Akana Alice Nsekalije : Une question de conscience ; "nous étions au chaud quand les Tutsi étaient pourchassés"

Redigé par IGIHE
Le 11 avril 2021 à 01:06

Akana Alice Nsekalije, fille du Colonel Aloys Nsekalije, l’un des militaires haut gradés qui ont porté au pouvoir le Gén. Juvénal Habyarimana (1973-1994), se souvient des jours apocalyptiques d’Avril à juillet 1994, aux temps forts du génocide où les Tutsi, enfants, femmes et adultes étaient pourchassés comme des animaux sauvages. Elle se révolte contre cette situation où beaucoup de Hutu avaient perdu l’humanité. Suivez son cri rebelle ci après

En ces moments où nous nous remémorons du génocide perpétré contre les Tutsi, je demande aux Bahutu de se souvenir que nous nous étions bien au chaud dans nos maisons. Nous nous disions que nous n’étions pas concernés par ce qui se passait sous nos yeux. Il arrivait même que nous entendions que chez un tel, on a tué toute la maisonnée, et certains d’entre nous osaient même sortir de chez eux pour aller piller ladite habitation.

Permettez-moi que je vous dise, gens de l’ethnie Hutu ; nous n’avons pas tous tué. Mais si aujourd’hui, vous trempez dans le négationnisme de ce génocide, vous n’êtes pas différents des Intérahamwe. Nous disons que nous avons caché des Tutsi qui étaient pourchassés. Même mon père en a caché plusieurs. Mais alors nous ne nous posons pas la question du pourquoi nous étions dans cette position de cacher et non d’être tués.

Réfléchissez sérieusement ! Imaginez-vous ! Vous dormez tranquillement chez vous. D’autres petits enfants se cachent dans les trous, dans les bananeraies, dans les brousses et les roseraies. Entretemps vous vous avez mangé comme il faut et dormez d’un sommeil profond, non inquiétés. Ces autres petits enfants attendent d’être tués au petit matin.

Maintenant le coronavirus inquiète beaucoup les gens. Pense alors à une ethnie qu’on monte contre une autre et l’éliminer. Penses-y. Ne contourne pas cette question. Ne tente pas de t’expliquer. Ose regarder les choses en face. Si, en 1994, tu n’étais pas encore né ou si tu étais encore nourrisson, demande aux témoins oculaires. Tu verras que tout Tutsi était candidat à la mort par le fait qu’il était né Tutsi. Et d’une mort atroce. Il était tué avec sa famille.
Vraiment, un Hutu qui soutient qu’il n’y a pas eu de génocide ou qui prétexte que même les Hutu sont morts, cela relève du dénigrement, c’est de la criminalité suprposée à la première sauf pour celui qui ne connaît pas la vérité de ce qui s’est passé. Moi aussi à un certain moment j’avais à défendre une position pareille. Je me disais que les Hutu sont aussi morts. Mais subitement je me suis souvenu comment nous dormions tranquillement au moment où d’autres Rwandais comme nous étaient traqués comme des animaux.
Les Interahamwe ont entraîné notre ethnie dans la criminalité du meurtre de masse et les Bahutu osent avancer des explications qui ne tiennent pas le bout pour se disculper.

Essayez de vous poser des questions : Pourquoi étiez-vous tranquille chez vous au moment où d’autres étaient traqués ? Pourquoi mangiez-vous avec appétit au moment où les autres jeûnaient, terrassés par une peur atroce ? Pourquoi tu dormais d’un sommeil tranquille alors que les autres se cachaient dans des trous ? Pourquoi tu cachais ces fugitifs alors qu’ils avaient un chez-eux d’où ils étaient interdits ?

Au fond, les interahamwe n peuvent pas commettre le génocide et être incapables de le nier. Mais de grâce, vous les Bahutu qui n’avez pas trempé dans la criminalité de ce génocide, je vous supplie de réfléchir sur les graves conséquences causées par ce génocide sur les Tutsi : une grande tristesse traumatisante, une peur panique, l’état d’orphelin, de veuvage, des handicaps, .... Nous ne devrions pas nous sentir diminués de nous dire que tous ces malheurs qu’ont connus les Tutsi ont été causés par nos frères Hutus.

Je ne comprends pas pourquoi, en 1994, les Interahamwe couraient scandant..."génocidons-les". Est-ce que faire la mémoire de ce génocide est plus compliqué que cela ? Le génocide qu’ils ont commis, ils devraient s’en souvenir.Que Dieu continue à protèger les survivants qui ont perdu les leur au cours de ce génocide perpétré contre les tutsi en 1994. Que les disparus se reposent en paix. Mais aussi, que Dieu incruste dans la conscience des anciens Interahamwe et autres négationnistes, des sentiments humanistes d’humilité, de regret de ces crimes contre l’humanité et de lutte contre eux pour le "plus jamais le génocide".


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