Suicide filmé sur Periscope : les dérives de l’exhibition médiatique

Redigé par RFI post
Le 9 juin 2016 à 11:31

C’est la première fois en France qu’un tel acte est retransmis en direct sur Periscope. Près de Paris, une jeune femme de 19 ans s’est suicidée en se jetant sous un train mardi 10 mai, tout en se filmant sur l’application de vidéos instantanées. L’enquête sur les circonstances du drame est en cours. La justice doit interroger l’entourage de la jeune fille pour essayer d’en savoir plus sur ce drame.
Ils étaient plusieurs dizaines à suivre la vidéo sans deviner le drame qui allait se passer. Récupéré et (...)

C’est la première fois en France qu’un tel acte est retransmis en direct sur Periscope. Près de Paris, une jeune femme de 19 ans s’est suicidée en se jetant sous un train mardi 10 mai, tout en se filmant sur l’application de vidéos instantanées. L’enquête sur les circonstances du drame est en cours. La justice doit interroger l’entourage de la jeune fille pour essayer d’en savoir plus sur ce drame.

Ils étaient plusieurs dizaines à suivre la vidéo sans deviner le drame qui allait se passer. Récupéré et posté par un internaute sur Youtube, le film montre une jeune fille aux longs cheveux noirs qui pendant 18 minutes fixe l’objectif dans le silence. Soudain, l’écran devient noir.

Un suicide en direct qui en dit long sur notre société, explique Marie Cattelineau, psychologue et psychanalyste. « Ce qu’on peut noter, c’est ce rapport à l’image qui est omniprésent dans notre société, pour des jeunes avec une construction identitaire fragile ; cette tentation de mettre en scène en permanence sa propre vie comme on voit sur Facebook, avec les réseaux sociaux où on est tout le temps connecté et ça fait que parfois on finit par ne plus faire la différence entre ce qui relève de soi, ce qui relève du regard de l’autre et à préserver aussi quelque chose de son intimité », explique-t’elle.

Pour le psychiatre Bernard Odier, président de la Fédération française de psychiatrie, ce suicide en direct est le reflet du traitement médiatique des drames contemporains. « On ne peut pas ne pas faire le rapprochement avec la couverture médiatique dont ’bénéficient’ les terroristes et les bandits ». Selon le psychiatre, « en faisant la publicité du crime, les médias popularisent et encouragent à l’exhibition de la destructivité ». Ici, cette jeune femme semble avoir créé à cette fin un média particulièrement complaisant, mais il est vrai qu’il était à son seul service ».

Chacun devient son propre reporter...

y compris au risque de sa propre vie selon Bernard Odier qui pointe aussi les sports à risque. « Ce qui est sûr c’est que si vous vous intéressez par exemple au sport à risque, poursuit le psychiatre, je ne crois pas que sans la caméra GoPro qui se fixe sur le casque, il y aurait autant de types qui se jetteraient des falaises avec des ailes à peine capables de les faire voler, etc. Il y a l’idée qu’il y a une approbation sociale de ce sous-produit du risque qu’ils prennent. Il est possible que chacun ait tendance à devenir son propre reporter et y compris dans des circonstances aussi tragiques que celle dont il s’agit là ».

L’enquête sur les circonstances du drame est en cours. La justice doit interroger tout l’entourage de la jeune fille pour essayer d’en savoir plus sur les motifs qui l’ont poussée à se donner la mort.


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