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A quel âge faut-il mourir pour éviter de tomber dans la pauvreté ?
Publié le 9-01-2013 - à 14:21' par Atlantico.fr

Une vieille dame de 94 ans est mise à la porte de sa maison de retraite et toute la France s’émeut. Au-delà de ce fait divers, le débat du travail des seniors et du coût de la dépendance est plus que jamais d’actualité.

ATLANTICO : La France entière s’est émue de l’histoire d’une vieille dame de 94 ans qui a été mise à la porte de sa maison de retraite en raison d’impayés. En dehors des très riches, la vieillesse en France mène-t-elle nécessairement à la pauvreté ?

Hippolyte d’Albis : La pauvreté peut être appréhendée de deux façons. On se focalise souvent sur les revenus, qui sont mécaniquement plus faibles lors du passage à la retraite. C’est d’autant plus vrai pour les femmes de la génération de la personne que vous mentionnez.

Leurs revenus sont faibles car, en moyenne, elles ont peu participé au marché du travail et ont perdu leur conjoint. Cependant, il est plus pertinent de regarder le patrimoine.

En France, ce sont les ménages de 55-60 ans qui ont le patrimoine le plus élevé ; au delà, la richesse décroit avec l’âge. Il s’agit cependant d’un effet de génération, car si l’on suit une cohorte, on ne perçoit pas réellement d’appauvrissement avec l’âge.

En particulier, le taux de propriétaires s’accroit avec l’âge et atteint, en France, les 70% après 60 ans. Au total, on ne peut pas dire que la vieillesse a jusqu’à présent nécessairement mené à la pauvreté. Il ne reste pas moins qu’il existe toujours des situations dramatiques pour certaines personnes âgées qui ne devraient pas être tolérées dans nos économies avancées.

Anne-Marie Guillemard  : La vieillesse ne mène pas nécessairement à la pauvreté mais elle y mène de plus en plus sûrement et les trentenaires actuels sont voués, sauf exceptions, à une vieillesse pauvre si rien ne change.

Notre système de retraites est, dans le monde entier, l’un de ceux dans lequel on contribue le plus longtemps. Cela ne serait pas problématique si les moins de 25 ans étaient plus présents dans l’emploi ou que les trentenaires étaient plus stables professionnellement, alors qu’ils mettent en moyenne six ans à trouver un emploi stable.

Cette insertion très lente et précaire dans l’emploi ne peut mener qu’à des travailleurs qui, une fois à l’âge de la retraite, bénéficieront de versements tronqués.

Depuis la réforme de 2003, il est évident qu’il y a une progression du risque d’appauvrissement de la vieillesse, ajoutez à cela le gel des retraites et l’augmentation du cout de la vie, en découle naturellement une baisse du pouvoir d’achat.

La situation n’est d’ailleurs pas près de s’améliorer à la suite des mesures récemment prises par le gouvernement socialiste que sont notamment l’alourdissement fiscal pour les retraités et l’affectation des emplois de service dont les personnes ont vraiment besoin et qui étaient un gisement d’emploi important tant que les plus de 70 ans y trouvaient un avantage préférentiel, ce qui n’est plus le cas.

Face à l’évolution actuelle du rapport entre la fiscalité et les retraites, existera-t-il une alternative au travail autre que la mort pour les générations futures ?

Hippolyte d’Albis  : Personne ne souhaite la disparition des plus âgés, car avant d’être une catégorie démographique, ce sont nos parents et grands-parents. Le vieillissement de la population entraîne un accroissement de la part des inactifs dont la consommation et les besoins spécifiques, notamment en santé, sont financés par les actifs.

Pour maintenir un système de protection décent, il n’y a pas tellement d’autre alternative que d’accroître la richesse produite via le nombre d’actifs et leur productivité.

Cependant, au contraire de la fiscalité, l’activité économique ne se décrète pas par le gouvernement ou le parlement. Elle est le résultat d’efforts collectifs et constants en matière d’innovation et d’éducation principalement.

Les choix politiques en matière fiscale ou de retraite concernent plutôt le niveau de la redistribution que l’on souhaite envers les plus pauvres et les plus fragiles.

Anne-Marie Guillemard : Tout le problème est de savoir s’il y a de l’emploi pour les personnes d’âge élevé car en France les chiffres montrent qu’un travailleur est considéré comme vieux ou disons "demi vieux" à 45 ans.

C’est l’âge à partir duquel il est avéré que les DRH hésitent à promouvoir ou à former un travailleur, qui est donc considéré comme étant à mi carrière, sur la pente descendante.

Cela témoigne du fait que nous ne sommes absolument pas dans une logique d’allongement de la vie professionnelle alors que celle-ci devrait aller de pair avec l’augmentation de l’espérance de vie.

A l’inverse, la France voit ses jeunes rentrer de plus en plus tard sur le marché du travail à cause de l’allongement de la formation et en sortir proportionnellement plus tôt par rapport à leur durée de vie moyenne.

L’âge de sortie actuel dans le régime général des retraites est de 59 ans alors que la liquidation de retraite est de presque 62 ans, ce qui entraine naturellement des périodes de précarité et entraine un meilleur accès au marché du travail pour certains seniors.

Quelles solutions peut-on imaginer pour lutter contre le paradoxe entre la perception sociale négative des seniors et la nécessité pour eux d’un accès accru au marché du travail ?

Hippolyte d’Albis  : La perception négative que certains peuvent avoir des seniors trouve notamment ses racines dans la volonté de lutter contre la baisse de la fécondité, qui en France a été observée bien avant les autres pays Européens.

Le retentissement à la fin des années 1970 d’un ouvrage tel que "La France ridée" en est une illustration. Il est également vrai qu’en France le taux d’emploi des séniors, et plus précisément des 55 ans et plus, est plus faible que dans d’autres pays.

Pourtant, une enquête récente de la DARES auprès des entreprises du secteur marchand, a montré que les plus de 50 ans bénéficiaient d’une très bonne image en interne, du fait de leur savoir-faire mais aussi de leur dynamisme.

Le paradoxe est donc plutôt que malgré la perception positive dont ils jouissent auprès des entreprises, leur employabilité est faible. Se priver des compétences des séniors est une véritable perte pour l’économie française.

Anne-Marie Guillemard : C’est un problème très grave qui implique l’extrême nécessité d’allonger le travail qui est la seule solution pour le financement des retraites.

Cela est encore plus vrai dans le cas d’une population vieillissante car il y a là un double dividende, si vous prolongez votre activité, vous aurez moins de pension à verser et recevrez plus de contribution de la part de ceux qui sont encore dans le travail.

Sur ce sujet, la France est notoirement en retard et progresse moins vite que la Finlande ou les Pays-Bas qui sur la période 1996-2011 ont respectivement augmenté leur taux d’emploi des 55-65 ans de 65% et 80% pour une France à moins de 50%.

Commentaires

ANDIKA ICYO UTEKEREZA KURI IYI NKURU

AMATEGEKO AGENGA IYANDIKA RY'IGITEKEREZO CYAWE:
Witandukira kubijyanye n'iyi nkuru; wikwandika ibisebanya, ibyamamaza cyangwa bivangura; wikwandika ibiteye isoni,
Wifuza kubona byihuse ibivugwa/ibisubizo ku gitekerezo cyawe, andika email yawe ahabugenewe.
Igitekerezo cyawe kigaragara nyuma y'isuzuma rikorwa na IGIHE.com
Ibi bidakurikijwe igitekerezo cyanyu gishobora kutagaragara hano cyangwa kigasibwa, Murakoze!