Selon les autorités, le principal problème concerne l’utilisation d’un éthanol non conforme aux normes, ainsi que des conditions de stockage et de transformation ne respectant pas les règles de sécurité. Les boissons qui en sont dérivées sont communément appelées « ibyuma ».
Depuis janvier 2026, la consommation de ces boissons aurait causé 50 décès et entraîné la perte de la vue chez 100 personnes, tandis que près de 11 000 personnes souffraient de dépendance à ces produits à la fin du mois de juillet.
Des irrégularités constatées dans les usines
Au cours des opérations menées à travers le pays, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées, parmi lesquelles des propriétaires d’usines et des employés chargés notamment du contrôle de la qualité.
S’exprimant ce 8 août, le porte-parole du "Rwanda Investigation Bureau" (RIB), Dr Thierry Murangira, a déclaré que plusieurs usines inspectées employaient des personnes sans qualifications appropriées.
« Dans les usines inspectées, nous avons trouvé des personnes qui n’avaient pas les qualifications requises. Certains faisaient venir des membres de leur famille, estimant qu’ils devaient leur donner du travail, sans tenir compte des personnes formées dans ce domaine », a-t-il déclaré, dénonçant, dans certains cas, la réutilisation de bouteilles initialement destinées à un usage unique.
« Normalement, les bouteilles de gin sont utilisées une seule fois. Mais certaines usines les récupéraient à différents endroits et les réutilisaient plusieurs fois, sans se soucier suffisamment de leur propreté », a expliqué Dr Murangira.
Dans certaines usines, les bouteilles étaient nettoyées sans équipements appropriés.
« Il est inconcevable qu’une usine comme Ingufu procède au nettoyage des bouteilles à l’aide d’un simple bâton, d’eau et d’une éponge, sans disposer d’une machine spécialement conçue à cet effet », a-t-il indiqué.
L’éthanol au cœur des préoccupations
Le RIB a particulièrement insisté sur les conditions de stockage de l’éthanol, une substance chimique soumise à des règles spécifiques en raison des risques qu’elle peut présenter.
« L’éthanol est une substance chimique soumise à une réglementation stricte en raison des risques qu’elle présente pour la santé humaine, pouvant, en cas d’exposition excessive ou d’utilisation inappropriée, entraîner de graves conséquences, voire la mort », a déclaré Dr Murangira.
Selon les résultats des enquêtes, certaines usines stockaient cette substance dans des conditions inappropriées.
« Lorsqu’il est stocké dans des conditions inappropriées, notamment à des températures élevées, l’éthanol présente des risques d’incendie et de brûlures. Une exposition à une forte chaleur peut également altérer ses propriétés et, selon les conditions, entraîner la formation de substances potentiellement toxiques », a-t-il expliqué.
Les contrôles ont par ailleurs révélé l’absence, dans certains cas, d’équipements adaptés pour mesurer avec précision les quantités d’éthanol et d’eau.
« Le réservoir dans lequel on effectue le mélange doit normalement comporter des graduations indiquant, par exemple, 20, 25, 30 ou 35 litres. Or, ces indications n’existaient pas », a précisé le porte-parole du RIB, ajoutant que cette pratique pouvait entraîner une concentration excessive d’éthanol.
« À titre d’exemple, imaginez un réservoir de 500 litres dont le niveau de liquide est estimé à l’aide d’une simple barre. Une telle méthode de mesure est particulièrement préoccupante lorsqu’il s’agit d’éthanol, compte tenu des risques liés à une concentration excessive pour la santé humaine », a-t-il averti.

Des produits présentés sous de fausses appellations
Chez Ingufu Gin, les enquêteurs ont également constaté que certains produits étaient présentés comme du gin ou du rhum alors que leur fabrication reposait sur un éthanol dont l’origine n’était pas clairement établie.
« Des pratiques susceptibles d’induire les consommateurs en erreur ont également été relevées. Alors que le gin peut être produit à partir de matières premières contenant de l’amidon, notamment des céréales, du maïs ou des pommes de terre, certains fabricants utilisaient de l’éthanol acheté dont la composition n’était pas clairement établie, avant de le commercialiser sous l’appellation de rhum », a déclaré Dr Murangira.
Les autorités ont également mis en cause "Kerry Taste and Nutrition Rwanda", présentée comme un fournisseur d’arômes utilisés par des fabricants de boissons alcoolisées.
Selon Dr Murangira, cette entreprise ne disposait pas des autorisations nécessaires.
« Les arômes utilisés étaient fournis notamment à Ingufu Gin par Kerry Taste and Nutrition, une entreprise qui ne disposait pas des autorisations requises pour exercer cette activité. Nous ne sommes donc pas en mesure de garantir la qualité des produits concernés ni de connaître avec précision la composition des arômes utilisés, ceux-ci ne comportant pas les informations requises », a-t-il affirmé.
Au total, 80 personnes sont actuellement détenues.
Parmi les personnes arrêtées figurent le propriétaire et directeur général d’Ingufu Gin, Ntihanabayo Samuel, connu sous le nom de Kazungu, ainsi que Twahirwa Fulgence, chargé du contrôle, et Katushabe Donias, responsable de la production.
Trois responsables de Kerry Taste and Nutrition ont par ailleurs été arrêtés : Oluwatosin Ajayi, chargé des opérations, Kayihura Mudahogora Belinda, responsable de la gestion et de la production, ainsi que Hamdun Alpha Peter, chargé de la distribution.
Les suspects font notamment l’objet de poursuites pour avoir fourni des produits susceptibles de mettre en danger la vie ou la santé des consommateurs, ainsi que pour falsification et usage de faux documents, détournement de biens et rébellion contre l’autorité.
Ils sont détenus dans plusieurs stations du RIB, notamment à Ndera, Remera, Kicukiro et Nyamirambo, tandis que leurs dossiers sont en cours de préparation avant leur transmission au parquet.






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