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Comprendre les enjeux, les forces en présence et les coulisses dans le procès Rusesabagina

Redigé par Jovin Ndayishimiye
Le 19 mars 2021 à 06:55

Ce vendredi, 12 mars, au Palais de Justice de Kimihurura, le procès groupé de 21 accusés de crimes de terrorisme et d’exactions sur les paisibles citoyens rwandais du Sud (Nyabimata, Kitabi) et du Nord (Kinigi) du pays, a commencé tôt le matin. Mais apparemment, un seul accusé occupe tout l’espace temporel de la séance. C’est Paul Rusesabagina, héros inspirateur du film hollywoodien Hotel Rwanda, président de la Coalition MRCD/Mouvement Rwandais pour le Changement Démocratique et de sa branche armée, le FLN (Front de Libération Nationale). De façon timide mais aussi percutante, un autre accusé se manifeste. C’est Callixte Nsabimana dit Maj. Sankara.

Major Sankara Callixte Nsabimana, Vice Président du MRCD/FLR et Porte parole. Il coopère avec la Justice et charge son président Paul Rusesabagina

Les deux accusés et leurs avocats campent sur des positions diamétralement opposées. Paul Rusesabagina souhaite le report du procès pour mieux maîtriser son dossier judiciaire et du matériel informatique (laptop et accessoires) pour mieux préparer son procès. Il veut, en plus, être assisté par des avocats étrangers. Il est capable de se les procurer. N’a-t-il pas des relations et, probablement, des groupes mafieux, des faiseurs de présidents qui sont résolument et inconditionnellement derrière lui ?

"On n’a jamais vu de mémoire d’homme, d’importants diplomates assister aux débats de procès dans une Cour de justice. Cela est inconcevable en Occident. Que viennent-ils faire les ambassadeurs de Belgique, des USA, de l’Allemagne et de Hollande dans les séances de procès de Rusesabagina ?", a dit un expert juriste, avocat au barreau de Bruxelles. Il trouve que la faiblesse des institutions gouvernementales et pouvoirs judiciaires des pays du Tiers Monde sont tributaires de l’acculturation du continent qui ne sait pas batir ses institutions dans le prisme culturel traditionnel tout en dépendant budgétairement de cet Occident qui a longtemps pillé systématiquement cette Afrique et a façonné à son image les élites africaines.

Pourquoi tous ces ambassadeurs de Hollande, GB, Allemagne et USA assistent-ils à ce procès où les gens sont accusés de terrorisme ? Décidément les mots n'ont pas la même signification dans les pays de la périphérie et ceux de l'Occident. Ici en Afrique, le noir n'est pas nécessairement noir d'après ces Blancs.

Rusesabagina : Un pantin ou un pion de l’Occident ? Un continuateur de l’idéologie du Parmehutu ?
La plaidoirie de l’avocat de cet accusé semble ne pas donner tous les fruits escomptés. Au matériel informatique réclamé, "Oui ! Au moment même où nous sommes en pleins débats, la machine que vous réclammez est à votre disposition dans votre lieu de détention. Et vous dites que vous pouvez rencontrer à tout moment vos avocats. Donc cette question est bien résolue", a dit le juge Président qui lui a malheureusement signifié que les juges occidentaux qu’il réclamme ne peuvent pas le défendre car "les barreaux dont ils sont originaires n’ont pas des accords de réciprocité avec le barreau de Kigali. Et puis, le barreau, partout dans le monde et en toute indépendance, c’est bien lui qui approuve un défenseur d’un accusé. Nous n’y pouvons rien".

Mais pourquoi Rusesabagina tient-il tant à un conseil fait d’avocats occidentaux ? "Je décide de me retirer du procès. Je n’attends pas de la justice dans cette maison", a-t-il décidé ne faisant que confirmer le fait qu’il a toujours qualifié d’incompétente la justice rwandaise face à lui, un "citoyen belge et non rwandais, kidnappé depuis Dubai aux Emirats Arabes Unis".

Un expert juriste international trouve que cette histoire de kidnapping ne tient pas la route. "En d’autres lieux, de tels individus ont été arrêtés et jugés par les cours occidentales. C’est le cas du Somalien Mohammed Abdi, 60 ans, financier de la piraterie des cotes somaliennes, attiré avec beaucoup de subterfuges en Belgique, y arrêté et jugé, autant que le rapporte le journal Le Monde français. Bref, partout dans le monde, les terroristes ne sont protégés par aucune loi. Mais pour notre homme, le boucan fait autour de lui montre qu’il y a toute une chaîne de fieffés chasseurs de célébrités et autres puissants politiciens lobbystes qui ont sérieusement investi dans cet hollywoodien atypique. Ils se sont trompés car sa capacité intellectuelle et son niveau de culture sont si bas qu’il confond sentiments et rancoeurs aux stratégies policiennes devant lui faire entrevoir le fauteuil présidentiel au Rwanda", a confié le juriste trouvant que le Rwanda n’a pas à se sentir gêné pour avoir mis en place les moyens engagés pour attirer ce bizarre Commandant suprême de forces criminelles des FLN qui pillent, incendient habitations et véhicules civils, attaquent et égorgent de paisibles citoyens au lieu de viser des cibles militaires.

