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Une Commission ad hoc parlementaire analyse les défis du secteur agricole : Minagri questionné

Redigé par Jovin Ndayishimiye
Le 25 mars 2020 à 10:09

La Chambre des Députés rwandais s’est penchée en mars 2019 sur les défis qui assiègent le secteur agricole. Pour cela, elle a convoqué la ministre rwandaise de l’Agriculture, Gérardine Mukeshimana pour une question orale. Apparemment, la Chambre n’a pas été satisfaite des explications données par la Ministre qui gère un secteur économique comptant pour 40% du PIB.

Elle déplore un processus de production agricole tronqué du fermier rwandais. Beaucoup de questions sur le pourquoi il faut importer des « semences hybrides de soja, de mais ou de blé » alors qu’on a un Centre de Recherche Agronomique de Rubona qui devrait mettre dans ses priorités les préoccupations essentielles des fermiers agricoles rwandais.

Mme Gerardine Mukeshimana, Ministre rwandaise de l'Agriculture et Elevage. Pense-t-elle a rendre acfifs ses agronomes de la base communautaire ?

Semences importées…Que fait RAB et sa branche ISAR-Rubona ?
La Chambre ne comprendra pas pourquoi importer des semences sélectionnées autant qu’elle se posera la question de leur adaptabilité au sol rwandais pour plus de productivité agricole. Elle pourra aller loin et constater que le peu de production agricole obtenu n’est pas suffisamment bien traité en matière d’infrastructures de séchage ou de stockage.

Ce jour de Mars 2019, « la ministre a déclaré que le Rwanda entend arrêter l’importation de semences hybrides d’ici 2021 » avant d’ajouter : “Nous nous préparons à multiplier 1 192 tonnes de semences hybrides de maïs, 500 tonnes de soja et 566 tonnes de blé. Tout cela compensera la quantité que nous importons”.

Mais Madame la ministre, pouvez-vous nous dire si vous avez assez de moyens pour équiper vos agronomes de secteur afin qu’ils supervisent et appuient une bonne distribution de ces semences ? Non madame, le budget ordinaire alloué à votre ministère est si minime au point que vous ne savez pas arrêter le fait que l’agronome de chacun des 416 Secteurs administratifs du pays soit doté d’un véhicule 4X4 pour l’aider à sortir du bureau et à vivre au quotidien avec les fermiers agricoles de sa circonscription.

Pour une approche holistique des pouvoirs publics : Fermiers- Encadrement- banques- Infrastructures
Le Rwanda mise tout à sa sécurité et à l’intégrité physique du citoyen. Tout pour une sécurité sans faille. 24 sur 24 heures, des agents de sécurité sont visibles dans chaque quartier urbain ou dans chaque Umudugudu rural. Ceci est une bonne chose.

Des ouvriers agricoles a la cueillette des feuilles de the pour usinage.

Ça ne doit pas s’arrêter ! Mais alors, voit-on l’agronome de Secteur circuler dans les champs des fermiers pour leur donner des informations agricoles actualisées ? Pour leur prodiguer des conseils sur de nouvelles pratiques agricoles innovantes ? Sur le type possible de culture de rente à initier dans le coin ? Sur un nécessaire appel aux institutions de microfinance et banques commerciales pour qu’elles financent son projet de cultures de rente, ces institutions financières étant, au plus haut niveau de prise de décision, encouragées à fonctionner comme des Banques d’agriculture et pouvant offrir à ces petits fermiers des crédits agricoles ?

Non ! Madame la Ministre, avouez que vous manifestez peu d’engouement à un ministère clé pour les destinées d’une population galopante rwandaise.

A ce propos comme à d’autre, la ministre tape à côté aux questions lui posées par ces représentants du peuple. Quid de la faible production de lait observée dans le pays alors que le paysan a compris que le Programme national « Une Vache-Une famille » est un programme d’assistance sociale qui l’aide à passer le seuil de la Pauvreté ?

« Sur les 110 centres de collecte du lait à travers le pays, elle a dit, 84 centres ont maintenant l’électricité », a-t-elle répondu préférant être honnête avec eux. Mais elle a, par ce fait, montré que le manque d’esprit créatif on ne peut plus simple. Ses agronomes de terrain, donc de chaqu’un des 416 Secteurs administratifs que compte le pays, peuvent, une fois mandatés, être à même d’approcher les commerçants locaux d’entreprendre des investissements en la matière pour collecter le lait trait le matin par le fermier du coin et, partant aider le paysan à ne pas répandre par terre son lait refusé par ces Centres publics de collecte sous prétexte que le délai de péremption de ce liquide blanc non encore traité est dépassé.

Ce jeune ingenieur en transformation alimentaire de IPRC Musanze transforme les patates douces en vin. Il cherche en vain des institutions publiques pour comprendre suffisamment son initiative

La politique de consolidation des lopins de terre paysans mal compris, information mal passée
Les honorables peuvent ce jour-là avoir vu que vous étiez malheureuse et incapable de satisfaire leur curiosité. Mais Madame, souvenez-vous que le Conseil des Ministres vous a chargé de faire une campagne de sensibilisation des fermiers agricoles pour que, sans enfreindre le droit de propriété de leurs lopins de terre, ils mettent en commun cette terre pour cultiver une même culture de rente (riz, mais, blé….) sur un espace assez important de quelques 50 à 100 hectares.

Ce que le Conseil des Ministres ne pouvez pas vous donner c’est la politique sectorielle en la matière, ça c’est vous et votre équipe ministérielle qui l’a élaborée. Mais c’est aussi un imposant Comité de Suivi et d’Exécution composé d’agronomes délégués de chaque District que vous n’avez pas mis sur pied.

C’est aussi un comité de pilotage que vous auriez pu mettre en place étudiant de très près des questions pendantes à cette consolidation des terres dont la mécanisation agricole du pays, les possibilités d’une banque agricole devant prêter des fonds de subsistance aux fermiers ayant adopté cette consolidation.

C’est aussi cette politique sectorielle de l’agriculture industrielle qui devait être pensée de façon rationnelle pour faire en sorte que les fermiers agricoles ligués autour de ce projet de consolidation de leurs terres, devaient arriver à se procurer de tout géant ensemble d’équipement les aidant dans la préparation de leurs terres, dans le semis, l’entretien des plantes par sarclage, élaguage…, la récolte, le séchage, le stockage et la transformation de cette production pour le marché.

Une unite de fabrication de tricots de Susa/ Musanze. 100 ouvrieres fabriquent des tricots a partir de la laine obtenue de la tonte des moutons

Bousculer les mentalités conservatrices de production agricoles et d’élevage
Madame, vous avez hérité d’un gros et stratégique ministère. Il ne vous est pas demandé d’être un technicien mais de réfléchir de façon essentielle, avec une approche holistique. Il vous est donné mission d’accompagner le fermier rwandais dans la tentative qu’il n’a pas de voir grand pour mieux entrer avec assurance sur le marché des biens agricoles.

Pourtant Madame la Ministre, il me semble que vous avez opté pour une approche simple. Vous entendez former une sorte de complicité avec les jeunes gens bien confortables dans l’exportation de certaines denrées prisées sur le marché international comme le café. Pourtant, la grande entreprise de transformation de blé AZAM, depuis qu’elle est installée dans le pays il y a une décade, continue de moudre en farine le blé russe ou canadien comme si les fermiers rwandais dorment d’un sommeil de plomb sans que les services d’un géant ministère qu’est le vôtre ne les réveillent pour qu’ils se bousculent dans ce marché très lucratif.


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