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L’épouvantail de la balkanisation de la RDC

Redigé par Tite Gatabazi
Le 3 janvier 2023 à 02:36

De tout temps, les théories du complot ont émaillé les scènes politiques. Ces théories qui reposent sur des spéculations sans jamais apporter des preuves concrètes de leur existence.

En son temps, Patrice Emery Lumumba avait fustigé "un plan de balkanisation de la RDC". C’était juste après l’accession du pays à l’indépendance.

Il est attesté que le débat sur cette prétendue balkanisation refait surface à chaque fois que le pays traverse une crise politique.

Et les protagonistes dénoncent "un plan qui serait avalisé par la communauté internationale qui se servirait du Rwanda pour démanteler la RDC".

Ces craintes contrastées de balkanisation de l’Est de la RDC touchent toutes les strates de la population congolaise.

Les acteurs qui les énoncent ont des ambitions et cherchent la mobilisation pour peser sur la scène politique nationale.

Leur discours s’est déployé sur un spectre allant de l’idée d’une partition du pays au relais explicite de la version conspirationniste d’un plan ourdi depuis les Etats Unis.

Godefroid Muzalia, Professeur à l’Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu, fondateur du groupe d’études sur les conflits et la sécurité humaine et Thierry Rukata, journaliste et chercheur associé au même groupe viennent de dévoiler cette escroquerie intellectuelle dans une enquête fouillée.

Elle n’est pas la première en son genre, mais c’est une pierre apportée à l’édifice de déconstruction de cette manipulation.

Depuis les guerres cycliques en RDC, on entend des alertes contre le projet de balkanisation. Et le refrain est le même, des politiciens aux hommes d’Eglise en passant par ceux la société civile.

Pour certains, c’est un véritable fonds de commerce politique au goût amer. Il divise, il persécute, pire, il sert de mobile de passage à l’acte aux meurtriers.

Ces figures du mal qui ronge la RDC arrivent, hélas, à fasciner en exprimant une illusion et des angoisses qu’on assume pas.

Mais l’histoire regorge des exemples de constitution des grands empires ainsi que leurs démembrements. Lesquels sont fondés souvent soit sur l’incapacité à fédérer les multiples nations qui les composent, soit à la crise de leadership et de gouvernance.

L’ex Yougoslavie est un des exemples les plus proches.

La RDC est de ceux qui sont constitués par des mosaïques de peuples et ethnies qui manquent d’unité pour fonder une véritable nation.

Le discours de balkanisation se sert de ces amalgames identitaires et économiques aux contours très mal définis.

En RDC les tenants de la balkanisation ne manquent pas d’arguments. Ils fustigent la centralisation de tous les pouvoirs à Kinshasa qui est très loin du citoyen.

Ils s’insurgent contre la gouvernance chaotique du pays par une classe politique corrompue. Ainsi que le clivage très prononcé entre l’Est et l’Ouest du pays.

Le débat récurrent autour de la forme de l’Etat en RDC est toujours d’actualité. Et la tribalisation du politique n’est pas de nature à participer à l’intégration de la république.

Mobutu avait son clan des ngbandis, les Kabila des baswahilis et aujourd’hui Tshisekedi s’est entouré des balubas.

Ce tribalisme institutionnalisé pose le problème sérieux de l’intégration nationale et de la gestion politique du pays.

Et beaucoup soutiennent que l’homme congolais est passée à côté de son destin. Il suffit pour s’en convaincre de relire les conclusions de la conférence nationale souveraine, elles sont édifiantes sur la faillite de l’Etat.

La théorie de la balkanisation de la RDC repose sur un vieux cliché selon lequel le Rwanda serait soucieux d’ériger un empire Hima-Tutsi en annexant une partie de l’Est de la RDC.

Le débat sur la balkanisation traverse l’histoire post indépendance du pays.

Elle est surtout affaire des politiciens congolais en période de crise. Depuis la sécession katangaise et du Kasaï, elle traverse l’histoire de la RDC et suscite des avis contradictoires.

Ils sont alimentés par les violences récurrentes, la fragmentation continue du pays et le raccourci des ambitions expansionnistes du Rwanda.

Cette crainte infondée dans sa réalité enflamme les ressentiments contre le Rwanda et assimile les rwandophones congolais aux complices.

Les acteurs tant politiques, civiles et le clergé renforcent la défiance et soufflent sur la braise des antagonismes ethniques.

Ils sont loin de faire l’autocritique et pendant ce temps, le pays s’enfonce.


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