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La résolution du Parlement de l’Union Europeenne : le Rwanda paie le prix fort de son indépendance politique

Redigé par GASHEJE Mathias
Le 1er avril 2021 à 01:00

“Résolution du Parlement européen du11 février 2021 sur le Rwanda : le cas de Paul Rusesabagina”. Tel est l’intitulé exact de la Résolution 2021/2543(RSP), dans laquelle il est question du Rwanda, le cas de Paul Rusesabagina n’étant qu’ un prétexte de plus pour mener une charge de plus contre l’Etat rwandais. Et le résultat, sans appel, du vote est à remarquer : sur les 695 parlementaires des 27 pays membres de l’Union Européenne, seul un seul a voté contre.

Le Rwanda de l’après-Génocide paie, unefois de plus, le prix fort de son indépendance politique, qui est très manifeste non seulement dans les discours mais aussi dans les faits.

Depuis que Christophe Colomb a ouvert la voie à la colonisation de l’Amérique, pour asseoir sa domination politique et économique, l’Occident s’est octroyé le devoir et, donc, le droit de s’ingérer dansles affaires du reste du monde et de les régenter au nom de la supériorité autoproclamée de l’Homme blanc et de son Modèle culturel.
En effet, pour dominer durablement une nation, il faut lui voler son âme : casser son ADN spirituel et culturel, en remplaçant son système et sa hiérarchisation des valeurs afin de l’amener à perdre l’estime de soi et imposer, au-delà de son mode de vie, son propre modèle de société et de valeurs.

Au fil des siècles, le droit et le devoir de « christianiser », né du temps des conquistadors, a progressivement laissé place, dès la fin du 19ème siècle et le début de la deuxième vague de la colonisation, au droit et devoir de "civiliser les races inférieures " qui, depuis la fin de la Guerre froide, est devenu le droit et le devoir de « démocratiser » au nom de la défense les droits de l’homme.

La vérité, c’est bien sûr que, pour l’Occident, aucunautremodèlen’a droit de cité : il serait une menace pour sa suprématie. Du temps de l’alliance du sabre et du goupillon, cette occidentalisation forcée était principalement portée par l’Eglise :

« Renoncer à Satan et à toutes œuvres : consulter les devins, rendre un culte aux ancêtres, s’initier au culte à Ryangombe et autres conduites mauvaises »
(En kinyarwanda : Kwanga Shitanin’ibyayo byose : kuraguza, guterekera, kubandwa n’ibindi byose by’amafuti »). Ces interdits que les missionnaires inculquaient aux catéchumènes rwandais devaient avoir des variantes dans d’autres pays conquis, en Afrique ou ailleurs. Les “autres conduites mauvaises”, ce sont l’ensemble des pratiques sociales qui ne sont rien d’autre que les manifestations des valeurs culturelles nationales. Et les nouveaux interditsavaientcommecorollairel’enterrement des interditstraditionnels, qui constituaientautant de repèreséthiques et sociaux pour les Rwandais : “Kiliziyayakuyekirazira” (Lit. L’Église a mis fin aux interdits) aime-t-on à répéter, encore aujourd’hui, au Pays de Gihanga.

Depuis la fin de la Guerre froide, les ONGI droits-de-l’hommistessont, pour l’Occident, la meilleurearmepour conquérirl’âme et continuer à occuper le terrain. Et, à cetitre, ellessontsoutenues, y comprisfinancièment, par lesautresacteursoccidentauxde la mondialisation : les mass media, les multinationaleset, surtout et d’abord, par les Étatsdirectementouindirectementà travers les organisationsinternationales, qu’ilscontinuent à dominer et à contrôler,oudes instances intergouvernementalescomme le Parlementeuropéen.
Pour beaucoup de pays, difficile de se soustraire à l’étau, trèsserré et trèsancien, de l’occidentalisation. Et pourtantil le faut : aucun pays ne s’estdurablementdéveloppéen dehors desapropre“langue” et l’onpeut tout emprunterfors la Culture.

L’Europeenestl’exemple le plus ancien et le Japonenest un autre : depuissa rencontre avec l’Occident, dans la secondemoitié du 19ème siècle, le pays du Soleil levant a réussisarévolutionindustrielle et son développement sans perdre son âme. Ouplutôtparcequ’iln’ajamais perdu son âme.

