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Les compromissions de l’Eglise catholique en RDC

Redigé par Tite Gatabazi
Le 5 décembre 2022 à 10:16

Les crises récurrentes en RDC et plus particulièrement à l’Est ont des racines qui remontent à très loin.

Alimentées par plusieurs affluents, il n’est en rien offensant que d’évaluer la place et le rôle de l’Eglise catholique dans ces fléaux qui assombrissent et endeuillent le pays.
L’archevêque de Bukavu, Monseigneur François Xavier Maroy a initié une marche de protestation dans les rues de Bukavu le 1er décembre 2022.

Il y a entrainé les élevés des écoles secondaires catholiques de la ville et les chrétiens.
Et comme une trainée de poudre, dans tout le pays les évêques ont relayé l’appel et les chrétiens ont suivi, ils sont descendus dans les rues.
Celle-ci avait pour objet le soutien aux FARDC et la dénonciation de ladite balkanisation.

En janvier dernier, l’archevêque de Kinshasa, le Cardinal Fridolin Ambongo en visite à Beni avait évoqué la balkanisation, l’infiltration ainsi que la théorie du grand remplacement.

Allant jusqu’à remettre en cause l’existence des ADF, gardant un silence coupable sur la complicité suffisamment documentée des officiers supérieurs avec les groupes armés. Quelle cécité.

Mais ce déni de réalité fait place à des postures et des coups de menton pour voir se répéter continuellement le même scenario de persécution d’une partie de la population.

Ce silence complice devant chaque geste déplacé, chaque insulte jusqu’au traitement inhumain et dégradant est une compromission. Et ils ont l’indécence d’appeler à manifester comme s’il fallait en rajouter à l’ignominie.

Les mots et les comportements de certains prélats tuent.

L’archevêque Ambongo avait passé sous silence les conditions de vie quotidienne de la population congolaise, ce qui aura été le cheval de bataille de ses illustres prédécesseurs, les Cardinaux Malula et Monsengwo.

Eux qui en leur temps avaient aidés les congolais à prendre conscience qu’ils doivent s’imposer de rassembler leur intelligence, leur énergie et leurs valeurs pour défendre l’essentiel : la vie humaine.

La balkanisation, l’infiltration, l’agression sont devenus des gadgets que les politiques, la société civile et la diaspora congolaises agitent pour se convaincre qu’il existerait un projet d’annexion du Nord Kivu par le Rwanda.

Le fameux empire Hima qui a fait les choux gras des services de renseignements du régime en déclin du Maréchal Mobutu.

On sait combien l’église catholique joue un rôle intellectuel, politique et social dans nos pays. Son influence est sans commune mesure.

Cette peur est infondée. Mais elle participe à détourner l’attention sur le niveau devenu intenable de la misère dans ce pays.

Sur les responsabilités dans cette crise multiforme. Avec la corruption et les détournements qui entretiennent le train de vie opulent des politiques.
Mais elle sert également à justifier la stigmatisation et la persécution des tutsis congolais, assimilés à tort à cette entreprise.

Pour mémoire, c’est Monseigneur Gaspard Kajiga, responsable de l’enseignement diocésain de Goma qui, déjà en 1967, avait supprimé les messes en kinyarwanda dans les paroisses de Matanda, Jomba et Rugari.

Tout un symbole.

Et il a popularisé le concept de banyabwisha dans le territoire de Rutshuru.
Au départ, ils étaient rwandophones et parlaient kinyarwanda, puis on apprit qu’ils s’exprimaient en kinyabwisha et aujourd’hui certains leaders locaux vont jusqu’à affirmer que leur langue est le gihutu. Allez y comprendre.

Et pourtant, les banyabwisha désignent les habitants de la colline de bwisha indépendamment de la langue et l’appartenance ethnique.
Monseigneur Faustin Ngabu, évêque émérite du diocèse de Goma, écrivait dans sa lettre pastorale aux fidèles du diocèse à Pâques 1998 :

< Chez nous, les principales tribus ou communautés socio politiques s’appellent : bahavu, bahunde, banande, banyanga, banyarwanda (bahutu et batutsi) barega, bashi, batembo.

Les banyarwanda (hutu et tutsi) voudront bien comprendre que, dans leur cas, la notion de tribu qu’ils se donnent lorsqu’ils se déclarent hutu ou tutsi ne peut être comprise dans le même sens que celle des autres communautés citées ci-haut>.
Simplement que les autres communautés ont une langue et des coutumes qui les distinguent les unes des autres.

Mais les empêcheurs de tourner en rond vont le déformer et en faire un fonds de commerce politique explosif.

En 1982 va prendre naissance la mutuelle des agriculteurs Virunga, MAGRIVI, exclusivement composée de hutu et financée par le régime Habyarimana du Rwanda.

Elle portera l’idéologie parmehutu et diabolisera le tutsi pour en faire un ennemi et un étranger qui a usurpé les droits des congolais.

Le discours de haine anti tutsi ainsi que les amalgames et la falsification des faits historiques y prennent leur source. Ils seront alimentés par des erreurs grossieres, des citations tronquées et des approximations de ses membres avec l’appui du clergé.

On assistera au maniement de la calomnie crapuleuse envers les tutsis congolais. On va mélanger allégrement amalgames et contre-vérités.

Et on assistera aux conséquences désastreuses de la nationalité douteuse, des persécutions et pogroms depuis 1990.

Voilà d’où vient la rhétorique actuelle.
On peut néanmoins s’étonner que le clergé congolais tombe dans ce piège contre lequel il est pourtant bien outillé.

On se souviendra que plusieurs prêtres, religieux et religieuses catholiques du Rwanda ont été jugés pour leur participation directe au génocide contre les tutsis.
Ils avaient épousé l’idéologie parmehutu. Lequel est l’œuvre d’un ecclésiastique, Monseigneur Perraudin.

On a en mémoire le procès en Belgique des sœurs bénédictines du monastère de Sovu au Rwanda et les protections, pressions sur les magistrats par l’église catholique ainsi que l’international démocrate chrétiens belge.

Dans un contexte d’accès facile aux archives, on peut identifier aisément les acteurs, leurs réseaux et la circulation de leur production pour appréhender les compromissions du clergé congolais dans le génocide contre les tutsis en cours dans leur pays.
Ces compromissions n’en restent pas moins des expériences traumatiques et portent atteinte de manière indélébile à l’autorité de l’église catholique.

Même s’il ne faut pas rendre l’institution responsable au même titre que le pouvoir politique en place des actes de génocide et des crimes contre l’humanité.

Par contre, certains cadres de l’église catholique signent leur naufrage dans ces compromissions et en sont ainsi responsables directement en propageant cette idéologie criminelle.

Ils ont rejoint la cohorte du folklore qui confine à l’hystérie généralisée qui s’acharne à détruire la vie.

Messeigneurs, la continuité réside dans la nature même de l’idéologie, dans sa radicalité criminelle qui vise l’extermination des tutsis congolais auquel vous prêtez le flanc.

Une chose est certaine, la nationalité douteuse, les pogroms anti tutsis ont empoisonnés les relations sociales et fracturés la RDC de façon indélébile.

Il faudra bien que les historiens, un jour, expliquent comment les prélats se sont convertis en prêcheurs de fureur.


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