Primaire de la gauche : un duel Hamon-Valls sans acrimonie

Publié par Jovin Ndayishimiye
Le 26 janvier 2017 à 11:51
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Le duel télévisé entre Benoît Hamon et Manuel Valls a exposé mercredi 25 janvier au grand jour les profondes divergences de fond entre les deux finalistes de la primaire organisée par le PS, autour du travail et de la laïcité notamment, mais dans un climat plutôt apaisé. Selon l’institut Médiamétrie, 5,5 millions de spectateurs ont regardé le débat diffusé simultanément sur France 2 et TF1.

D’un côté, Benoît Hamon, tenant d’une gauche capable de proposer « un futur désirable, propulser un imaginaire puissant », grâce notamment à son revenu universel d’existence qui a encore focalisé une partie de ce débat de l’entre-deux-tours diffusé par TF1, France 2 et France Inter.

De l’autre, Manuel Valls, en position de challenger (31,48%) derrière son ex-ministre de l’Education (36,03%), et à l’offensive pour défendre une gauche « crédible », désireuse de « ne pas créer d’illusion ».

Mésentente cordiale

On attendait un match de boxe, on a eu un duel à fleurets mouchetés. Manuel Valls n’a pas tenté de rattraper son retard en cognant très fort sur Benoît Hamon. Après les joutes violentes des derniers jours, le face-à-face, vif sans être virulent a tourné à la mésentente cordiale, résumant la fracture idéologique qui traverse le camp socialiste à trois mois de l’élection présidentielle.

Le thème du travail, qui a ouvert la soirée, a donné le ton pour la suite. « Je ne veux pas d’une vision disant au fond le travail disparaît, on s’y résout, et après tout on partage », a lancé Manuel Valls dès les premières minutes, accusant son adversaire de porter « un message de découragement » et « d’abdication » sur le chômage avec sa proposition d’un revenu universel.

Benoît Hamon, qui défend notamment la semaine de 32 heures, a souligné son « désaccord important avec Manuel Valls », lui reprochant de n’avoir à opposer aux « études » sur l’impact du numérique sur le travail que sa « foi » et sa « croyance ».

Travail et laïcité en pommes de discorde

« Sauf à être dans la société médiatique, de penser que tout se fait en un claquement des doigts, pour le revenu universel il faudra plusieurs étapes », a ainsi cinglé Benoît Hamon, qui a aussi plaidé pour des investissements importants en matière de transition énergétique, quitte à aggraver les déficits.

« On négocie avec les banquiers, pas avec la nature », a-t-il répété. « L’option politique que je propose, ce n’est pas de dire que ce qui va peser sur l’avenir de mes filles, c’est la dette. »

Les désaccords se sont poursuivis aussi sur le thème de la laïcité, en particulier sur la question du voile. « Là où une femme décide librement de porter le foulard islamique, et il en existe, peu importe ce que nous pensons, au nom de la loi de 1905, elle est libre de le faire, et moi je veux lui assurer cette liberté », a plaidé Benoît Hamon, qui a subi plusieurs attaques en début de semaine sur le sujet.

« Notre rôle, c’est n’est jamais de stigmatiser. Mais c’est de dire à ces femmes et ces jeunes filles, qui vivent cet ordre machiste que nous sommes là pour les aider à s’émanciper », a exposé de son côté Manuel Valls, après avoir taxée cette semaine d’ « ambiguë » la position de Benoît Hamon sur l’islamisme radical.

« Respecter les règles »

Les échanges ont montré les différences de fond entre les deux candidats. Mais aucun n’a franchi la ligne rouge même s’ils ont cherché à marquer des points. « Moi, je respecte les règles, d’ailleurs j’ai toujours respecté les règles ce qui n’a pas toujours été le cas de Benoît au cours de ces deux dernières années », a lancé Manuel Valls. « Respecter les règles, c’est commencer par respecter les programmes sur lesquels on est élu », a rétorqué Benoît Hamon.

Pas sûr que ce débat ait fait bouger les lignes mais chacun s’est au moins engagé à soutenir le vainqueur. Ce débat suit 72 heures d’échanges tendus entre les deux hommes, avec un Manuel Valls à l’offensive pour rattraper son retard.

Les voix des électeurs d’Arnaud Montebourg, qui visitera avec Benoît Hamon une entreprise innovante vendredi 27 janvier à Paris, seront déterminantes. De même que celles des sympathisants de gauche qui n’ont pas été voter au premier tour.

L’identité du vainqueur de cette primaire, dont la participation a été jugée assez moyenne (1,65 million de votants, selon le pointage définitif) aura aussi d’importantes conséquences sur les rapports de force avec Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Et sans doute sur l’avenir du PS et son positionnement futur.


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