Ne pas brûler le Congo…

Publié par Jovin Ndayishimiye
Le 20 décembre 2016 à 02:02
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Surveillés. Cadenassés par les contrôles policiers. Verrouillés par le dispositif militaire. Les Congolais, en ce jour fatidique du 19 décembre, ont préféré rester chez eux, et pour ce mardi, on verra.

Mais la pensée, elle, est demeurée libre et de tous nos contacts, quelques évidences resurgissent : si les Congolais sont attachés au respect de la Constitution, s’ils soutiennent l’idée de l’alternance, du changement, en espérant davantage de justice sociale et une meilleure répartition des richesses, ils ne sont pas pour autant disposés à « brûler leur pays », à jouer la carte du pire. Et surtout pas au bénéfice de politiciens qu’ils tiennent en piètre estime.

C’est que la mémoire du peuple est implacable : elle rappelle que les pillages de 91 détruisirent des milliers d’emplois, que les deux guerres du Kivu entraînèrent des millions de morts, que les multiples rébellions se soldèrent par plus de destructions que d’avancées et qu’en définitive, ce sont toujours les mêmes puissants qui tirèrent profit des sacrifices du « petit peuple »…

Les Congolais savent aussi qu’en face, mandat terminé ou pas, Joseph Kabila demeure le maître du jeu. Silencieux, mais rusé, implacable, n’hésitant ni à éliminer ses adversaires ni à les manipuler. Avec ce pouvoir-là, qui dispose d’appuis régionaux non négligeables et de quelques cartes secrètes, le rapport de forces demeure plus qu’incertain…

Au lieu de l’affrontement frontal, force sera donc de poursuivre la négociation, d’accentuer les pressions, et aussi, de manière réaliste, de garantir l’avenir de cet homme encore jeune pour le jour où il quittera le pouvoir.

Car la stratégie de la tension, telle qu’elle semble avoir été menée jusqu’à présent, encouragée par l’Occident, risque bien de se solder par un échec : les Congolais savent qu’un basculement brutal risque de mener au chaos , à un retour à une « case départ » pire encore que les frustrations et les espoirs déçus d’aujourd’hui.

La médiation des évêques n’est pas terminée et elle demeure la seule issue raisonnable, économe en vies humaines et porteuse d’espoir. Si elle devait déboucher sur un calendrier électoral, retardé certes, mais crédible, sur une transition apaisée, ce serait pour le Congo le meilleur des cadeaux de Noël. Puisque désormais le pape François est entré dans le jeu, pourquoi ne pas croire aux miracles ?


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