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Immigrés à Dubaï : "Ils nous sucent le sang"
Publié le 8-11-2012 - à 07:34' par IGIHE

Ils vivent dans 10m² ; des cafards sortent d’un paquet de riz. On peut voir une télévision dans un coin et un vieux frigo dans un autre. Des casseroles en aluminium pas cher sont rangées sous une table bancale. Sur l’un des trois lits superposés, on a empilé des couvertures. La climatisation est noircie, graisseuse et vieillotte.

Trois Egyptiens vivent dans cette pièce. L’un d’eux épluche des oignons pour le déjeuner ; un autre prépare du thé pour les hôtes et le troisième semble désespéré et en colère. "Nous avons de la chance, les autres sont six", ajoute l’un d’entre eux. Les "autres", ce sont des centaines de milliers d’Indiens, Pakistanais, Bengalis et Africains qui vivent à Sonapur.

Le silence est d’or

Vous ne trouverez pas Sonapur sur la carte. Il vaut mieux ignorer son existence, du moins c’est ce que les autorités de Dubaï ont dû penser. Oui, c’est Dubaï, et Dubaï ne veut pas montrer ses facettes sombres. Les gens qui vivent à Sonapur le savent. Le silence est d’or à Sonapur, ses habitants ont appris à se taire.

Tous ont dû donner leur passeport aux compagnies qui les louent et les font venir ici. Ils craignent tous de perdre leur job s’ils disent quelque chose aux journalistes. Ils ont les traits tirés ; l’expression de leurs yeux est la peur et le désespoir. Ils sont seuls, sans famille. Il n’y a absolument rien à faire dans ce bidonville bien visible de Sonapur.

Les gens qui sont là ont construit Dubaï ; ils construisent les hôtels où ils ne peuvent pas dormir, les maisons où ils ne pourront jamais habiter. Ils gagnent environ 1 200 dirhams par mois (environ 250 euros), qu’ils envoient pour une grande partie chez eux. Enfin, c’est mieux que ce qu’ils gagneraient à la maison, disent-il.

Pas le choix
Take Nadim Udin, un Bengali de 42 ans, témoigne. "Je suis venu il y a 6 ans ; je suis électricien maintenant. Je répare les écouteurs qu’ils distribuent dans les Emirats arabes". Il n’a pas de choix. "Je viens d’une pauvre famille et seul Dubaï nous délivre un visa de travail, et de nos jours, ce n’est même plus vrai."
Les gens qui se sont rassemblés autour de Nadim semblent avoir peur ; ils n’aiment pas voir leur ami parler aux étrangers. Tout le monde a peur, même le grand type du Ghana qui vit un peu plus loin. "Vous êtes la première femme que j’ai jamais vue dans ce camp. Cet endroit est horrible. Mais s’il vous plaît, n’écrivez pas mon nom, ma compagnie n’aime pas que je parle de ça."

Facette sombre de Dubaï

C’est vrai, pas seulement à Sonapur mais dans tout Dubaï. "Il vaut mieux ne pas en parler", dit l’un d’entre eux. "Vous devez faire attention dès que vous abordez ce sujet", dit quelqu’un d’autre. "Je ne veux pas que l’on publie mon nom", dit un troisième. Dubaï semble beau mais sous la surface tout n’est pas reluisant. Et il est préférable de ne pas en parler. "Si vous vous taisez, vous mangerez du miel", est une expression populaire dans la région du Golfe.

Mohamed al Mansuri, militant des droits de l’homme, ne s’est pas tu, il a parlé des injustices et de la démocratie. Il est en prison depuis juillet dernier. Personne ne sait où il est, de même que les dizaines d’autres prisonniers politiques. C’était la raison pour le Parlement européen de présenter une résolution le 23 octobre, dans laquelle il appelle les Emirats arabes unis (EAU) à respecter les droits de l’homme.

Les autorités des EAU étaient furieuses. Le porte parole du Conseil fédéral national (FNC) – l’equivalent du Parlement – a parlé de "fausses plaintes provenant du Parlement européen, qu’elles considèrent comme une interférence flagrante dans les affaires du pays."

Mensonges officiels

Au sujet des travailleurs étrangers, un autre problème soulevé par l’UE, le FNC a répondu en disant que "la main d’œuvre étrangère a été accueillie dans des conditions favorables, un domicile correct, un salaire correct et un environnement de travail humain." Il suffit de prendre un bus pour se rendre à Sonapur pour se rendre compte que c’est un flagrant mensonge.

Ahmed, un chauffeur de taxi pakistanais, ose parler, en sécurité dans son véhicule. "Ils auraient dû me rendre mon passeport après un an, mais ils ne l’ont pas fait. Si je me plains, ils vont me renvoyer et me mettre sur une liste noire." Ahmed travaille 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Si son supérieur trouve une cigarette dans sa voiture, il a une amende de 200 dirhams (43 euros). "Madame, ils nous sucent le sang, écrivez-le, s’il vous plaît."

RNW

Commentaires

ANDIKA ICYO UTEKEREZA KURI IYI NKURU

AMATEGEKO AGENGA IYANDIKA RY'IGITEKEREZO CYAWE:
Witandukira kubijyanye n'iyi nkuru; wikwandika ibisebanya, ibyamamaza cyangwa bivangura; wikwandika ibiteye isoni,
Wifuza kubona byihuse ibivugwa/ibisubizo ku gitekerezo cyawe, andika email yawe ahabugenewe.
Igitekerezo cyawe kigaragara nyuma y'isuzuma rikorwa na IGIHE.com
Ibi bidakurikijwe igitekerezo cyanyu gishobora kutagaragara hano cyangwa kigasibwa, Murakoze!