Pour soulever la chape de plomb et desserrerl’étauafind’enfinir avec le complexe du dominéet recouvrer son âmeainsi que la maîtrise de son destin, ilfautrenouer avec sesracines, toujoursvives malgré des siècles de piétinement. Sur le continent asiatique, c’estcequ’ontfait la Chinedepuis 1948 et, depuis les années 1970, les pays ditsémergents de l’Asie-Pacifique (Taïwan, Corée du Sud et Singapour).En Afrique, le “miracle rwandais” est le fruit de cettevéritablerévolutionculturelle ET politique.
Le Rwanda est le pays qui a payé à l’expansioncoloniale le tribut le plus lourd. Le Génocidecontre les Tutsis est, évidemment, unebarbarie du Hutu Power et de son idéologie ; mais, comme le rappellel’auteur de Une initiation. Rwanda (1994-2016), « […] cettetragédiepuise aux mêmes sources que les autres grands massacres de masse du XXe siècle, tels le génocidearménienou la Shoah – à savoir la pensée raciste et racialiste qui a étéexportée avec succès dans la région des Grands Lacs lors de la colonisation » (Stéphane Audoin-Rouzeau, Interview au Monde des livres du 22.02. 2017).

Pour renaître de sescendres, le Pays de Gihanga a effectué une sorte de révolution copernicienne : un retour aux sources pour renouer avec sesracines, avec sesfondementsculturelsafin de les mettre, en les modernisant, au service d’un développementendogène.Ilétait, enquelquesorte, absolumentnécessaire de reculer pour mieuxsauter.Cerecoursestinscrit dans la Constitution de 2003 , réviséeen2015 : “Considérantqu’ilimporte de puiser dans notrehistoiremultiséculaire les valeurstraditionnelles positives indispensables à l’existence et à l’épanouissement de notre Nation” peut-on lire dans le Préambule et, encore plus explicitement, dans l’article 11 : “ Envue du développement national, de la promotion de la culture nationale et de la restauration de la dignité, les Rwandais, se basant sur leursvaleurs, mettenten place des solutions endogènesenvued’aborder des questions qui les concernent”. Ence jour, douze(12) solutions endogènesontété mises en place, les plus connuesétantl’umugandaou travauxcommunautaires et les tribunauxGacaca, cloturésen 2012. Enfin et surtout, les six (6) Principesfondamentauxinscrits dans l’article 10 de la Constitution de 2003, réviséeen 2015, s’inspirentprofondémentde l’Histoire et de la Culture nationale.

Osersortir du moule occidental, un crime de lèse-majesté que le Rwanda de l’après-Génociden’a pas fini de payer et cecid’autant plus que l’Occidentcraint que l’exemplerwandais ne soitsuivi par d’autres pays africains, notammentceux de la Françafrique. Et, dans ce travail de sape, ilest fait recours au sempiternel “divide et impera”, au divisionnismeinoculé par les colonisateurssuccessifs et qui a mené le Rwanda au Génocidecontre les Tutsis 1994.Aujourd’hui, les occidentauxutilisentdes rwandais qui ontfui le pays comme Paul Rusesabagina et qui ont la chute du pouvoiren place à Kigali_ avec, pour la plupartd’entreeux, enarrière-pensée,l’objectif de terminer le “travail” qu’ilsn’ont pas puacheveren 1994_ commeseulprogramme politique. Et, comme le dit un proverbe du Pays de Gihanga, “usenyaurwebamutizaumuhoro” (lit. celui qui détruit son chez-soi, on luiprête la serpette).

“Umwanawanzweni we ukura” (Lit. L’enfant qui esthaï, c’estlui qui grandit). Celaestvraimais à une condition : il ne doit pas se poser envictimemais, au contraire, reprendreen main son destin. L’exceptionnellecapacité de résilience du Rwanda, mêmesespiresdétraceurs la luireconnaissent. Et si, enmoins d’un quart de siècle, le pays a purenaître de sescendres, cen’est pas seulement grâce à un leader(ship) exceptionnelmaisaussi à grâce à des institutions fortes : unedémocratie dans laquelle la participation du peuple ne se limite pas à deposerépisodiquement un bulletin dans les urnespuis à retournervaquer à seshabituelles occupationsmais à remplir son devoir de citoyen au quotidien. Eneffet, les différerentes solutions endogènessontautantd’outilsdontil dispose pour participer à la vie de la cité.


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