La face cachée de la communauté internationale.

Redigé par IGIHE
Le 21 février 2016 à 06:25
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Le génocide des Tutsi du Burundi arrive à sa phase critique. La quasi-totalité des jeunes Tutsi entre 13 et 40 ans ont été atrocement exterminés dans tout le pays ; les fillettes tutsikazi en bas âge sont régulièrement violées ainsi que leurs aînées et leurs mères, puis effroyablement torturées et assassinées ; les habitations des Tutsi en ville comme en campagne sont chaque jour incendiées avec le mobilier et les effets. Destruction physique, destruction biologique et psychologique, destruction matérielle et économique, destruction morale et culturelle, tels sont les desseins diaboliques du régime Nkurunziza depuis plus de dix ans. Les auteurs de ce calvaire sans fin de tout un peuple sont clairement identifiés. Il s’agit de l’oligarchie au pouvoir et de la garde personnelle de Monsieur Nkurunziza, du parti CNDD-FDD, de la partie de la police et de l’armée gagnée à la cause du génocide, des interahamwe (génocidaires de 1994 au Rwanda) venus spécialement de la RDC pour la besogne, et de la milice hutu imbonerakure affiliée au parti, entrainée à l’art militaire à cet effet et fanatisée à outrance. La stratégie du crime et les moyens sont assurés par certaines puissances avec en première ligne la France.

L’attitude de la communauté internationale face à ce drame qu’elle a vu venir sans s’en émouvoir outre mesure est tout aussi sans équivoque et répréhensible. Elle a affiché une indifférence proclamée et un mépris souverain du Tutsi qui se meurt.

Les hyènes de l’Union Africaine

L’Union Africaine, dont il était attendu le secours de la population civile massacrée, a surpris en passant allègrement dans l’autre camp, celui de l’exterminateur. Non seulement elle n’est pas intervenue pour prévenir le crime des crimes ou à tout le moins l’arrêter lorsqu’il était devenu une réalité, mais en plus elle a promis à Nkurunziza l’assistance dont il aurait besoin dans sa besogne, s’il en exprimait la nécessité (voir le même auteur, Le génocide de 2015 des Tutsi du Burundi et l’Union Africaine, La tempête autour de la MAPROBU).

Donald TRUMP, candidat aux présidentielles américaines de 2016, ne s’en est toujours pas remis et propose ni plus ni moins la recolonisation de cette Afrique entre les mains d’un gang de chefs d’Etat « sans cœur humain », qu’il a comparé à des hyènes. Cela m’a rappelé le cannibalisme hutu qui se développe dans certains quartiers de Bujumbura (Buyenzi, 24ème avenue, où un restaurant sert depuis des mois de la chaire tutsi) et peut-être dans le reste du pays. Le scandale a éclaté, mais on n’en connaît pas encore l’ampleur. Il n’est pas en effet possible de savoir ce qui se passe exactement, les médias, la société civile, les observateurs libres nationaux et étrangers, ayant été tous saccagés ou pourchassés par le pouvoir sanguinaire de Bujumbura. Tout ce que l’on peut affirmer avec certitude est que des milliers de jeunes Tutsi ont disparu et continuent à disparaître chaque jour par centaines pour ne plus être retrouvés, arrêtés par la police de la garde présidentielle et par les imbonerakure. Il est probable que les corps des suppliciés sont répartis entre les fosses communes et les restaurants de la honte hutu tenus par des imbonerakure.

L’ONU flirte avec le gouvernement en plein génocide

L’ONU, au lieu d’arrêter d’abord par la force les tueries qui se poursuivent, et parler ensuite seulement des enquêtes et des responsabilités, ne surprend pas moins en sollicitant de se joindre au Gouvernement de Bujumbura s’il décide d’enquêter sur les exactions de ces derniers mois de crise. Comme si ce gouvernement était pressé à enquêter, comme s’il était hors de cause à l’égard des crimes commis, comme s’il était moralement en mesure de diligenter une enquête indépendante et impartiale. L’ONU feint d’ignorer le rôle criminel de la clique qui règne sur le Burundi, mais elle sait très bien à qui elle a affaire. L’ONU et le Conseil de Sécurité ne sont ni naïfs ni légers, ils ont suivi, l’un et l’autre et pas à pas, par le Secrétaire Général interposé, tout le processus qui a conduit au génocide qu’endurent les Tutsi depuis bien avant avril 2015. Ils deviennent même, de ce fait et en n’organisant pas une intervention de protection des civils assassinés chaque jour, et surtout en continuant à caresser un régime honni dans le sens du poil, de véritables complices du génocide en cours et devront le moment venu s’en expliquer !

En tout état de cause, tous les Tutsi et tous les amis de ce peuple meurtri doivent se lever et dénoncer le crime de l’ONU et de son Conseil de Sécurité, en leur rappelant que toute démarche qui n’implique pas de leur part une intervention armée et sans délai en vue d’arrêter les coupables et de mettre fin au carnage qui a trop duré, relève de l’hypocrisie et du même mépris pour le peuple tutsi exterminé sans la moindre défense depuis maintenant dix mois par les Bahutu au pouvoir au Burundi.

L’East African Community préfère se faire oublier

L’East African Community a simplement démissionné devant ses obligations de solidarité communautaire, en se réfugiant derrière une médiation de façade et en étalant au grand jour l’immaturité politique et humaine qui mine l’Organisation.

Les Etats-Unis sur les traces de Clinton

La posture des Etats-Unis d’Amérique ne manque pas non plus d’intriguer dans cette affaire d’extermination des Tutsi du Burundi.

