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Rwamagana : sept bourreaux présentent leurs excuses aux victimes du génocide des Tutsi de 1994

Redigé par IGIHE
Le 7 décembre 2020 à 08:53

Rwamagana, Dimanche 6 décembre 2020 à la Paroisse catholique de Rwamagana (Province de l’Est) : Six hommes et une femme ont présenté leurs excuses aux familles des quelles ils ont tué leurs voisins et pillé leurs biens en Avril-juin 1994. Ceci a été fait dans le cadre d’un mouvement de réconciliation chrétienne dit ABAGABUZI B’AMAHORO (Propagateurs de la Paix) initié par un prêtre illuminé Abbé Ubald Rugwizangoga du diocèse de Cyangugu.

L’Abbé Ubald a lancé ce projet "Le pardon dans la reconstruction du tissu national rwandais" à l’endroit des individus reconnus coupables de crimes de génocide des Tutsi de 1994. Cet abbé va au delà de la justice et trouve que l’âme humaine a besoin de recouvrer son équilibre rompu par ses errements ou par la sauvagerie qui l’aura motivé à commettre un crime contre l’humanité sur son prochain.

"Ma responsabilité criminelle que je regrette profondément et pour laquelle je demande pardon c’est que j’ai contribué au meurtre de sept Tutsi y compris le mari de Liberata Nakazana qui a pu me pardonner. J’étais dans le groupe qui a attaqué et tué ces personnes-là. Si j’avais refusé de prendre une arme, je n’allais pas avoir une quelconque responsabilité dans les tueries commises. Et puis, j’ai pillé", a dit Paul Muragwabugabo devant d’autres paroissiens dans un geste assez public comme si il passait aux aveux de culpabilité au palais de justice.
Tuer sept tutsi et bien d’autres !!! Même des gens liés par le sang étaient devenus des sauvages au cours de ces cent jours (Avril-Juillet 1994) qui ont fait basculer le Rwanda dans l’innommable.

Cette demande publique de pardon est devenue si triviale dans les prisons au point que les criminels de génocide lancent n’importe comment une litanie des personnes qu’ils ont égorgées en 1994 juste parce qu’on leur a promis de commuer leurs peines. L’Abbé Ubald trouve juste que ces derniers restent avec un énorme poids sur leurs consciences et tente avec son invention Propagateurs de Paix, d’alléger ce poidsdans un effort de réhumaniser par la grâce de la prière ces hommes devenus loups pour leurs voisins en 1994.

L’Abbé Ubald a su toucher les coeurs des survivants du génocide des Tutsi de 1994. Ses sermons et ses enseignements de plénitude s’adressent d’abors à ces derniers. Est-ce normal de voir que c’est la victime qui se porte au devant de son bourreau pour lui faire ce cadeau de pardon ?

Cette pratique répandue dans les coins très christianisés du Rwanda est un phénomène très intéressant à comprendre.
Une vieille mère rescapée du Génocide des Tutsi,Agnès Uwimana, fidèle parmi les paroissiens inconditionnels de Rwamagana confie à IGIHE qu’elle s’est sérieusement imprégnée des enseignements de l’Abbé Ubald Rugwizangoga. Celui-ci voyage dans toutes les paroisses du pays où il organise des séances de thérapie oeucuménique qui ne laissent jamais indifférentes les foules de paroissiens qui déferlent sur les places publiques où il organise ses sessions.

"Je me suis trouvée dans un lieu que je m’étais interdit car les bourreaux de ma famille aiment s’y rencontrer. Parmi eux il y a cet homme récemment libéré de prison. J’avais peur de sortir de chez moi de peur qu’il allait me tuer. Mais après m’être imprégnée des enseignements de l’Abbé Ubald, je l’ai appelé pour lui signifier que je l’avais pardonné. Je me suis sentie libre. Au moment même où je lui annonçait ma décision, il n’en croyait pas un mot. Pourquoi ? Parce qu’à chaque fois qu’il venait pour une session d’un groupe d’entraide mutuelle auquel j’appartiens, immédiatement je quittais les lieux. Mais depuis lors, il passe à côté de ma résidence. Il s’arrête pour causer un brin. Je n’ai plus peur", a confié Uwimana Agnès dévoilant les motivations profondes du pardon qu’offre la victime esseulée à son ancien bourreau.

Pourtant le Collectif IBUKA luttant pour la protection des droits des rescapés de ce génocide a une nuance. Il ne comprend pas le calvaire que vivent les rares rescapés qui sont restés sur des collines au milieu de nombreuses familles de leurs bourreaux. Ils sont obligés de vivre comme dans le temps d’avant le génocide des Tutsi avec justement cette peur lancinante et des souvenirs de sauvagerie que ces voisins de bourreaux ont commis sur les leurs disparus et sur eux-mêmes.

IBUKA parle de demandeurs de pardon et des victimes consentantes. Pourtant cela pourrait être l’inverse.
"Maintenant ceux qui ont demandé le pardon et ceux qui l’ont accordé ont ouvert la voie aux nouvelles relations interhumaines fraternelles. Maintenant vous allez recommunier et renouer divers échanges sociaux entre vous et un échange d’information véridique sur ce génocide commis contre les Tutsi", a déclaré Mukayiranga, Présidente d’IBUKA dans le District Rwamagana. Elle a apprécié ce pas atteint où anciens bourreaux devraient tous tendre la main à leurs anciennes victimes pour que tous libèrent leurs énergies et entrent de plein pied dans la productivité nationale.


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