En effet, dans une interview accordée à 'Main Switch 27' et publiée le 17 août 2026, Bizimana a affirmé que le Burundi entretient de bonnes relations avec la plupart des pays, à l’exception du Rwanda, en raison notamment du refus de Kigali d’extrader des personnes accusées d’avoir participé à la tentative de coup d’État de mai 2015 contre Pierre Nkurunziza.

Le ministre a accusé le Rwanda « d’avoir accueilli ces personnes, puis de les avoir utilisées depuis la RDC pour attaquer le Burundi et créer le chaos ».

Le Rwanda affirme, de son côté, que ces personnes ont été accueillies en qualité de réfugiés, dont le statut est encadré par le droit international.

Dans une intervention, le ministre rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Amb. Olivier Nduhungirehe, a récemment déclaré que Kigali n’avait jamais accepté de remettre ces personnes au Burundi, précisant que des discussions avaient eu lieu en 2023, sans aboutir, certaines conditions posées par Bujumbura n’ayant pas été remplies.

Une rhétorique ethnique controversée

L’un des passages les plus controversés de l’interview concerne la manière dont le ministre burundais a également comparé les trajectoires du Burundi et du Rwanda, affirmant que son pays avait choisi de vivre avec ses communautés hutu, tutsi et twa, contrairement, selon lui, au Rwanda.

Il a laissé entendre que le Rwanda aurait adopté une politique excluant une partie de sa population, sans toutefois préciser quelle communauté était concernée.

Ces propos réintroduisent une lecture ethnique dans le débat régional, alors que le Rwanda porte encore les lourdes conséquences historiques des politiques de division ethnique ayant conduit au génocide perpétré contre les Tutsi, qui a fait plus d’un million de victimes en seulement trois mois.

Pacifique Nininahazwe, responsable de l’organisation burundaise FOCODE, avait déjà critiqué la rhétorique de Bizimana, estimant que sa nomination au ministère des Affaires étrangères était une très mauvaise décision du président Évariste Ndayishimiye, compte tenu de son langage jugé dur et susceptible de compliquer les relations diplomatiques.

Bizimana minimise la menace des FDLR

Interrogé sur les accusations de coopération entre le Burundi et les FDLR, Bizimana a rejeté l’idée que ce groupe représente une menace importante pour le Rwanda.

« Les FDLR n’ont jamais attaqué le Rwanda. Depuis plus de 30 ans, cette question est évoquée, mais le groupe n’a jamais mené d’attaque contre le Rwanda », a déclaré Bizimana, affirmant que le Burundi n’avait, selon lui, aucun intérêt à soutenir ce groupe, dans des propos similaires à ceux qu’il avait tenus en juillet 2025.

Cette position contraste toutefois avec celle de plusieurs acteurs régionaux et internationaux, le démantèlement des FDLR figurant notamment parmi les engagements de l’accord de paix de Washington conclu entre le Rwanda et la RDC, tandis que la communauté internationale appelle régulièrement à éradiquer ce groupe génocidaire.

Des accusations non étayées sur la faim au Rwanda

Au cours de l’interview, Bizimana a également affirmé que « certains Rwandais traverseraient la frontière vers le Burundi pour voler des produits agricoles en raison de la faim », sans toutefois fournir de chiffres, de sources ou d’éléments permettant d’étayer cette affirmation.

Ces déclarations s’ajoutent aux précédentes controverses liées au ton adopté par le ministre sur les questions régionales.

Un analyste des affaires régionales cité par IGIHE a qualifié le ministre burundais de « l’un des pires diplomates du Burundi », estimant que son discours à l’égard du Rwanda manque de retenue diplomatique.

« Lorsqu’il évoque le Rwanda, il adopte un ton provocateur et semble apporter son soutien à ceux qui s’opposent à Kigali », a-t-il déclaré.

L’analyste a également rappelé les critiques de Bizimana à l’égard du Qatar, qui, selon lui, utilise son influence financière en RDC pour empêcher les États-Unis d’imposer des sanctions au Rwanda, alors que Doha facilite les discussions entre Kinshasa et l’AFC/M23.

Ces déclarations avaient suscité de nombreuses réactions et placé Bujumbura sous pression, poussant le président Ndayishimiye à présenter des excuses sur les réseaux sociaux, tandis que Bizimana s’était ensuite montré plus discret sur les plateformes numériques.

La diplomatie ne repose pas seulement sur le maintien des canaux de communication, mais également sur un langage favorisant la confiance, la désescalade et le compromis.

Les dernières déclarations de Bizimana interviennent toutefois dans un contexte où le Burundi et le Rwanda sont appelés à restaurer la confiance et à renforcer leur coopération, relançant le débat sur l’impact de sa communication diplomatique sur les efforts de réconciliation entre les deux pays.

Le ministre burundais des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, fait de nouveau l’objet de critiques après des déclarations jugées provocatrices à l’égard du Rwanda et une minimisation de la menace FDLR