En août 2000, lorsque quelques négociateurs tutsi, dans un sursaut de lucidité, ont tenté de poser le problème du déséquilibre manifeste contenu dans le projet de l’Accord d’Arusha concernant la sécurité mutuelle des communautés antagonistes, Monsieur Clinton, le Président des USA d’alors, s’est joint à Monsieur Mandela pour taper du poing sur la table et exiger la signature immédiate du document, en balayant du revers de la main les préoccupations exprimées.

En 2006, les premiers actes de barbarie du régime Nkurunziza sont accomplis et n’ont jamais cessé depuis. 60 cadavres de militants bahutu et tutsi des partis FNL et MSD sont retrouvés mutilés, ligotés les uns contre les autres et leurs corps noyés dans la Ruvubu. Les imbonerakure venaient de signer leur premier grand exploit criminel. Ils ne s’arrêteront plus jusqu’aujourd’hui. Les assassinats d’opposants ou supposés tels, les viols sélectifs restés impunis des enfants, des écolières et des femmes tutsikazi partout dans le pays, la confiscation des terres des Tutsi sans la moindre référence aux lois de la République, la corruption érigée en règle de gouvernement et dirigée subtilement contre les Tutsi et contre leur business, la destruction méthodique de l’activité d’élevage du bétail chez les Tutsi, les tracasseries administratives diverses, etc. seront le lot quotidien des Tutsi du Burundi jusqu’au paroxysme du génocide d’avril 2015. Les autorités américaines n’ont jamais cessé d’être mises au courant, sous une forme ou une autre, de la situation et de son évolution, mais nous ne les avons à aucun moment entendu exprimer la moindre indignation face à cette violation répétée de la loi burundaise en général et des droits élémentaires de l’homme en particulier.

Le cas qui a le plus choqué est celui des étudiants tutsi et opposants bahutu cherchant refuge auprès de l’ambassade des USA à Bujumbura au mois de mai 2015, à un moment où la chasse à l’homme battait son plein et où leur vie était réellement en péril. Tout ce que nous savons de cet épisode, c’est que l’ambassade à verrouillé ses portes au nez des fugitifs, qui sont restés là pendant des mois sans rien, séchant sous le soleil accablant de Bujumbura et barbotant dans la boue des pluies diluviennes des tropiques. La police viendra les disperser sans ménagement, pour ensuite les pourchasser dans les villages et les quartiers. A l’heure où nous écrivons ces lignes, beaucoup d’entre eux sont morts entre les mains des imbonerakure et dans les conditions de tortures que l’on connaît. L’Etat américain du vieux Clinton n’a élevé la moindre protestation qui nous soit parvenu, ni à l’époque de la demande de secours ni après la dispersion brutale de ces jeunes en détresse.

Un autre repère d’inquiétude puisqu’on ne peut pas tout relever dans un papier aussi bref, c’est la récente accusation portée contre le gouvernement du Rwanda selon laquelle ce dernier entraînerait des combattants burundais en vue de déstabiliser le pouvoir de Bujumbura. Nous sommes aujourd’hui dans le onzième mois de génocide sur fond d’horreurs contre les Tutsi du Burundi par le pouvoir sanguinaire de Nkurunziza. Les imbonerakure, après des mois d’exécution sommaire des jeunes Tutsi, de torture et de décapitation, d’émasculation, d’empalement des femmes, d’entassement des corps dans des charniers, d’incendies volontaires des habitations des Tutsi et de leurs effets, en sont aujourd’hui au charcutage des corps pour de copieux repas dans les restaurants « spécialisés » de la capitale et probablement dans les auberges du reste du pays. Le scandale a éclaté au grand jour dans un restaurant de Buyenzi, 24ème avenue, ce vendredi 12 février 2016.

Ce qui est d’abord remarquable, c’est que les autorités américaines ont gardé un mutisme imperturbable devant cette terrifiante barbarie, étalée dans le temps et dans l’espace, et qu’elles ne sont subitement montées au créneau que pour dénoncer un hypothétique entraînement assuré par le Rwanda, qui aurait eu lieu il y a neuf mois, et qui aurait été renseigné par des supposés participants à ces exercices. Outre que la sélection des interviewés et du matériel à conviction ainsi que le temps écoulé laissent peu de place à la vérification objective des allégations, il est étonnant que les responsables américains choisissent de se manifester pour un tel fait, passant sous silence les monstruosités qui se commettent à Bujumbura. Veulent-ils finalement faire comprendre que le génocide qui se poursuit au Burundi – avec les horreurs qui l’accompagnent et que l’on connaît – est moins préoccupant que les entraînements qui se seraient passés il y a près d’une année, si même ils auraient eu lieu car le doute reste permis quant à la véracité du fait ? Les Américains donnent la désolante impression, en s’adonnant à un tel acharnement contre un pays qui a donné son hospitalité à tant de d’enfants et de mères terrorisés dans leur propre pays, de chercher à détourner l’opinion sur le Rwanda afin d’aider les autorités burundaises à poursuivre et à dissimuler la tragédie qu’elles font endurer au peuple tutsi du Burundi. Les Etats-Unis ne devraient pas franchement en être fiers !

Le peuple tutsi prend acte

Encore une fois, les Tutsi du Burundi ne doivent pas se leurrer sur qui que ce soit. Ils ont seulement à prendre acte des agissements des uns et des autres, à redoubler d’efforts pour refuser la disparition et à compter d’abord sur ses propres forces. Les Tutsi sont un grand peuple avec une civilisation multimillénaire, il n’y a pas de doute qu’il gagnera cette autre guerre horrible qui lui est livrée, aidé des amis correctement identifiés

Avec Agence BUJUMBURA News


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