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Bénin : derrière l’explosion de la décharge d’Avamé, un drame de la misère
Publié le 15-09-2016 - à 14:07' par IGIHE

A Avamé, dans la commune de Tori, à 40 km de Cotonou, les populations sont encore meurtries. Des restes de vêtements, de chaussures ou encore de bassines calcinées témoignent du sinistre qui a endeuillé ce village de plus de 4 000 habitants, il y a une semaine. Jeudi 8 septembre en fin d’après-midi, une explosion sur un site d’incinération de produits avariés a fait au moins 16 morts et 92 blessés, selon un dernier bilan du ministère de l’intérieur.

Des centaines de personnes se sont ruées pour récupérer des sacs de farine de blé que venait de déverser une entreprise dans l’une des nombreuses fosses de la décharge. Après la dépose, l’entreprise a aspergé d’essence le chargement avant d’y mettre le feu et de repartir. Plusieurs personnes ont tenté d’éteindre les flammes pour récupérer les sacs de farine et les revendre à l’insu des autorités.

Le trafic dure depuis des années et apporte des revenus complémentaires à ces populations, majoritairement paysannes. Malheureusement, les flammes n’ont pas été totalement maîtrisées et la décharge a explosé alors qu’une centaine de personnes étaient présentes. Tout à l’intérieur de la fosse n’est plus que poussière blanche et suie.
« Affolement général »

C’est un choc pour Jean, agriculteur d’une trentaine d’années. Il travaillait alors dans son champ, à 500 mètres de la décharge à ciel ouvert – installée sur un domaine public de 5 hectares et gérée par la société Ama SARL – quand il a entendu cinq détonations semblables à des explosions de bombes. « Les choses sont allées très vite. C’était l’affolement général. Les gens courraient dans tous les sens et demandaient de l’aide », témoigne le paysan, qui ne nie pas être aussi un acteur de ce trafic de revente de produits avariés.

Comme ces dizaines de blessés, Jean a pour habitude d’aller extraire des sacs de riz, des cartons de cigarettes, des produits congelés ou encore de médicaments de la décharge pour le revendre à des établissements commerciaux. Il vient d’ailleurs de perdre un ami qui possédait une grande plantation d’ananas. « Il était totalement brûlé et demandait de l’aide. Je viens d’apprendre son décès », regrette-t-il avant de dénoncer le retard accusé par les sapeurs-pompiers pour sauver davantage de personnes. Ceux-ci seraient arrivés après que les populations ont évacué, elles-mêmes, à l’aide de motos, les blessés vers les centres hospitaliers d’Abomey-Calavi, de Cotonou et d’Ouidah. « Les routes sont en très mauvais état. Les sapeurs-pompiers n’auraient pas pu faire mieux », tranche un autre riverain. La commune de Tori, elle, ne possède pas un établissement hospitalier adéquat capable de prendre en charge efficacement des blessés brûlés, pour la plupart, au troisième degré. La commune fait partie des plus pauvres du pays et ne bénéficie pas non plus d’accès à l’électricité et à l’eau courante.

Pour un autre riverain, qui a requis l’anonymat, « c’est à cause de la misère que cette activité continue ». Le travail dans la décharge peut rapporter jusqu’à 100 000 francs CFA (environ 150 euros). C’est plus de deux fois le salaire minimum au Bénin qui est de 41 000 francs CFA (62 euros). Or la plupart des habitants d’Avamé vivent dans de mauvaises conditions sans revenu conséquent. Pour eux, les déversements de produits alimentaires ou électroménagers, qui arrivent trois ou quatre fois par mois, constituent une opportunité d’améliorer leur ordinaire.

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