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Akana Nsekalije invite la diaspora rwandaise negationniste a comprendre le crime de non assistance a Tutsi en danger de genocide

Redigé par Alice Akana
Le 17 avril 2020 à 05:36

Akana Alice est la fille du Col Aloys Nsekalije, l’un des 7 camarades qui ont opere le coup d’Etat de 1973 contre le President Gregoire Kayibanda (1962-1973) qui a porte au pouvoir le General Major Juvenal Habyarimana, le meme qui a developpe et prolonge et mene a terme la longue preparation ideologique de ce genocide des Tutsi de 1994. Akana Alice a un coeur d’or. Elle invite a se remettre en question cette diaspora rwandaise exilee en Occident faite d’anciens leaders d’opinion de la periode ou courait le regime Habyarimana (1973-1994). Elle l’interpelle et lui demande de mesurer les lourdes consequences de cette omission criminelle, de cette facon d’avoir violemment tu cette voix spirituelle interieure qui lui demandait de dire non au meurtre organise de son semblable, son voisin, son cousin par alliance...
Akana eleve cette voix denoncant un negationnisme deplace du genocide des Tutsi au cours de cette 26eme Commemoration-anniversaire de ce terrible genocide. Ci appres l’appel.

Alors que nous commémorons le génocide contre les Tutsis, je demande aux Hutus de se rappeler que beaucoup d’entre nous étions dans nos maisons comme si ce que vivaient les autres ne nous concernait pas. Quand nous apprenions que la famille de tel ou tel a été tuée, certains parmi nous allaient piller les biens des Tutsis qui venaient juste d’être tués.

Vous les Hutus, permettez-moi de vous dire que nous n’avons pas tous tué mais il n’y a pas de différence entre toi et un interahamwe si aujourd’hui encore tu minimises le génocide. Nous évoquons parfois les personnes qui ont abrité et protégé des Tutsis. Mon père en a protégé beaucoup mais en vertu de quoi était-il dans la position de protecteur et pas dans celle de victime potentielle ?

Imaginez-vous ! Tu es rassasié, tu ronfles dans une maison alors que des petits enfants dans la brume, se cachent dans des grottes, des bananeraies ou des marais en attendant d’être tués le matin.

Alice Akana et feu son père Aloys Nsekalije, un membre éminent de la junte militaire qui prit le pouvoir au Rwanda en 1973, photo NKB

Regarde tout ce qui passe à cause du coronavirus alors que ce n’est qu’un virus ! Compare ça avec l’extermination d’une ethnie par une autre ! Penses-y, ne fuis pas, ne te justifie pas, sois courageux et assume. Si tu n’étais pas encore né ou que tu étais trop jeune à l’époque demande à tes aînés : tous les Tutsis étaient condamnés à mort pour le simple fait d’être né tutsi. Ils étaient torturés à mort par des personnes avec lesquelles elles avaient des liens de mariage et d’entraide et avec lesquelles elles avaient vécu en harmonie.

Les Hutus qui nient le génocide ou qui disent que les Hutus ont aussi été tués, font preuve de mépris, de cynisme et de méchanceté à moins que ce soit de l’ignorance. J’ai moi-même à une certaine époque, mis en avant que les Hutus avaient aussi été victimes et puis je me suis souvenu que nous étions dans nos maisons tandis que d’autres étaient pourchassés comme des animaux alors qu’ils étaient des Rwandais comme nous.

Les interahamwe ont entraîné l’ethnie des Hutus dans les tueries et depuis ils sont honteux et ridicules dans la justification de l’injustifiable.

Pourquoi tu pouvais manger alors que d’autres avait perdu l’appétit à cause de la peur ? Pourquoi tu t’endormais placidement alors que d’autres étaient dans des fossés ? Pourquoi tu devais les cacher alors qu’ils avaient des maisons et des familles ?

Il n’est pas étonnant que les interahamwe qui ont perpétré le génocide nient celui-ci mais please je supplie les Hutus qui ne se sont pas impliqués dans les tueries de penser, nous devons penser au chagrin, à la peur, aux orphelins, aux veuves, aux handicapés, à tout ce que les Tutsis ont subi parce qu’ils sont nés Tutsis. Et nous devons reconnaître que ce sont nos parents Hutus qui l’ont fait.

Nous parlons de 94, au moment du génocide quand les ethnies étaient toujours formalisées, ne venez pas nous dire que les ethnies n’existent plus.

J’ai encore du mal à comprendre pourquoi la commémoration du génocide des Tutsis posent plus de difficultés à certains que de courir les rues en appelant à leur extermination. Je vous rappelle que les interahamwe chantaient le mot génocide à l’époque mais aujourd’hui c’est incompréhensible qu’ils aient des difficultés à le prononcer.

Que Dieu continue de veiller sur ceux qui ont perdu les leurs, que ceux-ci reposent en paix. Que Dieu viennent en aide aux interahamwe et à tous ceux minimisent encore le génocide pour qu’ils aient l’humanité de reconnaître humblement ce qui s’est passé, de le comprendre et de le combattre pour que ça ne reproduise jamais.

*Le texte original en Kinyarwanda a ete traduit par NKB/ Nouvelles Kigali Bruxelles qu’il a publie le 14 avril 2020.


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