Qui sont ses sponsors ?
Ils doivent être on ne peut plus discrets. Sauf un. Le Président zambien Edgar Lungu.
Au cours de la séance qui s’est poursuivie ce vendredi 12 mars 2021 avec la comparution à la barre du Major Callixte Nsabimana alias Sankara, l’audience a du mal à saisir les dépositions de ce Vice président de la Coalition des partis MRCD et porte-parole du FLN/Front de Libération Nationale. Celui-ci a pris la tactique de coopérer sur toute la ligne avec la justice. Il doit en retour bénéficier de circonstances atténuantes. Celui-ci donne dans les détails les décaissements et transferts de grosses sommes aux commandants de front pour soldes de leurs combattants.

A la question du financement de l’effort de guerre, il maîtrise le dossier jusque dans le détail.

"Paul Rusesabagina était président et moi Vice président du MRCD-FLN. Tout l’argent pour payer les combattants venait de lui. Dans un premier temps, il a transféré 190.000 $ aux commandants de front. Au Gén. Morane, il a donné 100.000 $ qu’il réclamait et 50.000 $ au Gén. Hamada. Il a été déçu par le Gén. Morane qui affirmait avoir ouvert un front sud, qu’il occupait le Sud du pays. Il a alors donné 20.000 $ au Gén. Irategeka et 15.000 autres au Gén. Jeva pour ouvrir un front au Nord du pays. L’attaque de Kinigi était dans cet ordre-là.
Les 150.000 dollars venaient du Président zambien Edgar Lungu. Il les a envoyés par le biais d’un commerçant rwandais Nsengiyumva établi à Lusaka. Il y a eu aussi d’autres contributions des membres éparpillés dans le monde. Ainsi un certain Kalinijabo a envoyé d’Australie 10.000$ et Munyemana 25.000$ du Malawi. Mon parti RRM/Rally for Rwanda Movement a contribué pour 6.000$...", a déclaré à la Cour ce numéro deux du MRCD-FLN disant que parmi les coaccusés il y a des colonels capturés qui pourront le moment venu confirmer ce témoignage.

Des observateurs intéressés accusent les sponsors de cette entreprise criminelle. Ils dépistent le réseau des sponsors et arrivent au fait que ces lobbies "financent la poursuite du génocide des Tutsi au niveau du négationnisme et de la récidive".
Les experts en analyse du discours font des recoupements entre les sorties publiques de Rusesabagina et les discours des régimes ségrégationnistes rwandais.

"Quand vous suivez ses interventions même avant le crime, il revendiquait les acquis de la révolution de 1959, un cadre où il y avait la ségrégation de nationaux, les uns authentiques (Hutus), d’autres intrus (Tutsi) qui ont connu des pogroms de 1959, 1961, 1963, 1973...
Rusesabagina ne s’en cache pas. Il parle de la majorité éthnique. Il rejoint les Twagiramungu. Lui et les autres négationnistes du génocide des Tutsi de 1994, ils travaillent main dans la main avec les véritables génocidaires. Et ils attaquent un pays qui lutte contre les conséquences de ce génocide. Et leurs soutiens blancs ? Généralement le Droit international invite à l’obligation de coopération internationale car nous sommes dans la situation de crime international. Pourtant ces lobbies proRusesabagina, non seulement ils ne coopèrent pas mais pire encore, dans leur obsession à introniser ce triste sire, ils se fichent des conséquences sociales rwandaises, des soubresauts politiques, des destructions, bref une instabilité totale qui pourrait survenir comment au cours de "l’apocalypse" de 1994", a confié un diplomate qui a requis, lui aussi, l’anonymat.

La société civile invitée au combat
Des personnes interrogées trouvent que cette affaire en cours devant la justice rwandaise est une épreuve qui doit être remportée par la société civile rwandaise partout où elle se trouve.

Le Président Paul Kagame adulé par ses citoyens de la diaspora rwandaise de l'Occident au cours de l'une des "Rwanda Days"

"Quand les organisations internationales de droits humains crient aux droits bafoués de l’accusé Paul Rusesabagina, nous comprenons ce travail de pression sur la jeune démocratie rwandaise qui lutte pour au moins un demi siècle de stabilité socio économique. Nous saisissons également les intentions criminelles des gros lobbies qui poussent ces Organisations à la cécité politique Ces Lobbies ont tous les outils de communication et assez de moyens pour influer sur le cours des choses. Pour ce qui est des forces génocidaires rwandaises qui accélèrent par leur vacarme, nous aussi comme ces personnalités obscures, nous avons la double nationalité. Nous sommes des Rwandais belges, français, américains, suisses, italiens, canadiens... J’invite mes compatriotes de la diaspora à faire jouer leurs amitiés locales pour influer sur l’opinion publique locale (là où ils sont). Nous devons, non pas seulement déconstruire la propagande haineuse de ces idéologies génocidaires, mais plutôt anticiper des situations. Nous devons construire solidement l’image d’un Rwanda unificateur en cours. Nous devons être proactifs à ce sujet", a confié un citoyen belgo rwandais lançant un hallali à ses compatriotes de la diaspora pour voler au secours de leur patrie en danger.


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