication présumée dans la fourniture de produits susceptibles de mettre en danger la vie ou la santé des consommateurs.
Le RIB leur reproche notamment d’avoir prévenu des propriétaires d’usines avant les opérations de contrôle ou d’avoir permis la réouverture d’usines déjà fermées.
« Dans certains cas, lorsque nous menions des opérations pour localiser les endroits où ces boissons étaient fabriquées, nous constations, en collaboration avec les autorités locales, que les propriétaires avaient été avertis à l’avance », a expliqué le Dr Murangira.
Le Dr Murangira a expliqué que certains responsables locaux auraient autorisé la reprise temporaire des activités, affirmant aux propriétaires que les fermetures prendraient rapidement fin.
Ces arrestations interviennent alors que plus de 150 usines produisant des boissons alcoolisées non conformes ont été fermées au Rwanda. Le porte-parole du RIB a assuré que les investigations se poursuivent désormais également contre les personnes ayant délivré illégalement des autorisations.






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