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Génocide contre les Tutsi rwandais : aux assises, l’armure fissurée du bourgmestre
Publié le 29-06-2016 - à 08:49' par IGIHE

Octavien Ngenzi ne peut pas demander pardon et nier toute faute. Pour la première fois depuis le début de son procès pour génocide aux assises de Paris, l’ancien bourgmestre rwandais semblait mardi désemparé. Trop de sang, trop d’amis perdus.

L’accusé, d’habitude si volubile, bute sur les mots, se perd dans ses explications. Il nie toute participation aux massacres dans son village de Kabarondo, dans l’est du Rwanda, où des milliers de Tutsi ont été tués en avril 1994. Sa ligne de défense n’a pas changé, mais il apparaît soudain fatigué, désarmé.

Jugé depuis la mi-mai avec Tito Barahira, son prédécesseur à la tête du village, pour avoir été un "donneur d’ordres", cet homme de 58 ans risque la réclusion criminelle à perpétuité.

Il "supplie" la cour de ne pas retenir contre lui ce chiffre malheureux de 300 morts qu’il avait avancé pendant l’instruction, alors que les estimations des survivants tournent autour de 2.000 morts à l’église, où le pire massacre a été commis à Kabarondo. "Je ne les ai pas comptés", répète-t-il.

Il demande "pardon" à l’avocat de parties civiles qui lui rétorque que c’est aux victimes qu’il doit s’adresser. L’accusé hésite, se tait.

- ’Incapable’-

Depuis le début du procès, il tente d’expliquer son intenable position en 1994 : entre obligations et lâcheté. Son sentiment d’avoir failli sans être criminel. "Il se présente plus en victime qu’en coupable", a résumé mardi un psychologue, son "rejet de toute responsabilité l’exonérant de toute étude sur ses éventuelles motivations".

"Je n’avais plus de pouvoir, affirme l’accusé, mais mes attributions étaient toujours là, j’étais obligé de me déplacer".

Il ne va toutefois pas à l’église où "un massacre épouvantable vient d’être commis". Pourquoi ? demande Me Michel Laval, qui défend de nombreuses victimes, parties civiles au procès. "Je n’ai pas pu, je n’ai pas été à la hauteur, j’ai été un incapable", répond Ngenzi.

"Vous êtes quand même capable de prendre une initiative, celle d’enterrer les morts", rétorque l’avocat, rappelant que le bourgmestre a recruté des villageois pour enfouir les corps.

"J’étais seul, souffle Ngenzi. Si j’avais eu quelqu’un comme vous pour m’appuyer, j’aurais peut-être fait autre chose. Aucun bourgmestre, même ceux qui ont été acquittés, n’a pu empêcher la mort de ses concitoyens".

"Vous n’avez à aucun moment cherché à savoir qui étaient les victimes, ces femmes, ces enfants jetés dans la fosse. Vous vous êtes comporté comme un bourreau", tonne Me Laval. La voix de l’ancien fonctionnaire se brise. Lui aussi aurait préféré les enterrer "comme un être humain", répète qu’il a fait ce qu’il a pu.

Mais "vous ne pouvez vous prévaloir d’avoir sauvé personne", remarque Me Loïc Padonou. Au contraire, rappelle l’avocat de parties civiles, plusieurs témoins le situent sur les lieux de massacres ou au côté de tueurs.

Octavien Ngenzi est visiblement malheureux à l’évocation du nom de ses anciens administrés venus l’accuser, d’amis perdus "pour toujours" en ce mois d’avril.

Le cas le plus emblématique est celui d’Oscar Kajanage : ce paysan tutsi, ami d’enfance de Ngenzi, tient le bourgmestre pour responsable de la mort de toute sa famille, raflée au village et jamais revue.

"Comment voulez-vous qu’Oscar Kajanage me pardonne ? Pardonne à quelqu’un qui était l’autorité (...) et qui n’a servi à rien", regrette l’ancien fonctionnaire.

Sans illusion sur cette "amitié qui s’est terminée", il espère encore "soulager" celui qui fut son ami. "Peut-être maître, lance-t-il à Serge Arzalier, l’avocat de Kajanage, pouvez vous faire quelque chose pour moi : parler à Oscar, sans lui parler de moi car cela va raviver sa colère, mais petit à petit, l’aider à dépasser les choses". Car, pense-t-il, il n’y a "pas de vie sans espoir".

Le verdict est attendu le 6 juillet.

Avec RFI


Kwamamaza
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