Les contenus portaient principalement sur les minerais et les tensions avec le Rwanda. Anthropic attribue le dispositif à une agence établie en France, sans avoir identifié les commanditaires du volet congolais.
Dans son rapport de septembre 2026, Anthropic, l’entreprise qui développe Claude, décrit une opération commerciale associant faux médias, journalistes fictifs et comptes coordonnés sur X. Le réseau utilisait son modèle pour produire des articles ou réécrire des informations existantes en fonction de l’orientation politique recherchée.
Cette campagne s’inscrit dans le contexte du conflit dans l’est de la RDC. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le M23, ce que Kigali conteste. Le Rwanda reproche aux autorités congolaises leur collaboration avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda, les FDLR.
Les minerais et les relations avec Kigali au centre des publications
Selon Anthropic, les 318 articles consacrés à la RDC soutenaient généralement la position du gouvernement congolais sur les accords régionaux concernant les minerais et sur les tensions avec le Rwanda. Le rapport ne fournit pas de décompte distinct des publications portant spécifiquement sur le M23.
Un épisode documenté illustre la coordination du réseau. Le 11 septembre 2025, plusieurs de ses sites ont publié des articles presque identiques sur le conflit entre la RDC et le Rwanda dans un intervalle de trois minutes. Le ton des textes avait été adapté aux publics régionaux visés, tandis que les liens étaient diffusés de manière concertée sur X.
Durant les premières semaines de l’opération, la grande majorité des faux profils abonnés aux comptes du réseau étaient liés à la RDC. La page consacrée à l’actualité congolaise était alors devenue le compte le plus populaire et le plus partagé du dispositif, selon les observations d’Anthropic.
Des sites présentés comme des rédactions indépendantes
Le volet congolais faisait partie d’un réseau international comprenant environ 70 faux sites d’information, autant de comptes X associés et plus de 250 comptes fictifs chargés de commenter et d’amplifier les publications. Ces chiffres correspondent à l’ensemble du dispositif, dont l’activité dépassait la seule RDC.
Anthropic relie cette infrastructure à LKM Company, une agence de publicité numérique basée en France. Les chercheurs décrivent un service commercial d’influence capable de soutenir différentes orientations politiques selon les intérêts des clients.
Les sites avaient été conçus pour ressembler à des médias locaux disposant de leurs propres équipes. Ils partageaient pourtant une infrastructure technique commune. Leurs noms de domaine avaient été enregistrés depuis la France sur une période d’environ dix semaines, au milieu de l’année 2025.
Des articles réécrits et des signatures inventées
Claude intervenait dans la rédaction de nouveaux contenus et dans la transformation d’articles publiés par de véritables journalistes. Les textes étaient réorientés selon le public ciblé et les messages que le réseau souhaitait promouvoir.
Parmi les procédés relevés figuraient l’ajout d’un angle politique à des sujets qui en étaient initialement dépourvus et la republication d’informations dans d’autres pays en supprimant leur contexte d’origine. Un même matériau pouvait ainsi être utilisé pour défendre des positions différentes.
Les publications portaient les signatures de journalistes qui, selon Anthropic, n’existaient pas. Certains comptes de relais utilisaient également des photographies de profil générées par intelligence artificielle. Ces identités fictives contribuaient à présenter les contenus comme émanant de sources indépendantes.
Des commanditaires non identifiés
L’enquête a relevé des indices suggérant que l’opération pouvait répondre aux intérêts d’un ou de plusieurs clients concernés par le conflit entre la RDC et le Rwanda. Anthropic précise toutefois ne pas avoir pu confirmer leur identité et n’avoir trouvé aucune preuve d’une direction gouvernementale de cette campagne.
L’orientation généralement favorable à Kinshasa des articles recensés ne permet donc pas d’attribuer leur commande au gouvernement congolais. Le rapport mentionne aussi un compte se présentant comme une « armée numérique » de civils congolais, abonné à plusieurs comptes du réseau, sans établir que ce lien révélait une chaîne de commandement.
Une diffusion limitée au réseau observé
Malgré le volume de contenus produits, Anthropic n’a pas établi que l’opération avait atteint un large public réel. Elle la classe en catégorie 2 sur l’échelle « Breakout Scale », qui sert à apprécier la propagation des opérations d’influence : les publications circulaient sur les sites et les comptes associés au dispositif, sans preuve d’une diffusion significative au-delà.
L’entreprise affirme avoir banni de ses services le compte et l’organisation associés à cette activité, puis renforcé ses méthodes de détection. Les éléments publiés ne permettent pas de mesurer un effet de cette campagne sur l’opinion congolaise ou sur la perception internationale du conflit.



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