Burundi ; Agathon Rwasa persécuté:nécessité de dépassement de l’ethnocentrisme

Redigé par NDJ
Le 8 janvier 2018 à 02:33

Le Burundi jadis un modèle démocratique très cité en Afrique jusqu’en 2015, sombre dans une dictature qui s’observe dans la plupart des régimes africains actuels. Cependant le Burundi a ceci de particulier que son système idéologique est une lutte pour asseoir un régime monoethnique hutu et parallèlement, en éliminant tous les Bahutu qui revendiquent leur part au gâteau issus de formations politiques autres que le CNDD-FDD (Conseil National de la Défense de la Démocratie- Forces de défense de la Démocratie au Burundi). En d’autres termes, la question qui se pose est celle d’une dictature de parti et d’une dictature d’un homme politique, Pierre Nkurunziza.


La classe politique interne au Burundi a été bernée croyant qu’après avoir éliminé la classe politique burundaise tutsie qui a longtemps gouverné sans partage depuis les événements sanglants de 1972, tout allait rentrer dans l’ordre pour toute l’élite Hutue. C’était sans compter avec la nature du capitalisme, idéologie essentielle de gouvernance sociale, qui se conçoit des superstructures idéologiques pour éliminer le plus grand nombre possible au partage équitable des richesses nationales.

L’erreur commise tôt en 2005 avec la victoire du CNDD-FDD c’est que l’opposition politique n’a pas compris que c’était pour elle le moment de dépasser les sentiments ethnocentristes et comprendre que toute injustice commise sur les familles tutsi par le régime aurait dû être vilipendée par toute l’opposition. A la fin, tout le monde passera par la trappe. Y compris Agathon Rwasa, combattant de la première heure des FNL Palipehutu qui se sent logé à très mauvaise enseigne, parfaitement écarté du chapitre par le CNDD-FDD au risque d’y laisser sa peau.

Ceci est une invitation à l’opposition politique en général et burundaise en particulier au dépassement des fausses idéologies ethnocentristes qui ne font que renforcer la répression aveugle des tenants du régime capitaliste en place. Agathon Rwanda, vice président de l’Assemblée nationale fait face à cette amère expérience.

Agathon Rwasa, sentiment de persécution

Agathon Rwasa déplore ce qu’il qualifie de persécution orchestrée par le Cndd-Fdd. En cause, le retrait sans explication des militaires qui lui servaient de gardes. Des policiers sont venus en remplacement de ces derniers. Mais le premier vice-président de l’Assemblée nationale ne leur fait pas confiance.
Ce leader de l’opposition burundaise voit dans cette décision unilatérale un moyen de le déstabiliser. Il parle d’un pays où le pluralisme n’a plus de place, aucune voix dissonante n’est tolérée. Il s’est librement exprimé lors du 4ème round des pourparlers inter-burundais à Arusha en Tanzanie. Depuis lors, des voix se sont élevées pour contester de plus en plus cet homme qui apparaît pour le parti au pouvoir comme le véritable danger.

« L’on cherche à me contraindre à l’exil ou alors pire : à me nuire, » affirme Agathon Rwasa.
Pour Agathon Rwasa, les militaires ont commencé à assurer sa garde en 2015. Il avait subi des menaces de mort très sérieuses. C’était dans un contexte d’un mauvais précédent en 2010. Il avait échappé in extremis à un attentat.

Les inquiétudes de ce leader de l’opposition sont connues du gouvernement. Agathon Rwasa a adressé une correspondance au chef d’Etat-major général. Il a relevé que ce moment de turbulences politiques ne prêtait pas à un tel changement. Il a par la suite envoyé une correspondance au facilitateur avec une copie aux chefs d’Etat de l’EAC ainsi qu’aux différents diplomates. Ce député a ainsi parlé de campagne de diabolisation, d’intimidation et de menaces du Cndd-Fdd contre lui et contre toute opposition de Bujumbura.

Pierre Nkurunziza : "L’Etat c’est Moi" !
En tout cas le ton monte du côté du pouvoir comme de l’opposition à la veille du référendum de révision de la Constitution. Plusieurs arrestations ont été opérées contre ceux qui battent campagne pour un non à l’amendement de la loi mère.
Gaspard Baratuza : « Logique d’harmonisation »
Pour le porte-parole du ministère de la Défense, Agathon Rwasa ne doit pas s’inquiéter.

« Ce n’est pas lui retirer sa sécurité, la garde militaire sera relayée par des policiers à effectif égal. »
Selon Gaspard Baratuza, c’est dans une logique d’harmonisation de la sécurité pour toutes les personnalités du parlement. Il explique que les autres membres des bureaux du parlement ont tous comme gardes des policiers. Pour lui, la sécurité du premier vice-président de l’Assemblée nationale ne doit pas être exceptionnelle. Tout autre raison avancée par cet officier est « la sécurisation des frontières nationales. » C’est la mission première de l’armée, justifie-il. Le retrait des militaires, s’inscrit donc aussi pour lui, dans une logique de les ramener à cette obligation principale.

Quid des gardes des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat ?
« Les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat n’ont jamais eu comme garde rapprochée des militaires »

Interrogée sur la récente mesure du chef d’Etat -major de remplacer les militaires gardant le député Agathon Rwasa par des policiers, une source confie que bien que cela laisse à penser à d’autres visées, Pascal Nyabenda et Révérien Ndikuriyo, depuis leur entrée en fonction, ont toujours eu les policiers comme garde rapprochée.

Ceci, explique-t-il, parce que la procédure veut que les mandataires politiques soient protégés par des policiers et les membres de l’exécutif par des militaires. Et de nuancer aussitôt :

« En fonction de son rang protocolaire ou s’il estime que sa sécurité est menacée, un député ou un ministre peut bénéficier d’un nombre élevé de gardes du corps. »

Dans des cas échéants, la source appuie qu’une dérogation spéciale permet de s’entourer d’ « hommes de confiance. » Sinon, insiste-t-il, la procédure se veut telle.

Avec Agnès Ndirubusa, Edouard Nkurunziza, Hervé Mugisha et Abbas Mbazumutima


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