Les Iraniens ne digèrent toujours pas le décret Trump sur l’immigration

Publié par Olga Ishimwe
Le 8 février 2017 à 08:52
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En publiant son décret anti-immigration interdisant l’accès au territoire américain des ressortissants de sept pays musulmans, Donald Trump a engendré frustration et humiliation chez les Iraniens.

La frustration qu’a provoquée le décret migratoire de Donald Trump chez la majorité des Iraniens paraît sans commune mesure avec celle qu’ont pu éprouver d’autres populations visées. Intitulé « Protéger la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux Etats-Unis », le décret pointe les ressortissants de sept pays musulmans et les réfugiés en provenance de ces pays. Entré en vigueur dès sa signature le 27 janvier, il renvoie à une loi de 2016 dans laquelle les sept pays en question sont considérés comme des pays à risque : le Yémen, la Libye, l’Irak, la Syrie, la Somalie, le Soudan et l’Iran.

Pour de nombreux Iraniens, le fait de voir leur pays considéré ainsi et, de surcroît, placé au rang des pays où le terrorisme jihadiste fait rage, est dur à digérer. On sait avec quelle véhémence l’initiative de Trump a été dénoncée partout dans le monde et jusqu’au sein même de l’administration américaine. Les opposants ont largement exposé leurs arguments. Mais on a rarement entendu parler de l’humiliation qu’a pu engendrer ce décret chez les populations concernées.

Humiliation mal digérée

Pour ce qui est des Iraniens, la première chose que l’on peut dire est que ce décret a poussé une partie des opposants iraniens, et plus généralement, de la population mécontente aussi bien en Iran qu’à l’étranger, à une certaine solidarité avec le régime. Cette solidarité inattendue est aujourd’hui palpable parmi la diaspora iranienne aux Etats-Unis. Depuis la révolution islamique de 1979, l’administration américaine avait toujours évité de mettre dans le même sac l’ensemble de la population et les dirigeants iraniens. A vrai dire, le décret de Trump a profité aux durs du régime qui n’ont jamais caché leur hostilité envers le rapprochement avec les Etats-Unis.

Depuis des années, les autorités iraniennes ont réussi à organiser des lobbies dans les pays occidentaux, et plus particulièrement aux Etats-Unis, pour défendre leurs intérêts et propager une image tolérable de la République islamique. Le National Iranian American Council (NIAC) est l’un d’entre eux. Basé à Washington D.C., cette organisation est très active parmi les Irano-Américains dont le nombre dépasserait maintenant le million et demi.

Les activités du NIAC en faveur du régime iranien ont été à maintes reprises dénoncées par les opposants. Avec l’entrée en vigueur du décret de Trump qui, d’une part, identifie sans ménagement tous les Iraniens à la République islamique et, d’autre part, fait preuve, par ricochet, de complaisance à l’égard de certains pays arabes de la région en conflit avec l’Iran comme l’Arabie saoudite, il faudra s’attendre à ce que ce genre de lobbies prospère davantage aux Etats-Unis.

Un décret qui profite aux durs du régime

Dans un communiqué daté du 28 janvier, le ministre iranien des Affaires étrangères a qualifié d’insultante l’initiative de Trump et a décidé d’appliquer la réciprocité. Il a fait, ainsi que le faisait le gouvernement d’Obama concernant les Iraniens, «  la différence entre les Américains et les politiques hostiles de leur gouvernement » envers la République islamique d’Iran. Il n’a pas tardé, dans une série de tweets, à considérer le décret de Trump comme «  un merveilleux cadeau fait aux extrémistes et à leurs soutiens », allusion, sans doute, à l’Arabie saoudite et ses alliés arabes du Golfe persique.

On connaît les réactions de grandes figures du cinéma iranien comme, par exemple, Asghar Farhadi, qui a refusé de se rendre à la cérémonie des Oscars. Le manque de finesse de Donald Trump n’échappe à personne, et on le voit à l’œuvre non seulement dans ses discours mais aussi dans son action politique. Au vu de son parcours personnel et des anecdotes sur sa vie publique qui fleurissent sur internet, il semble incapable de mesurer les dégâts qu’une humiliation de cette ampleur peut provoquer chez les populations des sept pays en question.

Une communauté désemparée

Les Iraniens des Etats-Unis font partie des communautés qui ont produit, dans l’histoire de ce pays, bon nombre de citoyens illustres. A titre d’exemple, Azita Raji, analyste financière et banquière américaine, a été nommée en octobre 2014 ambassadrice des Etats-Unis en Suède. Obama avait plusieurs conseillers d’origine iranienne comme Sahar Norouz-zadeh, Valireza Nasr. Près de 80 chercheurs iraniens travailleraient à la NASA. Christiane Amanpour fait partie des journalistes les plus reconnus et récompensés de la télévision américaine. On pourrait continuer la liste et citer, entre autres, des scientifiques, des universitaires, et même des littéraires de haut niveau. Nul doute que cette diaspora ne restera pas longtemps les bras croisés sans réagir.

Cependant, il nous faut aussi voir le revers de la médaille : depuis l’instauration de la République islamique, l’Iran n’a jamais cessé de perdre de son prestige international. Encore à titre d’exemple, selon Henely and Partners, société mondiale de conseil en matière de citoyenneté et de résidence qui évalue chaque année la fiabilité des passeports de tous les pays du monde, le passeport iranien se situe actuellement au 91e rang en termes de crédibilité. Il est au même niveau que les passeports de pays comme le Soudan et l’Erythrée.

Avec rfi.fr


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