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La numérisation de la radio en Afrique avance en ordre dispersé

Publié par Olga Ishimwe
Le 14 février 2017 à 07:47
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La Journée mondiale de la radio de ce lundi 13 février donne l’occasion de faire le point sur la numérisation de l’outil radiophonique en Afrique. Si la migration vers le numérique se passe bien sur le plan des moyens de production, la diffusion – en cours de développement à l’heure actuelle en Europe - n’est pas près de voir le jour sur le continent.

« En Afrique, le meilleur moyen d’être en avance, c’est de commencer par être en retard ». Pour évoquer la question de la numérisation de la radio en Afrique, Alain Massé débute par cet aphorisme, clin d’œil échangé à l’issue d’une conférence sur le sujet qui s’est déroulée mardi 31 janvier dans le cadre du Salon de la Radio 2017, évènement annuel qui se tient à la Grande Halle de La Villette, dans le 19e arrondissement de Paris. Cet ancien directeur général délégué de Radio France, qui est également passé par RFI, connaît suffisamment bien le continent pour se permettre ce type de pirouette linguistique. « En fait, ce que je veux dire par là, précise-t-il, c’est qu’en Afrique, ils ont bénéficié de nos erreurs ».

Sans être comparable au bond technologique connu par la téléphonie mobile où l’on est parfois passé du néant à la 4G en l’espace d’une décennie dans certains pays du continent, la numérisation de la radio gagne partout du terrain en Afrique. Exemple parmi d’autres : la Guinée, pays où les premières radios privées ne sont apparues qu’en 2006, après une libéralisation des ondes. Sans se poser de question, les Guinéens ont tout naturellement adopté le format numérique. D’une façon plus générale « la migration vers le numérique s’est faite de façon beaucoup plus souple en Afrique que dans les pays du nord » note Alain Massé, désormais consultant audiovisuel à la tête de la société Vatim.

Transition en douceur

Alain Massé estime qu’il il faudra entre 20 et 30 ans pour passer au tout numérique. © Christophe Carmarans / RFI
Avant d’aller plus loin, marquons d’abord une pause technique pour bien identifier le sujet. Le saut vers le numérique comporte en effet deux étapes bien distinctes : les moyens de production d’un côté, le transport et la diffusion de l’autre. Comme dans la plupart des pays, c’est d’abord dans le secteur des moyens de production que la transition s’est faite, les radios s’équipant peu à peu de matériel numérique sans trop bousculer les habitudes de leurs personnels même si, comme le remarque notre interlocuteur, « culturellement, cela a été difficile pour certaines professions de passer de l’univers analogique à l’univers numérique ». En clair : passer des bandes magnétiques aux logiciels d’ordinateur, ce que l’on appelle « la dématérialisation des supports », n’a pas été du goût de tous, du moins pas dans un premier
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En ce qui concerne la deuxième étape, celle du transport et de la diffusion, elle sera évidemment beaucoup plus lente à mettre en place, d’autant que la technologie RNT (Radio Numérique Terrestre) n’est pas uniforme, entre le DAB+ utilisé principalement en Europe et en Extrême-Orient, et le DRM adopté pour le moment en Inde, au Pakistan et en Russie car moins coûteux à mettre en place et moins gourmand en énergie. Pour la forme, on évoquera aussi la HD Radio qui reste, elle, une exclusivité américaine. A l’heure actuelle, il n’y a guère qu’en Afrique du Sud où l’on procède à des tests en matière de RNT, sans pour le moment s’être arrêté sur le DAB+ ou le DRM. Pour être tout à fait complet, sachez qu’il existe aussi des technologies de transition comme le système Ménos utilisé à l’heure actuelle dans 22 pays arabes, système qui fait du transport de signal par Internet Protocol (IP), ce qui permet diviser les coûts par cinq.

Au vu du temps que met la RNT à se mettre en place ne serait-ce qu’en Europe, et particulièrement en France pour des raisons expliquées dans un précédent article, le passage au tout numérique n’est pas pour demain en Afrique ni même peut-être pour après-demain. Outre le coût des équipements à mettre en place sur de vastes territoires – car s’il peut diffuser jusqu’à 17 stations sur une même fréquence, la zone de couverture d’un émetteur RNT n’est pas supérieure à celui de la FM, c’est-à-dire environ 50 km – les auditeurs seront dans l’obligation d’acquérir un poste équipé pour recevoir du numérique, ce qui implique un coût (55 euros minimums à l‘heure actuelle en France), une problématique à prendre en amont, y compris avec les constructeurs automobiles (la voiture restant l’une des meilleures alliées du médium radiophonique).

Pas prêts pour le grand basculement

« La FM a encore de beaux jours devant elle pour au moins une vingtaine d’années, concède Alain Massé. Il est clair que c’est une question de temps et que le continent africain sera peut-être le dernier mais il va devoir migrer ». « Le ’switch-off’ généralisé vers le numérique en Afrique ne se fera que d’ici 20 à 30 ans, reprend-il. Mais il se fera car c’est un continent qui a une population très jeune et que la plupart sont désormais des ’digital natives’ », autrement dit des enfants du numérique.

En attendant le grand basculement, l’Afrique retire déjà les bénéfices de l’outil numérique, notamment au plan de l’archivage. Compte tenu des rigueurs climatiques (chaleur, humidité, intempéries), une grande partie du patrimoine africain qui était sur bande a été perdu. Cela ne sera pas le cas avec le numérique qui offre également l’énorme avantage du gain de place en termes de stockage.

Mais le passage à la production en numérique implique aussi des contraintes, voire des effets pervers. Nombre d’opérateurs par exemple se plaignent des mises à jour imposées par les fournisseurs, ce qui implique toujours une dépendance, doublée d’un surcoût, pour rester à la pointe de la technologie. Autre point non négligeable entendu à

La Villette, celui évoqué par Francis Ayrault, ancien directeur de diffusion à RFI et désormais consultant : l’aspect politique. « Sur le plan des libertés, l’arrivée du numérique en format DAB + pourrait entraîner un retour en arrière » prévient-il, avant d’illustrer ainsi son propos : « Comme me le confiait récemment un ami burkinabè, pour arrêter un multiplex numérique, ce sera facile : il suffira aux autorités locales d’appuyer sur un bouton. Pour arrêter une FM, c’est plus compliqué : il faut envoyer la police ou l’armée ». Un point de vue qu’il convient, aussi, de prendre en considération.

Avec rfi.fr


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