Misophonie : pourquoi certains ne supportent pas entendre les autres manger ?

Publié par Igihe.com
Le 8 février 2017 à 02:27
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Vous avez envie de poignarder votre amie qui s’empiffre de pop-corn ? Votre collègue qui boit bruyamment vous irrite ? Vous êtes peut-être atteinte de misophonie.

Pardonnez-les, ils sont malades. Les personnes qui vous empêchent de vous nourrir comme vous voulez ou de mastiquer un chewing-gum, sous prétexte qu’ils ne supportent pas ça, souffrent bien plus que ce que vous ne l’imaginez. Leur maladie porte un nom : la misophonie, littéralement « la haine du son ». Longtemps ignorée, cette affliction a été identifiée en 2000 par les chercheurs américains Margaret et Pawel Jastebroff. Depuis, la science avance à petits pas sur le sujet et les misophones consultent pour tenter de vivre normalement avec vos insupportables bruits.

La torture par les sons

Pour le médecin généraliste et spécialiste ORL à l’hôpital Georges-Pompidou à Paris, Philippe Peignard, « les bruits organiques, comme le râclement de gorge ou les bruits de bouche, ne sont agréables pour personne mais pour les misophones c’est une véritable torture. » En clair, mastications, reniflements, craquements, cliquetis ou la simple vision de gestes répétitifs comme des pieds ou des jambes qui bougent, provoquent une aversion chez les personnes atteintes.

Un mal-être du quotidien, dont certains témoignent d’ailleurs sur le site de l’association d’entraide entre misophones Stop Misophonie. On peut y lire : « Je crois que je serais capable de tuer quelqu’un », « je bouillonne de l’intérieur, j’ai chaud, je rumine », ou encore « Je ressens tout simplement de la haine… »

Un dysfonctionnement neurologique

Peu d’études sur ce trouble existent. C’est seulement en 2013, qu’une équipe de psychiatres d’Amsterdam la qualifient de « trouble psychiatrique léger », dans la revue Frontiers in Human Neuroscience. Début février, l’université de Newcastle (Angleterre) a publié des travaux dans la revue Current Biology, mettant en évidence l’activité cérébrale anormale des misophones face à certains bruits.

Pour ce faire, les chercheurs ont soumis ces derniers et d’autres personnes à différents sons. À l’écoute de la mastication d’un chewing-gum, le scanner cérébral a révélé une activité intense au niveau du cortex insulaire antérieur. Cette zone gère les situations auxquelles nous devons faire attention et régule nos réactions. Alors qu’un non-misophone ignorera ces stimulis, une personne atteinte du trouble sera incapable de le faire.

En 2015, une autre piste avait déjà été évoquée par une étude de l’université de Northwestern (États-Unis). Selon cette dernière, le trouble pourrait davantage toucher les personnes créatives. Pour le Dr Philippe Peignard, il s’agirait surtout d’un dysfonctionnement de l’inhibition, « puisque les misophones n’arrivent pas à réprimer leurs réactions. »

Des thérapies cognitives pour soulager

Présente pour certains dès l’âge de six ou sept ans, la misophonie semble s’aggraver avec le temps, « mais il existe également des misophonies qui se développent à l’âge adulte, ajoute Philippe Peignard. Dans ce cas, les personnes sont sensibles à d’autres types de bruits, ceux d’animaux ou d’appareils ménagers, et les raisons pourraient être plutôt psychologiques », complète le professionnel.

Concernant les traitements, les spécialistes font appel aux thérapies cognitivo-comportementales, utilisées en psychothérapie pour atténuer les réactions négatives. « Ce sont des traitements sur l’acceptation, on demande aux personnes de porter l’attention sur elles-mêmes et moins à l’extérieur. Cela permet de baisser l’hypervigilance et l’hypersensibilité », explique le Dr Peignard.

Porter l’attention à soi est également la technique la plus appliquée par les misophones. Beaucoup disent imiter le bruit de l’interlocuteur de façon plus bruyante par exemple. Sur le site misophonie.fr, chacun y va de son astuce pour améliorer son quotidien : « Pour éviter toute source de bruits, je porte des bouchons en mousse et généralement vu que cela ne suffit pas, je rajoute par dessus un casque avec de la musique », témoigne une certaine Fanny.

Pour l’heure, cette souffrance commence à sortir du silence, notamment grâce au documentaire Quite please..., du réalisateur misophone Jeffrey Scott Gould, sorti aux États-Unis en juin dernier. Dans la bande-annonce de ce long-métrage, s’enchaînent des témoignages qui vous feront accueillir avec plus de bienveillance la prochaine fois que l’on vous demandera de faire moins de bruits en mastiquant.

Avec lefigaro.frMadame


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