De Juba à Goma, la fuite des soldats perdus de Riek Machar

Redigé par AFP
Le 26 octobre 2017 à 03:33

"Nous sommes enfermés" : Le "général" rebelle du Soudan du Sud, Dhiling Keah, commande une armée de plusieurs centaines de soldats démobilisés qui tournent en rond loin de chez eux, dans un camp à l’écart de Goma, dans l’est de la RDC.
En juillet 2016, le "général" et ses troupes combattaient à Juba avec l’ex-vice-président Riek Machar contre les forces gouvernementales du président Salva Kiir, avant de battre en retraite à pied sur des centaines de kilomètres jusqu’en République démocratique du Congo. (...)

"Nous sommes enfermés" : Le "général" rebelle du Soudan du Sud, Dhiling Keah, commande une armée de plusieurs centaines de soldats démobilisés qui tournent en rond loin de chez eux, dans un camp à l’écart de Goma, dans l’est de la RDC.

En juillet 2016, le "général" et ses troupes combattaient à Juba avec l’ex-vice-président Riek Machar contre les forces gouvernementales du président Salva Kiir, avant de battre en retraite à pied sur des centaines de kilomètres jusqu’en République démocratique du Congo.

Quinze mois plus tard, cet homme de 37 ans, qui serait un cousin de Riek Machar, exerce son autorité sur des rebelles désarmés et désoeuvrés.

Les anciens combattants sont nourris et vêtus par la Mission des Nations unies en RDC (Monusco), dans ce camp de Munigi, à une dizaine de kilomètres de Goma, sur les hauteurs qui surplombent le lac Kivu.

Assis sur un talus, derrière des grilles, une dizaine de Sud-Soudanais emmitouflés dans des anoraks et des blousons regardent passer les véhicules qui montent vers le parc national des Virunga, le volcan Nyiragongo, voire les territoires de Masisi et Rutshuru, fiefs de groupes armés congolais, bien actifs ceux-là.

A l’intérieur, d’autres tuent le temps comme ils peuvent : parties de cartes, dominos, football, minuscule salle de télévision installée dans un conteneur.

Au total, plus de 400 Sud-Soudanais vivent sous une trentaine de tentes. Des ex-combattants mais aussi des civils et des mineurs. Des Noer en majorité mais aussi d’autres ethnies.

Deux églises ont été improvisées sous des tentes, l’une pour les chrétiens (70% du camp), et l’autre pour les fidèles du prophète noer Ngundeng Bong.

Dans sa propre tente qu’il partage avec une demi-douzaine de ses compagnons d’armes, le "général" Dhiling Keah a disposé des chaises au pied des lits de camp pour recevoir la première équipe de journalistes qu’il autorise à visiter l’endroit.

De taille moyenne, ce doyen des rebelles raconte l’enfer de la fuite avec Riek Machar et ses hommes.

La chaleur puis la pluie, les maladies, le manque d’eau et de nourriture, les bombardements... : au total, 70 à 80 combattants sont morts pendant cet exode vers la RDC, affirme-t-il.
- ’Je pesais 42 kilos’ -

Les survivants ont été secourus in extremis par la Monusco. Riek Machar lui-même aurait été retrouvé à moitié mourant.

"Je pesais 42 kilos", sourit un proche du "général", John, 27 ans, facilement reconnaissable avec son mètre 90 -pour 66 kilos désormais-, ses dreadlocks et son anglais limpide.

Alors que Riek Machar a pris le chemin de l’Afrique du Sud, ses frères d’armes ont été transférés à Goma sur choix de la Monusco, à qui des experts ont pu reprocher d’agir seule et en marge du droit international.

L’arrivée à Goma des Sud-Soudanais a suscité l’hostilité, voire la psychose, auprès des habitants, traumatisés par le souvenir des camps de réfugiés hutus qui ont propagé l’onde de choc du génocide rwandais dans l’ex-Zaïre il y a 20 ans.

"Nous leur demandons de rester confinés en échange du soutien humanitaire que nous leur apportons. Nous appelons cela une restriction volontaire de liberté", avance le numéro deux de l’ONU en RDC, David Gressly, précédemment en poste au Soudan du Sud.

"Ils ont convenu d’être désarmés et démobilisés", poursuit M. Gressly. L’ONU s’est chargé de stocker les armes des rebelles - en fait, "des vieilles pétoires", d’après un expert.

"Cela fait un an que nous n’avons plus d’armes. Nous sommes prêts pour la vie civile", assure le "général" Dhiling Keah.

Très politique, pesant ses réponses, il sait gré aux Nations unies d’avoir sauvé la vie de ses hommes, de les nourrir, de les vêtir, de les protéger.

Mais la situation ne peut plus durer, estime-t-il, à quelques jours d’une visite en RDC et au Soudan du Sud de l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies Nikki Haley.

L’isolement, la nourriture pas assez variée, le manque d’espace... : les signes de lassitude se multiplient dans le camp d’environ 500 m de long sur 200 de large.

Privés de liberté sans être prisonniers, survivant dans un camp de l’ONU sans avoir le statut de réfugié, les soldats perdus de Riek Machar demandent leur transfert vers des pays tiers pour retrouver leurs proches : Ouganda, Ethiopie, Kenya, Soudan, voire dans un camp de réfugiés à la frontière RDC/Soudan du Sud.

Plusieurs centaines d’ex-combattants ont d’ailleurs pu quitter le camp de Goma parce qu’ils avaient des documents de voyage valides.

Mais ce n’est pas le cas du "général" Dhiling Keah ni de John ni de beaucoup de ces rebelles isolés à Goma, dans un camp de l’ONU et une sorte de vide juridique.


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