Cette somme représente plus de 2 milliards de FBU au taux de change officiel, tandis qu’au taux pratiqué sur le marché noir, qui s’est développé dans le pays en raison du manque de devises, le montant est estimé à plus de 6 milliards de FBU.
L’affaire, dont les premières informations ont été rendues publiques par l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME) cette semaine, soulève plusieurs interrogations sur les circonstances du détournement, le dispositif de contrôle de la banque centrale et le déroulement de l’enquête.
Selon la BRB, les fonds ont été volés à la suite d’une cyberattaque au cours de laquelle des hackers seraient parvenus à accéder illicitement au système informatique de l’institution. L’argent a ensuite été transféré vers une banque située en Pologne, le montant représentant à l’époque près de 2,8 milliards de francs burundais.
Mais une autre version ressort des informations attribuées à l’OLUCOME, l’organisation ayant fait état de documents frauduleux utilisés dans le cadre d’une opération présentée comme un « achat d’équipements ».
Une enquête signalée d’abord depuis la Pologne
L’un des principaux points d’interrogation concerne également le déclenchement de l’enquête.
En 2025, c’est le parquet de Gdańsk, en Pologne, qui aurait écrit aux autorités burundaises afin de solliciter leur coopération dans le cadre des investigations sur les fonds transférés dans ce pays, soit environ une année après les faits.
Selon les informations disponibles, les autorités polonaises avaient initialement identifié les fonds comme étant liés à la REGIDESO, l’entreprise publique burundaise chargée de la production et de la distribution de l’eau et de l’électricité.
La BRB aurait ensuite informé le ministère burundais de la Justice que les fonds n’appartenaient pas à la REGIDESO, mais à la banque centrale elle-même. Cette divergence sur l’identité du propriétaire des fonds constitue l’un des éléments troublants de l’affaire.
Autre élément notable : alors que les autorités polonaises avaient sollicité la coopération du Burundi dès 2025, la BRB n’a confirmé publiquement le détournement qu’en septembre 2026.
Des fonds toujours introuvables
À ce jour, la BRB affirme que les 814 957 euros n’ont pas été récupérés.
Les investigations lancées par la Pologne devraient notamment permettre d’établir comment les fonds ont pu sortir des circuits de la banque centrale, qui a autorisé ou exécuté les opérations, quelle était la nature exacte des documents utilisés et quelles personnes ou entités ont bénéficié du transfert.
L’identité des personnes derrière l’opération n’a pas non plus été établie publiquement à ce stade.
Ces interrogations sont d’autant plus importantes que l’affaire concerne directement une institution au cœur du système financier burundais.
Une cyberattaque ayant permis le transfert de près de 815 000 euros soulève notamment des questions sur les mécanismes de sécurité informatique et les procédures de validation des opérations financières de la banque centrale.
En outre, les premières informations publiques sur ce détournement sont attribuées à l’organisation burundaise engagée dans la lutte contre la corruption et les malversations économiques, la BRB n’ayant jamais communiqué publiquement sur l’affaire avant sa récente confirmation.
Par ailleurs, cette affaire survient dans un contexte où le Burundi fait face à des préoccupations récurrentes concernant la corruption, la gestion des ressources publiques et la reddition de comptes.
Selon l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025 publié par Transparency International courant 2026, le Burundi se classe précisément à la 167e place sur 182 pays et territoires évalués.
Ce classement maintient le pays dans le cercle des vingt États les plus mal classés en matière de perception de la corruption dans le monde, soulignant l’ampleur des problèmes persistants liés au détournement des fonds publics, aux pratiques de corruption, à l’opacité dans la gestion des ressources de l’État et à la faiblesse des mécanismes indépendants de contrôle et de reddition des comptes.



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