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La haine, ce sentiment destructeur d’invincibilité

Redigé par Mukagasana Yolande
Le 9 février 2021 à 01:57

Il est désolant de constater que certains jeunes rwandais s’entêtent encore et refusent de regarder leur histoire en face. Je répète souvent ce que je dis, le mal ne va jamais triompher sur le bien. La haine ne triomphera jamais sur l’amour.

Tant que tu haïras quelqu’un, tu seras la première victime de ta haine. Celui que tu hais dort tranquille lorsque toi tu passes une nuit blanche à te demander ou à programmer le mal que tu vas lui faire.

Le kinyarwanda est une langue pleine de métaphores, mais je comprends que ces jeunes n’ont pas eu la chance de vivre et grandir au Rwanda. Leurs parents ont tout fait pour les faire oublier leur langue et leur pays car ils voulaient les façonner dans la haine de leurs frères et de leur pays. Ils devaient s’assimiler aux peuples parmi lesquels ils évoluaient. S’assimiler c’est perdre son identité. S’assimiler, c’est se nier. Et lorsque l’on s’assimile, on n’est plus soi et on n’est pas l’autre non plus. On est en déséquilibre et on tombe pour ne plus se relever. C’est malheureux, mais c’est comme ça.

Lorsque pendant le génocide, le matin, un jeune passait chez son ami et lui demandait comment il dormait encore au lieu de venir au "travail", on ne disait pas qu’il s’agissait de l’extermination des Tutsi. Le génocide perpétré contre les Tutsi était devenu le "travail" pour tout Hutu car cela était devenu un acte patriotique.

C’est pour cela que ces jeunes ne comprennent pas non plus l’éducation que nous appelons ici "téter l’idéologie" . Ils pensent au lait maternel. Quelle tristesse !

Parfois, lorsque je donnais des conférences dans des écoles, tous les jeunes africains venaient me rencontrer pour discuter. Parfois certains me disaient qu’il y avait de jeunes rwandais dans leurs classes. Lorsque je leur disais de me les présenter, ils me disaient qu’ils étaient partis car ils ne voulaient pas me rencontrer. Lorsque je leur demandais pourquoi, ils répondaient que ce que je leur disais était différent de ce que leur racontaient leurs parents.

Malheureusement ils étaient tellement bornés qu’ils préféraient fuir la discussion. Sincèrement j’ai pitié de ces jeunes qui sont des victimes de l’idéologie de haine qu’ils apprennent de ceux qui devraient leur apprendre l’amour, sinon le vivre ensemble. Vivre nos différences tout simplement dans la tolérance. On ne donne pas ce que l’on n’a pas. Ces jeunes n’ont pas appris à aimer. Comment donner de l’amour s’ils ne l’ont pas reçu de leurs parents ?

Comment aimer s’ ils ne l’ont pas appris ?

A ces jeunes je dis ceci : ce n’est pas de votre faute si vos parents sont coupables d’avoir commis le génocide, si vos grands parents vous inoculent ce poison en vous apprenant l’idéologie de la haine. Mais c’est de votre faute si vous ne voulez pas savoir la vérité sur l’histoire de votre peuple et de votre pays. C’est de votre faute si vous continuez à vous enfermer dans le crime de déni du génocide perpétré contre les Tutsi. Certains parmi vous ont vu le génocide. Le plus jeune génocidaire que j’ai rencontré avait dix ans pendant le génocide et il a tué d’autres enfants. Ses amis Tutsi. Non seulement ils étaient ses amis mais les mamans étaient aussi des amies.

A qui la faute ? Évariste me l’a avoué. Arrêtez le délire et restez criminels si vous ne voulez pas être des humains. Nous vous combattrons car votre comportement sera dans la continuité du crime de génocide. Et comme ce sera la haine qui vous motive, les autres jeunes vous vaincront quoi qu’il arrive.

La haine, ce sentiment destructeur d’invincibilité, sa première victime est celui qui la porte. Protégez-vous. Mais si vous ne voulez pas, ce ne sera pas une obligation. En français on dit que les chiens aboient et la caravane passe.


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